CHAPITRE II
mutuellement fidèles, dévoués à la commune, et ils servaient avec vertu et avec honneur leur gouvernement populaire (1).
« Florence dans son antique enceinte, dont elle a gardé ’ encore la division du jour et des heures, se conservait en paix, sobre et pudique. Ses femmes ne connaissaient pas lescbatneltes, les couronnes, les ceintures et ces parures qu’on regarde avec plus d’attention que celles qui les portent. La fille, en naissant, n’effrayait pas encore son père par la crainte de la marier trop tôt ou de la doter trop peu. Les maisons ne manquaient pas de familles. Nos Sardanapales ne nous avaient pas encore enseigné à profaner nos chambres... J’ai vu Bellincion Berli aller ceint de cuir et d’os, et sa femme quitter son miroir sans être fardée. J’ai vu un Nerli, un del Vecchio, contens d’être vêtus de peaux sans ornemens, et leurs femmes occupées à leur rouet et à leur fuseau. O femmes fortunées I Chacune était sûre de sa sépulture, et nulle ne voyait son lit déserté par son mari pour la France. L’une veillàit auprès du berceau de son enfant qu’elle consolait en parlant cet Idiome qui amuse les pères et mères ; l’autre en filantsa quenouille s’entretenait avec sa famille des Troyens, de Fiésule et de Rome. Une Ciagbella, un Lapo' Salterello eussent été tenus alors pour merveilles comme seraient aujourd’hui Cincinnatiis etCornélie (2)..*
Comme par la paix conclue entre les Florentins et les Sicnnois, ceux-ci ne devaient pas recevoir les Gibelins exilés, les Florentins envoyèrent deux ambassadeurs à Sienne, Âlbigo Trinciavegliet JacopoGberardi, tous deux docteurs de la loi, capables de discuter les conditions de ^ la paix et de soutenir le droit. Arrivés à Sienne, ils demandèrent que les réfugiés fussent chassés; les Siennois résistèrent et acceptèrent la guerre, qui leur fut aussitôt déclarée. Dans ce péril, les exilés se hâtent d’envoyer des ambassadeurs au roi Manfred pour lui demander des secours : le roi avait déjà envoyé des troupes à Sienne
(1) Rieordano Malatpini, cap. 161. — Villani, cap, 71, lib. VI.
(S^ Dame.
BOUS le commandement du comte Giordano pour secourir cette république, mais les exilés voulaient un secours qui les aidât à rentrer à Florence.
Farinata des Uberti, le plus habile des Gibelins, était à la tête de l’ambassade, qui avait plein pouvoir de parler et d’agir. Les ambassadeurs, arrivés prés du roi, implorent son appui à genoux, mais ils n’en reçoivent pas la réponse qu’ils attendaient. Soit que Manfred, usurpateur du trône de son neveu Conradin, se défiât de rattachement des Gibelins à sa maison, soit qu'il fût las des luttes éternelles de l’Italie (1), il hésita à aider les exilés de Florence, et comme les ambassadeurs allaient partir mécontens, il leur promit cent hommes de cavalerie allemande. Les ambassadeurs, honteux d’un si faible secours, quand on espérait à Sienne plus de six cents hommes, voulaient le refuser. Farinata des Uberti leur dit : — Ne vous découragez pas et ne refusez rien ; faisons seulement qu’il donne aux siens une enseigne, et noos la placerons en un tel lieu qu'il faudra bien qu’il nous envoie un plus grand aide. — Les ambassadeurs acceptent gracieusement l’appui du roi, iis obtiennent l’enseigne ; mais ils n’en sont pas moins reçus à Sienne par des risées pour s’étretrop flés à sa protection.
(1260) En mai, les troupes florentines marchent contre Sienne et conduisent le caroccio en triomphe.
Le caroccio, char de couleur vermeille, traîné par des bœufs, supportait l’étendart de la commune, blanc et vermeil. Quand on partait pour combattre, les comtes, les seigneurs du voisinage, les gentilshommes de la ville, conduisaient le char sur la place du marché neuf, et là, il$ le recommandaient au peuple ainsi que l’étendard. Les plébéiens les plus considérés le conduisaient à pied à l’ennemi, et toute la force se réunissait autour. L’usage était aussi, un mois avant que l’armée ne marchât, de poser sur l’arc de la porte Sainte-Marie, au marché neuf, une cloche appelée la Martinella , que quelques-uns nommaient la cloche des dnes. Lorsque l’armée florentine partait, on
(t) Loairdo Arctino, lib. II.