CHAPITRE VII
des (roubles et des scandales. Savonarola ne se rend plus à sa chaire qu'accompagné de gens armés. On interrompt ses prêches par des tambours ; les cnfans de son parti (que Savonarola avait organisés et enrôlés par quartier, sous des chefs élus entre eux) combattent, en lançant des pierres, avec les enfans du parti contraire ; la violence est telle que Luca Corsini, docteur célèbre, se met un jour à jeter des pierres avec les enfans pour soutenir le frère ; un autre citoyen, vieux et grave, Jean Ridolfi, prend ses armes, en criant : vive Christ I , le cri des enfans. François Cei fait un sonnet qui disait :
O Dio per quai peccato Consenti tu che flrenze rovini A petizion di quatre cittadini Ambiziosi e flni ,
Ch’ban Tatto sottilmente un idolatria Solo per usurparai quesla palria.
En janvier, Julien Salviali est gonfalonier avec une seigneurie favorable au frère ; Luca degli Albizzi et Alexandre Acciaioli y siégeaient, jeunes nobles de grande parenté et de grande suite et des premiers du parti du frère. Savonarola observe les austérités accoutumées en carnaval, et brûle sur un nouveau bûcher, les objets de luxe comme l'année précédente (t). Il faisait aussi danser les frères de son couvent avec les citoyens zélés, sur la place St-Marc, en chantant des chansons spirituelles, composées par Jérôme Benivieni.Le jour de Noël, malgré son excommunication, il célèbre la messe à Sl-Marc, communie ainsi que les frères, et fait la procession autour de la place. Comme il retourne prêcher au Dôme, le clergé défend d’aller l’entendre; mais une foule immense y court. Rome s’offense. Savonarola disait qu’il obéissait à Dieu. Le pape et les cardinaux entrent en fureur. Les marchands florentins se croyaient en péril à Rome et dans toute la chrétienté, où s’étendait la renommée du frère Jérôme et de son audace. Les représentations des marchands et de la ville à la seigneurie, font élire une seigneurie moins favorable au frère , pour mars et avril. Savonarola alors va prêcher
(I) Burlaniacch!.
aussi hardiment à St-Marc contre le siècle ; la foule estai grande, que les hommes seuls sont admis, et que Domenico da Pescia prêche pour les femmes dans une autre église. Jérôme, dans une solennité, le crucifix en main, bénit le peuple sur la place, et se plaît à braver Rome sans mesure.
Le pape Alexandre VI redouble ses menaces. Dans la nouvelle .seigneurie, sur neuf ils étaientsix contre le frère, et quoique Lanfredino Lanfredini, un des plus fermes et des plus hardis partisans du frère, fût seigneur, il était obligé de céder aux six fèves contraires. La seigneurie en entrant ne donne pas, selon l’usage, labalia àla magistrature des huit de la garde , magistrature du parti de Savonarola, mais elle réunit une grmûepratica (assemblée} de vingt-cinq citoyens par quartier.
Après six heures de débats, rien n'est décidé. Durant ce temps, un prédicateur franciscain et un prédicateur augustin, protégés par les ennemis du frère Jérôme, prêchaient contre lui, l’un à Santa-Croce, le second au Saint- Esprit. La foule commence à courir à Santa-Croce, et nous ne saurions dire combien bas tomba Florence alors, entre les querelles, les passions, les subtilités et les grossièretés des moines. Savonarola, tout imposteur qu’il devenait à la longue, avait un talent admirable et un grand caractère, mais la tourbe des coiivens était stupide, fanatique et indigne de se montrer ainsi à la lumière du jour. Jamais la république ne s’était laissée égarer d’une si étrange façon, et, autant la source où Savonarola puisait son autorité était pure et sublime, autant l’abus qu’il faisait du nom de Dieu et les superstitions vulgaires dont il s’entourait, étaient, de la part d’un tel homme, criminels et impardonnables.
Le 17 mars, le gonfalonier, soutenu et résolu, défend absolument à Savonarola de prêcher ; Savonarola le lendemain, dans une très courte prêche, proteste de la part de Dieu, en détestant les vices du clergé et en menaçant Rome et Florence de grands fléaux; il dit adieu à la chaire et il en appelle au Christ comme au chef, à la cause universelle, au seul moyen pour la réformation de l’Ëglise.
Domenico prêche à sa place. Les moines continuent de