‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 155 sur 230 · UVRE · texte numérisé non relu

UVRE

cette ville au pillage ; toute l’armée s’écriait qu’il fallgit la punir pour l’exemple des autres villes, puisque lapre* mière eu Italie, elle avait prétendu s'opposer à la puissance française ; quelques persounes couseillaient ap roi de rétablir Pierre du Médicis; le roi lui- écrivit, mais déjà Pierre s’était retiré de Bologne, à Venise où les lettres, lui parvinrent.

Florence, dans un grand doute des senlimens du roi, mais sans moyens de résistance, avait décidé de le recevoir. Cependant, un ordonne à beaucoup de citoyens de remplir secrètement leurs maisons d’hommes du territoire) et introduisant les condottieri à la solde de la république, avec leurs soldats, on ordonne à la ville de se tenir prête à prendre les armes au son de la cloche du palais public. Le roi arrive le 17 novembre à vingt-et-une heures d'Italie, ce qui était deux heures dans ce mois là; il entre par la porte San Friano, sous un riche baldaquin que portaient de jeunes gens nobles, armé à cheval en signe de victoire, avec la lance sur la cuisse et avec la pompe la plus belle que pouvaient imaginer ensemble la cour de France et de Laurent-le-Magnilique. Le roi brillait la ville par la suite de ses seigneurs , ses gens d’armes , son infanterie. La seigneurie vient à sa rencontre jusqu’à la porte, suivie de citoyens âgés et de jeunes Florentins richement vêtus de diverses étoffes à la française. La grande pompe et l’encombrement des gens du roi, parmi lesquels une petite pluie augraeute la confusion, arrête la procession du clergé qui, par un autre chemin, vient recevoir le monarque à la porte du Dôme. Ce prince arrive là par le peut vieux, en passant devant le palais du podesta, et par la place publique. Il descend de cheval , et va visiter l’autel majeur; remonté ensuite à cheval sans baldaquin (car le baldaquin avait été mis en pièces selon l’usage de la plèbe alors;, le prince est conduit au palais de Pierre de Médicis, magnitiquement orné pour le recevoir, et toute sa troupe est logée dans Florence. I-e peuple, dans la joie, criait par toutes les rues : France I France ! On donna au roi de belles fêtes, et durant son séjour, la ville fut illuim* née toutes les nuits.

cHapjtiuî iv. 359

tes agents de Charles Vllt el les syndics traitent bientôt d'accord, et les difficultés commencent, carie roi demandait le retour de Pierre de Médicis et voulait laisser un lieülehanl dans Florence qu'il avait conquise, disait-il, en y entrant armé. Ces prétentions qu’on croyait suggér('(>s par Médicis, troublent déjà la ville, et un grand nombre de citoyens se liguent dans le palais avec la seignéurie, résolus de leur résister. Le peuple entier partage leur indignation ; il était au moment de se soulever (et honneur à celte plèbe si vive et si fière après tant d’années d’oppression) lorsqu’une querelle s’engage entre quelques paysatiset quelques soldalsfrançais; le peuple s'enflamme; les Français auxquels on avait dit qu’au son de la grosse cloche, une foule d'hommes du dehors accourraient, s’ef- Irayent d’un peuple nombreux, dont l’audace venait de faire une révolution; l’infanterie des Suisses, logée au dedans et au dehors de la porte al Prato, s’élance pour fol'céf le bourg Ognisanli afin de se rapprocher du roi; le peuple, regardant cette attaque comme une insulte, la repousse avec les armes et une nuée de pierres qu’il lance des fenêtres et des toits. Le combat dure une heure et ne se termine enfin que par l’intervention des seigneurs français et des citoyens , envoyés par le roi et la seigneurie (1).

Les agens du roi deviennent alors plus modérés ; le 24 novembre enfin, les articles de la paix sont arrêtés. Mais ce même jour, tout est au moment de se rompre, et on ne doit l’accord qu’à l'audace et à la grande âme de Pierre Capponi qui, citoyen de Florence, sut braver un roi de France : on lisait les articles en présence du prince et des commissaires, lorsque le roi trouve la somme d'argent insuffisante, en demande impérieusement une plus considérable, et menacé et s’écrie : — Je ferai sonner mes trompettes ! — A quoi Pierre Capponi répond avec le même emportement en déchirant le traité : — Et nous ferons sonner nos cloches! — Et il sort brusquement avec les autres syndics. C’était encore Farinata des Uberti faisant trembler les impériaux. Le roi le rappelle aussitôt, et (0 Slorie florentine di Nardi, lib. l — Cambi, anno 1404.

comme il le connaissait bien, car Pierre Capponi avait été ambassadeur en France, it lui dit en souriant: — AhI chapon, chapon, vous êtes un mauvais chapon, tournant doucement et majestueusement celte affaire en plaisanterie.

Ainsi, avec gatté, on reprend les chapitres du traité : le roi pardonne aux Florentins, s’allie avec eux et leur permet de porter sa bandière avec la bande dessus qui dit : liberta$. Les Florentins lui donneront 150 mille ducats en différens paiemens. Les citadelles de Pise, Livourne, Pielra Santa et Sarzane resteront dans les mains du roi pour deux ans au plus, et moins si l’expédition de Naples dure moins. Les Pisans obtiendront grâce quand ils rentreront dans l'obéissance. Les Médicis seront délivrés de la confiscation, mais Pierre ne pourra pas s’approcher de cent milles, des limites des états Florentins (ce qu’on décida pour l’empécber d’étre à Rome).

Le jour suivant, le roi et la seigneurie entendent au Dôme, une messe solennelle et jurent le traité par un serment prêté sur l’autel, devant le peuple florentin, tandis qu’on sonnait la cloche de gloire et qu’on célébrait la paix par des fêtes. Cependant, la ville n’éprouvait plus les mêmes transports qu’à l’arrivée du roi, car ce prince n'avait pas agi avec la bienveillance que le peuple croyait mériter par son long attachement à la couronne deFrance. Des querelles journalières entre les citoyens et les soldats français,dontrorguêil etla superbe ne se pouvaient supporter, faisaient désirer son départ. Jérôme Savonarola, dans l’éloquence de son habit dominicain, était allé plusieurs fois chez le roi, pour presser son départ, en disant que le peuple ne pouvait plus souffrir tant de désastres , et que le roi, venu en Italie pour la réforme de l’Eglise, ne devait pas . par l’injustice de ses troupes , se rendre indigne de réussir.

Le roi part donc enfln avec toute sa noblesse et sa troupe, demeure quelques jours dans Sienne agitée, et se dirige vers Rome en passant par des villes qui se soumettent toutes à lui.

Page 1