‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 110 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

le peuple et le bas peuple ; et il arriva souvent qu’un de ces partis, demeuré supérieuT, se divisa en deux. Il naquit de ces divisions autant de morts, autant d’exüs, autant de disiributions (dislributioni) de familles, qu'il en naquit jamais dans aucune ville dont on ait gardé la mémoire. Et vraiment, selon mon jugement, nul autre exemple ne montre autant la puissance de notre ville que ces divisions, qui auraient eu la force de détruire toute autre grande et' puissante ville. Néanmoins, il semblait que la nôtre devint toujours plus grande : (elle était la vertu de ces citoyens et la puissance de leur génie et de leur ame à faire grands eux et leur patrie, que ceux qui survivaient, affranchis de grands maux, pouvaient mieux l’élever avec leur vertu, que la malignité des accidens qui avaient diminué leur nombre n'avait pu l’opprimer. Et sans doute si Florence avait eu le bonheur, après qu’elle se fut délivrée de l’empire, d’avoir pris une forme de gouvernement qui l’eût maintenue unie, je ne sais quelle république, ou moderne ou antique, lui eût été supérieure, tant elle eût été remplie des vertus de la guerre et de l'habileté ; car on voit après qu'elle eut chassé les Gibelins en si grand nombre que la Toscane et la Lombardie en étaient pleines, les Guelfes, avec ceux qui restaient (dans laguerre contre Arezzo), un an avant la journée de Campaldino, tirer de la ville entre leurs concitoyens douze cents hommes d’armes et douze mille d’infanterie. Depuis, dans laguerre contre Philippe Visconti, duc de Milan, ayant à faire l’expérience de leur habileté et non de leurs armes propres (parce qu'elles étaient alors détruites), on vit, durant les cinq ans que dura celte guerre, les Florentins dépenser trois millions et cinq cent mille florins ; et la guerre étant finie, non contens de la paix, et pour montrer mieux la puissance de leur ville, on les vit s’en aller au camp de Lacques (1). ■

(i) MachUvelli. Prœmio,

Page 1