‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 109 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

très nuisibles à ma bourse et surtout à mon art (de la laine). Et si je n'avais pas demandé aux Prieurs de n’étre pas envoyé ambassadeur, j’aurais été presque continuellement en ambassade; mais ils ne me nommaient pas par égard. Il est vrai qu’en un autre point, les honneurs de la commune me furent très utiles; car, par là et par mon industrie, je fus presque toujours prud’homme des boutiques des Bardi, des Peruzzi, Acciaiuoli, Buonaccorsi, et de beau-coup d’autres, avec de bons salaires et profits, et de même de ^aucoiip d’autres charges de la commune qui avaient des prud’hommes salariés, et chaque charge était comme celle des prud’hommes. C’e.st ainsi que je trouvais un avantage en compensation du tort fait à mon art, mais non à mon dérangement. »

Voilà donc les paroles d’un des premiers magistrats de Florence! Il fuit les charges publiques parce qu'elles nuisent à son commerce, et il ne se console de les accepter que parce qu’elles le font nommer prud’homme de quelques boutiques 1

Ces notaires, manufacturiers, etc., soignaient bien l’administration de la commune; Florence fut dès l’origine admirablement administrée, mais elle manqua des iilées qui donnent l’éclat et l’étendue à une administration. Souvent, il est vrai, comme dit Velluli, les mômes hommes revenaient aux mêmes charges : la maison des Aldobrandini, sans parler des autres, eut trente-neuf fois la charge de gonfalonier de compagnie, qui était des trois premières charges; trente-huit fois celle des Prieurs et des bons hommes, et beaucoup d’ambassades, car la loi de divieto ne fut pas longtemps observée.

Il y eut d’ailleurs des variétés dans le pouvoir de la plèbe :

« Quand j’étais enfant, dit Gino Capponi, que je revenais de l’école, vers 1363, je me souviens d’avoir entendu crier par les enfans qui sortaient de l’école : Vivano le berrette ! vivent les bérettes, ce qui voulait dire : Vivent les hommes de bien et dignes; e muojano le foggette ! ce qui voulait dire : Meurent les artisans et les hommes de vile condition. Mais en 1378, ce cri changea et l’on disait :

LIVBE VI.

Tivano le foggette, e muojano le herrette ! ce qui voulait dire que dans ce temps, Pierre Albizzi était le premier citoyen de Florence, et puissant près de l'Eglise et dans cette ville. » Après avoir parlé de sa chute, de celle de Giorgio Scali et de l’exil de Benoit Alberti, il ajoute : » Il arriva ensuite un gouvernement de marchands ouvriers, et nul ne triomphait dans le parti, si l'on ne disait pas : Il sort de telle boutique de laine, il vient de telle épicerie. Mais ensuite, cela changea, et quand un ouvrier ou un marchand allait voter pour son parti avec sa fève, s'il allait pour un marchand de laine, on disait : Qu'il aille travailler le drap ; et s'il allait pour un épicier: Qu'il aille piler du poivre; et en peu de temps la famille des Alberti, qui élaient des marchands, fut faite des grands, et la famille des Ricasoli. qui étaient gentilshommes (avec beaucoup d’autres), fut faite du peuple (1). »

Il faut observer enfln que les Florentins n’eurent pas toujours deux partis tranchés , comme celui des nobles et celui delà plèbe. Dans l'origine, les seigneurs et le peuple se divisèrent également en Guelfes et en Gibelins :1e peuple entier devint Guelfe lorsqu’il détruisit le pouvoir des nobles; mais depuis lors les esprits agités changèrent d’alliance et de position, et sous les Albizzi nous voyons les Guelfes devenir contraires au peuple, et tourner contre lui les proscriptions des Gibelins. Ainsi, les combinaisons ne sont plus les mêmes : les nobles guelfes et les nobles gibelins sont tombés; un nouveau parti guelfe contraire au bas peuple et marchand, conserve ou reprend à tout moment l'autorité, et de l'autre côlé, la basse plèbe forme un parti qui ne triomphe complètement que sous la direction de Michel di Lando, et pour trois ans; par le jeu des affaires, les grands se rattachent aux Guelfes, et les ciompi souvent s'allient aux grands, tandis que la puissance revient au parti du milieu, qui l'emportera toujours dans l'absence d'une aristocratie.

<( A Florence, dit Machiavel, d'abord les nobles se divisèrent entre eux ; ensuite les nobles et le peuple; et enfin

(I) Ricordi di Gino di Neri Capponi, Rerum ilal, , (om XVlll.

Page 1