‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 15 sur 230 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

instriimens de leur perfidie ; Ils les envoient à Florence 'en leur disant que la seigneurie de Provenzano Salvani, qui dominait à Sienne, en favorisant les exilés ( pour entretenir la guerre et s’aider des armées étrangères, ) déplaisait aux Siennois, que, si les Florentins donnaient aux exilés dix mille florins d'or ceux-ci livreraient Sienne ; que Florence n’avaitqirâ envoyer de grandes forces sous prétexte de secourir Mont-Âlcino, et que les exilés leur livreraient la porte de Saint-Vito de Sienne, qui était sur la roule dArezzo. Les deux frères mineurs partent pour Florence avec des lettres et le sceau des deux Gibelins; arrivés là, ils disent aux anziani qu’ils viennent leur ap prendre de grandes choses à l’honneur du peuple et de la commune, mais des choses secrètes qu’on ne pouvait confier que sous serment et à peu de personnes. Alors les anziani choisissent deux d’entre eux, Spedito, un des plus infliiens parmi le peuple, homme de condition vile, ignorant et présomptueux, et Jean Calcagni, qui après avoir fait serment sur l’autel, reçoivent le secret et les lettres apportés par les moines. Les deux anziani donnent fbn plein dans la mystification ; par un zèle imbécile, ils trouvent aussitôt dix mille florins d’or, réunissent le parlement ou le conseil des grands et du peuple, et représentent à l’assemblée le besoin de marcher sur Sienne pour secourir Mont-Alcino.

Plusieurs nobles guelfes se lèvent pour s’opposer à l’avis des anziani. Le comte Guido Guerra et d’autres , ignorant les promesses de Farinata, mais connaissant la guerre, informés d’ailleurs de l’arrivée des Allemands à Sienne et se rappelant Sainte-Pétronelle, s’aperçoivent du grand péril de l’entreprise proposée, et, sachant les Florentins variables et mal disposés à faire la guerre, ils se prononcent vivement contre la proposition des deux anziani, d’autant qu’ils savaient que les Allemands, en p.artant, laisseraient bientôt les Siennois et les exilés dans une faiblesse plus grande que jamais. Celui qui exprime pour tous cette opinion est Teghiaio Aldobrandi des Adiraari, homme éloquent, sage, brave dans les armes et d'une grande autdrité. o

Spedilo, troublé et irrité par le discours de feghiaio, se (otirne vers lui avec un geste trivial, disant : — Prends garde que la frayeur ne t'égare. Notre magistrature doit moins considérer ton épouvante que sa dignité; si tu as peur... Ici Spedito ajoute un dicton vulgaire (l).Teghiaio répond qu’au poste où il se mettrait dans la bataille, Spedilo n’oserait pas le suivre; puis le seigneur Cece Gerardini se lève pour répéter ce qu’avait dit Tegliiaio; les an ziani lui défendent de parler, sous peine de cent livres ; le chevalier les paie pour parler; les anziani doublent aussitôt la peine; le chevalier veut parler, et consent de payer jusqu’à quatre cents livres; alors on lui défend de parler sous peine de la vie.

Dans cette délibération violente, les anziani furent ap> puyés d’un peuple lier, plein de ses victoires, qui voulait combattre, non pas tant pour vaincre que pour ne pas sembler timide à l’ennemi.

Ainsi, le gouvernement et le peuple entraînés, décident selon ce qu’avait voulu Farinata des Uberli (2).

Ici, nous abordons ces nobles évéucmens, ces grands citoyens, ces combats, chantés par Dante, l’Homëre du moyen âge; lorsque entrant aux enfers il rencontre, pour la première fois, un Florentin, il lui demande aussitôt : • Dis-moi où sontFarinata et Teghiaio qui furent si dignes, Jacopo Rusticucci, Arrigo, Mosca, et les autres qui se sont appliqués à bien faire? Un grand désir me presse de savoir si le ciel leur est doua ou si l'enfer les tourmente. Et l’autre: — Ils sont entre les âmes les plus noires; des fautes diverses les ont plongés au fond des enfers; si tu descends si bas, tu pourras les voir.

Teghiaio Aldobrandi avait été podesta d’Arezzo. Dante le trouve plus tard avec Guido Guerra et Jacques Kusticucci, exposés tous trois à une pluie de larges flocons de feu qui tombait comme une neige sans vent dans les Alpes , marchant sur une arène brûlante, punis pour un vice hou-

(I) Dicendo, si eereaise le brache.

(3) Ricordaoo Malespini , cap. tes , lee. — G. \UIaat , lib. VI , cap. 77.

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