CHAPITRE TI
i une ancienneté obscure, et que la plèbe opéra bientôt une révolution. Les chroniques les plus reculées ne nous ont point indiqué quelles furent les raisons qui armèrent la plèbe contre les nobles et lui donnèrent l'idée , la hardiesse, et les moyens de leur enlever l’autorité. La démocratie victorieuse ôta la seigneurie au podesla, magistrat établi par l’empereur, nomma trente-six caporaux du peuple , et confia le gouvernement à un capitaine du peuple, et à douze anziani ou anciens , dont l’un était cordonnier. Elle donna au capitaine du peuple vingt gonfalons ou étendards sous lesquels il dut enrôler la jeunesse. Les paysans s'armèrent aussi sous trente-six gonfalons. Les gonfalonniers de la ville, appelés aussi le collège, les vénérables, les seize, furent un pouvoir plébéien et modéré, compagnons des seigneurs. Fondés par les anziani, renouvelés plus tard par le cardinal Lalino, détruits par les Médici.s, ils formèrent la force du peuple et caractérisèrent Florence.
Nous ne savons quand le parlement qùi devait être une coutume ancienne, fut rassemblé pour la première fuis; c’était la réunion du peuple sur la place publique; plus tard on y mil quelques formes. Le premier parlement que nous ayons mentionne est celui où l’on déclara la conservation du château de Mutrone.
3. Cependant le règne du peuple se termina à la bataille de l'Arbia. Les gibelins rentrèrent, mais effrayés de la vigueur de la plèbe, entraînés par l’esprit de la ville, ils nommèrent au gouvernement trente-six bons hommes, c’est-à-dire bons citoyens, et ceux-ci organisèrent les Arts- Majeurs en leur donnant des consuls, des capitaines, des gonfalons, en les armant pour la défense du peuple et de la commune. Ainsi, les Arts-Majeurs formèrent une armée civile comme le peuple en formait une sous ses gonfalons, avec chefs, drapeaux, armoiries, passions, pouvoir. L’institution tint ce qu’elle semblait promettre. Plus tard on organisa de même les cinq Arts Mineurs. Les capitaines et consuls des Arts furent tirés des meilieurscitoyens, comme on en avait jadis tiré les consuls, le sénat, et ensuite les jinziani. Ainsi, en même temps qu’on armait le peuple on
gardait l’élection d’en haut; les chefs du peuple se recrutaient eux-mé mes, sans consulter, comme chez les Romains, les suffrages de la plèbe.
4. Cette organisation amena la chute des Gibelins, et sous les vicaires ou podesla de Charles d’Anjou, auquel les Guelfes, vainqueurs, avaient donné la seigneurie , on éla- ' blit un gouvernement populaire : douze bons - hommes |. qui représentèrentle pouvoir, appelés collège (et formant ^ avec la seigneurie et les seize gunfaloniens, ce qu’on appela les trois charges majeurex). — Un conseil de cent bonshommet du peuple ; il se présente plusieurs fois, c’était l’ancien sénat. — Le conseil des capitaines des Arts Majeurs, celui de la Credenza, conseils plébéiens; celui du Podesta, conseil du gouvernement. — Enfin, le conseil-général de trois cents hommes de foute condition, où se distribuaient les charges, et qui représentait le parlement. C’est à la composition de ce conseil que la liberté revint toujours. Ce fut là le grand conseil; c’est là où frappaient les Médicis pour faire régner seulement leurs conseils des Cent, des Soixante-Dix. El déjà celle époque contient tout ce qui se développa depuis : conseils étroits pour gouverner et grand conseil du peuple ; un mélange de force eide démocratie. On organisa enfin alors le parti guelfe avec ses chefs et ses fonds, ce qui le rendit puissant et en fit un pouvoir dans l'Ëtat; c’est une institution propre à Florence, qu’un parti organisé comme une magistrature; ce parti prit un grand pouvoir lors des admonitions et fut un moment le malire de l’État.
5. Bientôt le cardinal Latino, sans qu'on en sache la raison, réduisit à deux mois les élections qui étaient d’un an. Ce nouveau mode tout démocratique , opéré sans doute pour mieux mêler les partis, renforça beaucoup les mœurs républicaines, et se maintint jusqu’à la fin de la république.
6. Le cardinal avait institué quatorze au lieu de douze bons-hommes. Ces quatorze ne s’accordant pas entr’eux. on créa les Prieurs des Arts Majeurs. Us devaient être marchands. C’était pour renforcer le gouvernement, mais d’une manière démocratique. C’est ici le second peuple de
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Florence. Les arts s’emparèrent toutàfaitdu gouvernement. On décida que les Florentins, pour être citoyens et aptes aux charges publiques, devaient être compris dans un des arts. Ainsi, on n'êtait admis dans le gouvernement que par les méliers qui ailleurs font exclure. Il est vrai qu’on pouvait être alors inscrit dans la Mineure sans exercer de métier, et cela s’appelait aller pour la Mineure. Les autres arts qui se développèrent ensuite, n’étant pas classés, se rangèrent sous un des arts.
7. Les grands, mécontens, résistaient; les ordres de la jiMltce furent portés contre eux, et on nomma un gonfalo- Bier de justice. Ce fut l'oeuvre de Giano délia Bella. On organisa alors vingt-quatre Arts Majeurs et Mineurs. Les anciens prieurs ou seigneurs devaient nommer les nouveaux par un vote; l’élection des charges restait en haut; on cherchait quelque force à côté d’une démocratie si grande. On donna des troupes au gonfalonier et on en organisa dans la campagne sous le nom de ligues du peuple.
Ce n’était pourtant pas là les anciens gonfalons ; le cardinal de Prato les rétablit, et nous voyons ainsi les cardinaux envoyés de Rome, protéger la démocratie et chercher à raffermir le gouvernement de Florence, selon les institutions et l'esprit de la république. Voici donc les Florentins, avec les arts et les gonfalons ensemble, armés sousdeux formes, comme citoyens d’un côté, et comme composant, de l’autre côté, la majeure et la mineure. Le pouvoir du peuple était immense, les chefs de l’Etat n’avaient à lui opposer que leur choix, mais l’esprit d’une ville ainsi armée, entraînait tout.
Cependant le gouvernement manquait de force; les partis agitaient la ville; on établit passagèrement un bàrgello pour affermir le pouvoir. Puis on s’adressa pour le renverser, au roi Robert, qui envoya un vicaire. On créa enfin un conseil de douze Bons-Hommes, pour aider les Prieurs. C’était encore pour affermir le gouvernement. Durant peu de temps, les citoyens imaginèrent de faire l’élection des magistrats pour quarante-deux mois d’avance, afin d’éviter les agitations de la ville . Ils continuaient d’opprimer les nobles, quoiqu’ils en rangeas-
sent quelques-uns dans le peuple. Effrayés par Castruccio, ils nommèrent seigneur pour dix ans, Cbarles, 01s du roi Robert, avec 200,000 florins d'or par an.
8. Bientôt les Florentins supprimèrent l'éleclion pour quarante-deux mois, et ils formèrent une liste d’éligibles, soumise à une balia de tons les magistrats. De deux ans en deux ans les noms devaient être renouvelés. Le peuple en parlement approuva ces réglemens. On supprima:
Le conseil de Credenza ;
Celui des Cent; '
Celui des Quatre-Vingt-Dix.
On forma :
Un conseil du peuple de 300 plébéiens ; un conseil delà commune, conseil composé de nobles et de deux cent vingt-cinq plébéiens, renouvelés chacun tous les quatre mois. Cesarrangemens se corrompirent en favorisant quelques noms. Le pouvoir gardait le grand avantage de nommer les magistratures, mais elles étaient très passagères. On voit un beau et continuel travail pour maintenir à la fois le gouvernement et la liberté, un balancement et un essai continuel des forces, des changoinens fréquens mais sans violence et dirigés dans un même esprit.
On chercha encore à re.s$errer le gouvernement en nommant sept capitaines, puis un conservateur. Enfin, le duc d’Athènes établit sa domination par la rivalité des grands et des riches plébéiens, et par l'appui du bas peuple. Mais ceux-là mêmes qui l’avaient élevé, le renversèrent : les grands un moment furent admis après sa chùte , mais leur insolence les fit de nouveau proscrire.
9. Leur chùte ici fut profonde, et le triomphe delà démocratie le plus grand que Florence eût jamais connu. On vit un moment trois mille trois cent quarante-six noms dans la bourse du scrutin I Machiavel attribue à cette grande proscription des nobles, la perle de tout sentiment d'élévation et de grandeur. La loi du divieto qui empêchait deux hommes de même famille d’avoir les charges en même temps, donnait les places au petit peuple, qui ne connaît pas ses parens. Cependant, comme les hommes du petit peuple se rangeaient autour de quelques riches plébéiens