CHAPITRE II
enlevait la cloche de dessus l’arc, on la posait sur le char, et l’armée marchait au son decetle cloche. L’orgueil du vieux peuple florentin ne reconnaissait ainsi dans la guerre que celle pompe du char et de la cloche.
Les Florentins s’emparent en route du château de Vico, de celui de Mazeno, de celui de Casciole, et posent leur camp près de Sienne, au monastère de Sainte-Pétronelle Là, sur une petite hauteur d’où se voyait Sienne, ils font élever une tour pour y poser une de leurs cloches. C’est tandis qu’ils étaient air.si campés que Farinata jugea le moment favorable pour compromettre la bannière de Manfred. Il fallait pousser les Allemands à attaquer les Florentins plus nombreux. Farinata prépare son dessein : les exilés de Florence à Sienne invitent les Allemands à un repas ; ils les font boire et les enivrent ; puis tout-à. coup ils les pressent de s’avancer et de monter à cheval. Ainsi excités, ils les décident à faire une sortie contre les Florentins, avec la promesse de grands pré.sens et d’une paie double. Les Allemands, ivres, sortent de Sienne, et assaillent vaillamment le camp des Florentins. Les Flo. rentins, qui ne s’attendaient pas à être attaqués et qui méprisaieiillcurs ennemi.s, s'effraient, et croyant que les Allemands étaient soutenus, ils s’enfuient en partie, mais revenus à eux, ils s’avancent, se défendent; tous les Allemands sortis de Sienne sont massacrés; l’enseigne du roi Manfred restée aux Florentins, est traînée dans leur camp et renvoyée à Florence, où la suit l’armée contente (1).
Alors les Siennois et les exilés, après avoir emprunté de la compagnie de Saliraberi, de Sienne (compagnie composée de marchands) vingt mille florins d’or, députent des ambassadeurs en Fouille avec cet or, afin d’apprendre au roi Manfred que ses troupes ont été tuées pour être en trop petitnombre, et que son enseigne a été traînée honteusement dans le camp des vainqueurs et portée à Florence; les ambassadeurs ajoutent tout ce qui peut animer le roi contre les Florentins ;ce prince, irrité, leur donne aussitôt
(i) Ricordano Maleipinl, cap. 103, 104. — G. Villani, cap. 77, 78, Itb,- IV. — Cronica lanoie <âl Andréa Del, MuraiorI, t. 18.
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huit cents hommes de cavalerie pour trois mois, qu'il paie en partie avec l’argent ap'porfé de Sienne, il leur envoie ces soldats avec des ambassadeurs au commencement de juillet, (1360) pour être rais sous les ordres du comte tiiordano, et réunis aux troupes que le comte commandait déjà comme vicaire-général du roi Manfred en Toscane. Les Gibelins retrouvent le courage et la vigueur ; les Siennois attaquent le château deMonl-Alcino, occupé par les Florentins ; ils appellent lesPisans, tous les autres Gibelins de la Toscane, et se font une nombreuse armée.
Ici nous allons voir le peuple Florentin, après s'étre montré glorieusement durant dix ans, cpmmcllre une de ces fautes d’ignorance plébéienne où l’on reconnaît les démocraties.
On avait éprouvé la valeur et la force des Allemands : les Florentins, effrayés par cent d’entre eux à Sainte- Pétronelle, avaient vu s'ils étaient à redouter; on savait qu’ils n’étaient soldés que pour trois mois ; rien n'était moins prudent que d’aller les chercher; les Siennois attaquaient Mont-Alcino ; mais on pouvait faire soutenir ce château par lesOrbitani, qui s'étaient offerts à le défendre. Les nobles guelfes, qui entendaient la guerre, conseillaient d'attendre l'ennemi, mais le peuple et les anziani voulaient l’aller chercher et recouvrer Mont-Alcino. Quelques-uns racontent qu’ils étaient excités dans ce dessein, par des émissaires secrets de Farinata.
Farinata des Uberti et les exilés n’avaient rien obtenu s’ils n’attiraient pas les Florentins hors de leur camp ; le temps vole, et déjà un mois et demi s’était passé depuis qu’ils avaient obtenu la cavalerie allemande.
Farinata, qui avait d’abord décidé son parti à accepter le premier secours du roi, qui depuis avait compromis la bannière de ce prince, dont l’habileté, en un mot, avait tout fait, emploie encore la ruse. Il savait le peuple de Florence orgueilleux de ses victoires ; il juge qu’on peut tromperies anziani plébéiens, ignorans de la guerre, et entraîner la ville au combat. Farinata et Gherardo do Lamberti choisissent deux frères mineurs pour dupes e|