ACQUISITION DE PISE
Nous avons vu les Florentins acheter Arezzo des troupes françaises; ils arrivent à un plus grand marché : ils vont acheter Pise (1406) comme ils achèteront ensuite Cortona, république riche et non guerrière, qui s’agrandit au dehors par ses florins et non par ses armes.
A mesure que le gouvernement se resserrait, il prenait
(I) Machiavelli, lib. III. — Ammiraio, lib. XV.
(S) Macbiafelli , lib. III. — Ammitalo , lib. XV. — Léonard Arctino , lib. IX.
des idées de force et de grandeur ; les Âlbizzi avaient l’ambition et les qualités des aristocraties. L’aristocratie voulait renaître à Florence, et ce qui a fait la gloire de cette république, c’est iin peuple libre vainqueur d’uue aristocratie qui lui avait donné quelque chose de sa fierté et de son élégance.
Pise, éternellement gibeline et ennemie dé Florence, ne pouvait plus défendre son indépendance; vaincue pour jamais à la Meloria , elle avait perdu son ancienne puissance maritime, et après avoir subi des tyrannies successives, elle était enfin tombée au pouvoir de Jean Galeaz qui l’avait laissée à Gabriel Visconli, son bâtard. Celui-ci la vendit aux Florentins (1406) pour deux cent six mille florins payables à différons termes (1).
On ne leur livra que la citadelle, car les Pisans s'étalent révoltés contre Viscontl; ils reprirent môme leur citadelle, mais ce fut en vain : les Florentins qui attachaient une juste importance à cette acquisition , commencèrent le siège de Pise qu’ils voulaient réduire par la famine; les Pisans avaient rappelé leurs citoyens exilés ; les partis se rapprochaient pour défendre la patrie; en vain ils avaient cherché des condottieri et avaient offert leur seigneurie à Ladislas , iis supportèrent les longs tourmens d’un siège; l’armée florentine, elle-même , souffrait de privations et de maladies dans les campagnes de Pise, brûlantes et dévastées. Une magistrature (les dix de la guerre) dirigeait cette expédition ; les condottieri qui commandaient s’étant divisés, GinoCapponi, un des dix . alla les contenir; Pise ; avait voulu renvoyer les bouches inutiles, mais les Florentins les forçaient â rentrer mutilés; enfin Jean Gambacorti , citoyen et chef de Pise , livra sa patrie épuisée en traitant secrètement pour lui seul, car Pise dès longtemps était trahie par les siens , et entre ces villes opprimées et perfides, entre ces crimes et ces trahisons de tous côtés, Florence brille doublement par ses vertus civiles et l’étemel dévouement de ses citoyens.
Florence n’avait point fait encore de conquêtes! impor-
(1) Gino Capponi, Commentar. Muralori. — Ricordi di Giovanni Morelli. Delizio deali'erudili.
CHAPITBE VIII. 235
tante : les souvenirs de son ancienne rivalité avec Pise libre, mari Urne et victorieuse, durent se réveiller chez elle pour s’enorgueillir, et chez les Pisans pour les désespérer. Aussi leur haine ne s’éteignit jansais; malgré la douce administration de Gino Capponi qui chercha à les attacher à sa république, ils n’oublièrent point leur ancienne liberté; ils révèrent un avenir de guerre et de résistance, et nous les verrons réveiller leur génie dans des combats passionnés.