CHAPITRE II
était besoin. Le Pisan s’adresse, par un tiers, à un des anziani, Âldobrandino Ottobuoni, grand citoyen, puissant près du peuple et de la commune, de famille plébéienne de Saint-Firence, et il lui fait offrir quatre mille florins d’or et plus pour que Mutrone soit détruit. Le vieil Aldobran> dino comprenant, en loyal et vertueux citoyen, que la destruction de Mutrone, qu’il avait décidée la veille, pou>^ vait être contre l'intérêt des Florentins et des Lucquois, puisqu'elle était désirée des Pisans, retourne au conseil sans parier de la proposition qui lui avait été faite, et con* seilie, sur de nouveaux et bons motifs, le contraire de ce qui avait été décidé, c’est-à-dire que le château de Mutror ne soit conservé. Et ainsi il arriva. Aldobrandino n’était pas riche ; mais il sut préférer à tout l’intérêt de sa commune, or II me semble donc une digne chose d’en faire mémoire, dit Villani, pour donner à nos citoyens un bon exemple, qui les rende loyaux envers leur commune, et leur fasse préférer un renom de vertu à un intérêt corrupteur. U Peu de temps après, Aldobrandino mourut en si bonne renommée, à cause de ses vertueux travaux pour le peuple et la commune, que ses concitoyens reconnaissans lui firent élever, dans l’église de Sainte-Reparata, un monument de marbre où ils déposèrent son corps avec de grands honneurs; plus tard les Gibelins, dans une vengeance de parti, firent détruire ce monument et traîner dans les rues et jeter dans les fossés les restes de ce vrai citoyen. (1)
Les succès de Manfred et son habileté réveillèrent les , Gibelins de Florence, comme ils réveillaient le parti dans toute la Toscane. A Florence ils commencent à espérer, se réunissent et s’informent avidement des nouvelles; les Uberti avec eux, séduits par les promesses de Manfred, forment une conjuration pour changer le gouvernement ; le projet est découvert, les Gibelins sont cités pour comparaître devant la seigneurie ; ils ne comparaissent point, et la famille du podesta est maltraitée par eux, battue, blessée ; le peuple en fureur court aux armes et à la mai-
(I) Villani , cap. 64 , lib. VI.
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son des Uberti, où il tue Schiatuzzo des Uberti et plusieurs de ses amis ; Uberto Caini des Uberti et Mangia delli Infangati sont pris, avouent la conjuration et ont la tête tranchée. Les autres Uberti, avec plusieurs maisons gibelines, sortent de Florence, les Fifanti, Guidi, Amidei, I Lamberti, Scolari, beaucoup d’autres grands et plébéiens, \ plus qu’on n’en peut nommer ; ils se rendent à Sienne, où ! dominait alors le parti gibelin. Le peuple fit abattre les ' tours, les palais nombreux des exilés, et se servit des pierres pour continuer les murs delà ville. Bientôt l'abbé de Valambrosa, de la maison des Beccheria de Pavie, soupçonné de trahison gibeline, fut mis au martyre et i mort par les Florentins-, le pape excommunia Florence pour ce fait.
Ce peuple qui se gouvernait lui-même était superbe, dit la chronique, arrogant et prompt aux entreprises ; ses recteurs eurent le mérite de la droiture et de la probité. Un anziano avait enlevé et envoyé dans sa maison de campa, gne une vieille balustrade qui servait à une sorte d'égoùt dans la place Saint-Jean, il fut condamné à mille livres d’amende pour avoir volé la commune (1).
Les citoyens de Florence vivaient sans luxe alors, leurs mets étaient communs, leurs dépenses petites, plusieurs de leurs coutumes rudes et barbares ; vêtus, ainsi que les femmes, d'étoffes grossières, plusieursd’entre eux perlaient des peaux sans doublure pour habits. Tous avaient des bonnets et des bottes. Les femmes ne connaissaient point les ornemens, et la plus grande dame se croyait parée avec une robe étroite d'un gros drap écarlate, retenue par une ceinture de métal antique, et un manteau de fourrure qui couvrait aussi la tête. Les femmes du peuple portaient un habit de même forme, mais de gros vert de Cambrai. On donnait pour dot à celles-ci cent livres. Les dots de deux cents et trois cenls livres étaient de grandes dots ; les filles se mariaient à vingt ans ou plus. Avec ces mœurs rustiques, les Florentins avaient l’arae loyale, ils étaient
(I) Ricordano Malespini, cap. ISO. — G. Villani, cap. 66, lib. VI. — Leonardo Arclino, lib. II.