‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 154 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

BÈVQLUTIO.V ▲ PlÿB. — SÉJOUR DE CHARLES VIII A FLO- RENCE ET HARDIESSE DE PIERRE CAPPONI.

Pise était aasujélje à Florence depuis quatre-vingtsept ans. Nous ayons vu quejle importance Fiorencc avait toujours attaché à la soumission de sa rivale. Pise, objet éternel de l’aipbition de Florenpe, des Yisconti et des Vénitiens, allait être ici la cause de grands malheurs. Les Florentins, en la SQunieUanl, ne lui avaient pas gardé léclatdopt ils avaient été jaloux; les Pisans perdirent tout avec la liberté. Si leurs vainqueurs les traitèrent d’abord avec une sorte d’humanité ; si Giuo Capponi, le premier commissaire, chercha à ramener les esprits; si les Albizzi, habiles, surent les maintenir sans violence, Pise n'éprouva plus le .méqie sort sous le gouvernement des Uédicis, et, quand Florence perdit sa liberté, Pise fut traitée en pays conquis. Pour dompter ce qu'on appelait l'orgueil piean, on la maltraita dans ses richesses, son agriculture et son industrie; soumise à un gouvernement de marchands jaloux, elle se vit, après s’être rendue si fa* meuse par son commerce, interdire les manufactures de soie et celles de laine.

Mais Pise puisait dans sa haine contre Florence , une nouvelle énergie; elle se livra avec passion à Tespoir que lui apportait le roi de France; Louis-le -Maure l’entreleoait habilement dans cette agitation, car, puisque Jean

Galeaz Visconti, premier duc de Milan, avait possédé Pise, il voulait aussi avoir celle ville. Comme il ne suivit pns le roi plus loin que Sarzane, San Severino, un de ses capitaines, le remplaça à l'armée et seconda les Ptsans.

l'oiit-à'coup, le 9 novembre (1493). le même jour où les Médicis étaient chassés de Florence, lesPisans se soulèvent, et, aux cris de liberlé, liberté ! se jettent en masse, hommes et femmes, au devant du roi de France qui, arrivé à Pise depuis peu de jours, se rendait ce malin là à la messe.

(( Et le roi, dit Comines, qui n’entendait pas bien ce que ce mot valait, et qui par raison ne leur pouvait donner liberlé (car la cité n’étoit point sienne, mais seulement y esloitreceu par amitié et à son grand besoin), et qui començoit de nouveau à cognoisire les piliez d’Italie elle traitement que les princes et communautez font à leurs subjets, respondit qu’il estait content: et ce peuple commença incontinent à cpier Noël : et vont au bout de leur pont delà rivière d’Arne (qui est un beau pont), et jettent à terre un grand lion, qui estait sur un grand pilier de marbre qu'ils appel aient mat'or, représentant la seigneurie de Florence, et l’emportèrent à la rivière : et firent faire dessus le pilier, un roy de France, iineespéeau poing, qui tenait soubs le pied de son cheval ce maior, qui est un lion : Depuis, le roy des Romains y est entré : ils ont fait du roy comme ils avaient fait du lion : et est la nature de ce peuple d'Italie d’ainsi complaire aux plus forts; mais ceux là étaient et sont si maltraités, qu’on les doit exçuser. »

Savonavolaetles autres ambassadeurs florentins, envoyés au roi, après l’avoir cherché à Lucques, le rejoignent à Pise et sont introduits en sa présence durant te soulèvement : on disait que des miracles avaient illustré la roule de Savonarola. Durant le tumulte, il parie au roi, non comme t'envoyé d’une petite république, mais comme l’envoyé de Dieu, comme le prophète qui avait annoncé la venue des Français. Le roi étonné l'écoutait avec respect : — Viens , lui dit Savonarola, viens avec confiance, viens, joyeux et triomphant, car celai qui l’envoie est le même

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qtii pour notre salut, triompha sur le bois de la croix. Mais écoute mes paroles, ô roi très chrétien, et grave-Ies dans ton cœur. Le serviteur de Dieu , instruit par des révélations, t'avertit, toi, envoyé par S. M. divine, qu’à son exemple, lu fasses partout miséricorde et surtout dans la ville de Florence où, malgré de nombreux péchés, Dieu conserve des adorateurs fidèles. Le serviteur inutile qui te parle fexhorle, au nom de Dieu, à défendre l'innoeence ,' les veuves, les orphelins, les malheureux et surtout la pudeur des épouses du Christ, afln que le péché n'affaiblisse point la grande puissance que Dieu t'a donnée. Le serviteur de Dieu t'exhorte à pardonner au peuple florentin et aux autres peuples , car leur seul tort est d'avoir ignoré que tu fusses l’envoyé de Dieu. Rappelle-toi ton sauveur qui, sur la croix pardonna à ses meurtriers , et Dieu étendra ton royaume temporel, ô roi, et te donnera partout la victoire, pour t'admettre enfin dans son royaume éternel des cieux! — Après que Savonarola a prononcé ce discours devant le roi (qui n’y comprenait peut-être pas un mot) et en présence des autres ambassadeurs , un seigneur français le prend par la main et l’introduit dans la chambre du roi, où il cause avec ce prince durant uue heure. Le jeune roi qui ne connaissait rien des gouvernemens républicains, éprouvait sans doute plus de respect pour l’habit dominicain que pour des titres et des magistratures ignorées ou mesquines à ses yeux.

Le tumulte croissait: on flt depuis honneur à Savonarola d'avoir prédit autrefois, qu’à la venue des Français, les Florentins et les Pisans retourneraient à la liberté. Leroi quitte Pise dans la confusion de ces affaires, avec ses Français surpris, et prend le chemin de Florence sans savoir encore ce qu'il déciderait pour les Pisans ; il s’arrête à Signa, à 7 milles de Florence, pour attendre que la ville qui venait de chasser les Médicis, se fut calmée et qu’une partie de ses troupes l’eut rejoint. Des ambassadeurs florentins arrivent pour convenir de l’entrée du roi: il leur cache mal son mécontentement et son projet de prendre Florence par force; on disait que plusieurs de ses serviteurs le poussaient à la colère, dans l’espoir de mettre

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