‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 175 sur 230 · POSITION ET MÉRITE DE SODERINI · texte numérisé non relu

POSITION ET MÉRITE DE SODERINI

Machiavel, à cause de la faiblesse de Soderini et de son

fl)NerIi, iib. S. — Cambi ISOS. — Liooardo Morelli. — Nardi, lib .ir. (9) Cambi 1809.

inbabilelé lors de sa chùte, l’a placé par quatre vers célè« bres, aux limbes avec les enfaos :

La notte che morl Pier Soderini,

L’alraa m’andô dell’ inferno alla Bocca :

E Pluto la gridd : anima Sciocca,

Che inrarnoP Va’ nel Limbode’ Bambini.

Cependant, ailleurs, il l’appelle un génie inférieur, quoique n'ayant pas voulu prendre les moyens extrêmes.

Soilerini porté au pouvoir par un parti qni comptait sur lui pour fonder une aristocratie devait-il à tout prix fonder cetle aristocratie, ou bien, entouré aussitôt du peuple et engagé avec le peuple, devait-il en prendre les vues et les intérêts?

Soderini n'était pas un homme de force à se trouver libre dans cette circonstance : appuyé du grand conseil où il puisait son autorité, soumis à d’anciennes et puissantes institutions qui, depuis sept ans, s’étaient rétablies avec une vigueur nouvelle, d’un caractère droit, honnête, républicain, tout pareil aux anciens magistrats qui, du temps de la liberté, dirigeaient avec vertu la commune, il crut le changement qu’on voulait faire trop dangereux, et mit son devoir à soutenir un gouvernement qu’il confondit avec la liberté même. Les grands, au lieu de se borner comme ils avaient fait d’abord, à demander plus de force pour leur parti, un corps plus savant que le grand conseil, comme eût été le conseil dos quatre-vingts, perfectionné, les grands augmentèrent eux-mêmes les embarras, enparlant de resserrer le grand conseil, de réprimer le peuple ; et voilà où est la diliiculté : les démocrates ne savent établir leur force qu’en ruinant le pouvoir, et le pouvoir rêve toujours l’oppression du peuple. Cependant, rien de grand et d’élevé sans un haut pouvoir, rien de juste et d'humain sans la plèbe; c'est par l’union de ces deux forces, difficiles il est vrai à combiner, que quelques nations ont failles plu grandes choses, et c’est au développement de ces deux vérités que l’histoire du monde et le progrès des âges amènent la société.

Jamais on n’avait vu dans Florence une telle magistra-

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ture ni un homme si puissant. Soderini peut-être, avec un hardi caractère pouvait maintenir le grand conseil et fonder l'aristocratie par le conseil des Quatre-Vingts. Nous d'isons peut-être, car jusqu’ici, nous avons vu la difficulté de traiter avec le peuple florentin libre; les Médicis le corrompaient ou l’anéantissaient par leurs séductions et leurs dictatures; mais ses magistrats, loin d’en disposer, pliaient toujours devant lui. C’était Florence entière aujourd’hui qui gouvernait Florence; tous les arts avaient place au grand conseil; nous avons vu que des services y faisaient entrer, et qu’il y avait des jours marqués où les citoyens pouvaient demander d’en faire partie. L’homme qui eût bravé Florence entière eut peut-être été renversé; Soderini vit la force de ces institutions, et sympatiiisa avec elles; il les honora et leur obéit de bonne foi; partisan de la modération dont l’aristocratie voulait sortir, et digne et heureux de l’estime de tant de braves citoyens.

La république avait senti le besoin d’un haut pouvoir, il l’apporta, mais en citoyen florentin, en protégeant sans cesse contre les riches, le parti populaire; il établit, en pratique du moins, une politique belle et sage, puisque sans oser renforcer les grands, il ne les opprima jamais et maintint pour chaque classe, la plus grande liberté dont Florence eût jamais joui. Aussi, dans la républiquelaplus turbulente, devant un peuple hardi et jaloux, il sut maintenir durant dix ans son gouvernement, au milieu des affaires difficiles de rilalie, durant le fongueux pontificat de Jules II, la ligue de Cambrai contre Venise, l’abaissement de la France, son alliée, les extravagantes entreprises de l’empereur Maximilien, la continuation enfin des faits que nous avons tracés , faits enchaînés par le sort, sans direction ni talent des hommes. Le règne de Soderini fut le plus long qu’eût vu la liberté. « Si son gouvernement de dix ans, dit Nerli, qui était du parti opposé, fut et est encore si loué, cela vient de la bonne administration des finances et des affaires. » Sans essayer jamais aucun des moyens des Médicis , modéré jusqu’au péril de sa vie, ileutà combattre l'opposition la plus savante et la plus ambitieuse qui se fut encore organisée à Florence.

Sans doute, il n'eut pas assez de fermeté, d’éclat , mais c’est beaucoup de tenir uce ville heureuse sans s’écarter de l’esprit de la ville, en ménageant les hommes et les institutions. C’est là gouverner. Les événemens de la guerre de Pise portèrent le même caractère d’impuissance et de lâcheté, mais la faute en est radicale et antérieure à Soderini; il tomba, et sans douteàsachûte, de grandes fautes d’habileté peuvent lui être reprochées, mais l’Italie avait perdu toutes les proportions qui donnaient à Florence l’indépendance. Enfin, enfin s’il est un homme que doivent honorer etchérir les ennemis des Médicis, c’est celui-ci, puisqu’il fut ce que les Médicis détestaient d’être, c’est-à-dire un serviteur et un instrument de la commune, dévoué à la république et à la liberté

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