‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 107 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mais Strozzi et Scali emploient, pour le sauver, les ruses, les prières et les menaces; Us sont secondés des leurs, et enfin les seigneurs cèdent ; le capitaine plus résolu reliise de rendre la Scatizza , mais des gens marchent armés dans la nuit au palais du capitaine et s’emparent du coupable, I,e capitaine outragé dépose dans les mains des seigneurs sa baguette et sa magistrature; le jour suivant éclaire et publie l’arfaire; l'émotion du peuple est inexprimable; les consuls des arts se réunissent avec un grand nombre d’artisans, et marchent au palais des Prieurs pour les prier do réparer ces désordres et offrir l’appui de leurs armes. Ils pressent le capitaine qui était alors au palais de reprendre sa charge et de l'exercer franchement; on appelle les troupes et tout se prépare hostilement contre les vainqueurs de la nuit. Giorgio Scali averti des événemens, ne céda point à leur fureur, soit qu’il se fiât au peuple ou à sa propre autorité, soit qu’il ne voulût pas se montrer coupable ou timide (17 janv.i3Stj. Il se présente au palais, appelé par les seigneurs ; mais à peine il a paru sur la place que le peuple crie. Justice! ce qui voulait dire Mort! Alors Giorgio se maudit lui-méme d’avoir mis ses espérances en un peuple léger et cruel; le jour suivant, dans l’es“ pace de vingt heures , sa tête est tranchée sur le mur du capitaine à la joie du peuple qui naguère l’avait tant aimé.

Le peuple s’exalte. Tommaso Strozzi s’élail enfui, mais le peuple armé poursuit et lue plusieurs de ses émissaires ; le tumulte se soutient quelques jours; plusieurs exécutions suivent; le bas peuple devaitôtre victime de ce mouvement; les principaux citoyens se croient sortis de servitude en échappant à Giorgio Scali et à Strozzi, et par la ruine de ce parti, ils espérèrent chasser le peuple du gouvernement. LesGuelfes relèvent la tête; on crie; Vivent les Guelfes ! L’art de la laine tout entier se réunit à ce cri où se rallie un grand nombre de familles nobles et plébéiennes; ces citoyens courent au Marché-Neuf en si grand nombre que le lieu ne les pouvait pas contenir, et ils font une pétition aux seigneurs pour réformer la ville, rappeler les bannis et assurer le bien public.

On forme une balia des magislraliires, à laquelle on adjoint deux ciloyens guelfes pargonfalou, on lève l'euseigne du parti guelfe, ce qui réveillait l’esprit et la force du parti; le cri de Vivent les Guelfes et les arts! retentit dans les rues de Florence ; l’art de la laineprend de l’audace et * il arrive armé dans le Marché-Neuf, en

faisant dire à ceux de la balia qu’il veut que les deux nou. ▼eaux arts mineurs soient détruits et le nombre réduit à quatorze comme autrefois. L’ordre est donné de détruire les maisons des deux nouveaux arts et d’enlever leurs armes et leurs enseignes. Les arts mineurs effrayés citent Venise et représentent qu’on voudra plus tard supprimer tous leurs arts ; ils allaient arriver en armes quand les arts majeurs les préviennent et occupent la place.

La crainte des compagnies empêcha une lutte plus violente, mais les deux nouveaux arts mineurs sont supprimés et la réforme est bientôt reprise ; on rappelle les bannk depuis 78 (1381) ; on donne aux arts mineurs un tiers du priorat et des autres charges, et aux arts majeurs exclusivement la charge du gonfalon de justice. De nouveaux troubles font créer une nouvelle balia qui, pour rétablir la paix, exile presque tous ceux qui avaient été puissans sous le dernier gouvernement. En Ire ceux-ci fut exilé Michel di Lando (1382) malgré la pureté de sa gloire et de sa vertu. Nous ne le voyons reparaître que pour cet exil, car l’histoire ne dit pas s'il redevint ouvrier ou s’il rentra dans les magistratures. Son génie, éveillé un moment, se rendormit pour ne laisser de lui qu’un seul et éclatant souvenir.

P autres révoltes des ciompi furent d’autant mieux réprimées que les compagnies continuaient d’inquiéter Florence et de réunir les citoyens par la crainte. Ainsi fut renversé, après une infinité de maux, après de cruelles agitatiops et de grands périls, ce gouvernement des arts mineurs ou de la basse plèbe qui dura trois ans. 11 était impossible, sans doute, de gouverner avec cette basse plèbe, puisque le gouvernement n’était pas électif, que tous les noms des citoyens alors étaient dans les bourses, et que le sort seul décidait. Et il faut s’émerveiller de voir

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