CHAPITRE VIII
Cette discussion ne fil qu’onflammer les rivalités, Jean s'éleva encore aux yeux du peuple, et on commença à distinguer deux partis , l’un qui eut pour chef Niccolo da Dzzano et l’autre Jean de Médicis. Après la mort de Niccolo, Rinaldo va lui succéder, et les luttes recommenceront.
La modération de Jean de Médicis déplaisait à ses amis ; Alamanno de Médicis, d'un caractère impétueux, ne cessait de l'exciter à poursuivre ses ennemis, à favoriser ses partisans, et blâmait avec vivacité sa froideur. Cômc, son fils, cherchait aussi à l'exciter, mais, quelques intrigues qu'on lui révélât, quelques malheurs qu'on lui prédit, Jean conservait sa modération. La puissance et la politique des chefs rendaient les luttes plus compliquées, plus élevées; la place publique n'était plus si souvent ensang'antée, et si Florence, par quelque loi, avait pu contenir les familles trop puissantes, elle aurait commencé une ère glorieuse. C'est ce que voulait Rinaldo Albizzi en renforçant l'aristocratie; mais il abaissait trop la plèbe : ce qui convenait à Florence et ce qu'elle ne sut pas obtenir par l'exil et la guerre civile, c'était sans doute une aristocratie à vie, comme à Sparte.
Rinaldo Albizzi, Niccolo da Uzzano et leur parti, opposés à l'impôt, murmuraient de ce que le peuple avait eu le pouvoir de le faire établir; ils s’effrayaient de voir que l'influence de la plèbe fût encore si grande; ils voulaient resserrer encore le gouvernement, pour prévenir de nouveaux bouleversemeiis.
Cependant Agnolode la Pergola, à la tête de l'armée du duc, s'éiait emparé de toutes les terres de la Romagne possédées par les-Florentins, à l'exception de Castrocaro et de Modigliana; et le comte Oddo était entré avec Niccolo Piccinino dans le val de Lamonn, afin de déterminer le seigneur de Faenza à s’unir avec Florence, ou du moins d'arrêter les progrès d'Agnolo dans la Romagne. Mais cette vallée était très-forte, et les paysans très-belliqueux (1426); le comte Oddo y perdit la vie, et Piccinino fut envoyé prisonnier à Faenza. Son habileté obtint ce que n’eussent peut-être pas obtenu ses armes, car Piccinino
sut si bien s’emt>arer de l’esprit du seigneur de Faenza et de sa mère, qu'H les engagea dans le parti de Florence. Le premier effet de cette nouvelle disposition fut la liberté de Piccinino, qui d'ailleurs ne prit pas pour lui-méme le conseil qu’il avait donné, car, traitant de sa paie avec 1^ république, soit qu'il fût mécontent ou qu'on lui olTrit mieux ailleurs, il partit subitement d’Arczzo, où il était en garnison, et s'en alla en Lombardie, où il se mit à la solde du duc, conduite trop ordinaire à ces héros mercenaires (1).
Les Florentins , consternés de cet événement et découragés par l’excès de leurs dépenses , envoyèrent une députation aux Vénitiens pour leur représenter qu’ij était de leur intérêt de s'opposer à l'agrandissement d'un prince qui deviendrait aussi dangereux pour Venise que pour Florence. Les Vénitiens étaient poussés à la guerre par Garmagnola , général du duc de Milan , qui s'était révolté contre lui, et leur offrait ses services;, ils hésitaient à les accepter, craignant une ruse du duc, lorsque ce prince fit empoisonner Garmagnola qui n’en ntonrut pas. Les Vénitiens, éclairés par ces événemens, convinrent avec Florence de faire la guerre à frais communs, et nommèrent Garmagnola chef de l'armée alliéé; les conquêtes en Lombardie devaietit rester à Venise, et celles de la Romagne et de la Toscane à Florence. La guerre recommença donc eu Lombardie , où Garmagnola la conduisit avec vigueur, en s’emparant d’un grand nombre de places et de Brescia, dont la conquête, avec les moyens militaires de ces temps-là, fut jugée admirable (2).
Gette guerre durait depuis cinq ans, et .es Florentins, fatigués des impôts établis jusqu’alors, voulurent les renouveler, pour les mettre en proportion avec les richesses des.contribuables (14'27) ; ils décidèrent que les impôts seraient établis sur les biens, et que celui qui aurait cent florins de lonus paierait un demi-florin. Gomme pour la répartition, on réunissait tous les biens de chaque citoyen,
(i) MaehiaTelli, lib. IV.
(S) MjKbiavelli, lib. IV.
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