‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 18 sur 230 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

nombreux, avaient Tait marcher avec eux les serviteurs de l’armée coifTés de casques et suivis des bêtes de somme, qu’on éloigna dans la vallée voisine dès que l’action commença.

L’infanterie se range sous ses bannières sur les collines, mêlée avec les cavaliers siennois.

Ace moment , les Florentins, inquiets, restent quelque temps incertains s’ils se renfermeront dans leur camp; mais ils rougissent d'éviter l’occasion de combattre. Ils commencent donc à se préparer; Spedito les fait armer promptement, parle aux plébéiens, leur montre le caroocio. Chacune des armées avait à s’emparer de la hauteur des monts pour tomber sur l’autre; le signal est donné avec la trompette et des cris horribles; car, dans ces temps , où l’on ignorait les armes à feu , la voix humaine, le bruit des coups portés et le son des instrumens étaient les seuls stimulans des batailles ; les Allemands , à cheval , assaillent les cavaliers florentins avec une si grande vigueur qtie ceux-ci son t renversés et poussés vers leur second escadron. Soutenus aussitùt par un autre escadron de cavalerie et par l’infanterie , qui se jette hardiment audevant de cet assaut , la bataille devient furieuse : capitaines, soldats, tous sont mêlés ,toiis combattent , l’arme à la main ; les Siennois enflammés de colère et pleins de confiance, les exilés de Florence désespérés , se souvenant de la proscription et décidés à vaincre ou à mourir.

Lecomte Guido Novello, surtout, animait les siens, et, s’engageant au milieu des Florentins , il appelle les Gibelins à haute voix et leur crie de se joindre aux Siennois.

Ce qui découragea le plus les Florentins . fut cette trahison des Gibelins de leur armée , qui passent bientôt ouvertement à l’ennemi, conduits par les Abbati et les Délia Pressa, selon qu’ils en étaient convenus avecFarinata. La plèbe n’en défend pas moins le caroccio avec une valeur incroyable durant plusieurs heures , et se fait mettre en pièces autour de la bannière : les soldats s’excitent les uns les autres ; plusieurs fois la bataille recommence avec une nouvelle fureur ; les Italiens avaient l’ame et le patriotisme ; les Allemands la vigueur et la paie. Le mal-

32 UTRE II.

heur des Florentins voulut que , combattant au levantdès midi, ils eussent continuellement le soleil dans les yjeux de sorte qu’éblouis et ne voyant rien devant eux, ils connaissaient l’ennemi aux coups et aux cris plus qu'à la vue. Comme les Allemands altaqnainet ceux qui défendaient l’enseigne de Florence , portée par un des Pazzi, homme de grande valeur , Bocca Abbali , un des Gibelins qui trahissaient, appartenant à cette troupe , pousse son cheval derrière Pazzi et lui tranche la main , qui tombe avec l'enseigne. Aussitôt Bocca attaque les défenseurs du caroc cio ; plusieurs nobles gibelins s’ouvrent un chemin à sa suite, abandonnent les rangs florentins et passent avec lui aux Siennois. La terreur s'empare des Florentins : la cavalerie et la plèbe . sans enseigne , trahies , pressées des Allemands , se débandent. La cavalerie, qui s’aperçoit de la trahison , s’enfuit en laissant seulement trente-six hommes de renom entre les morts elles prisonniers ; mais l’infanterie plébéienne, accablée de pertes sans nombre, se jette autour du caroccio , qu’elle continue de défendre avec un béro’isme jamais démenti; plusieurs des combattans pressent et baisent les bords du caroccio. Jean Tornaquinci , cavalier de près de soixante-dix ans , mais d’aihc vigoureuse, en avait la garde; d’une des premières familles guelfes, ami du gouvernement populaire, s’étant trouvé à toutes Iw batailles, voyant celle-ci perdue, il se fait tuer avec son fils et ses parens. Le carnage est affreux dans l’infanterie plébéienne des Florentins, desLucquois, des Orviétains ; tous s’enfuient enfln en criant : Nous sommes défaits, nous sommes vaincus ! Ceux qui courent vers le camp sont tués : chevaliers, fantassins, voituriers, serviteurs , et jusqu’aux bêles de somme ; le carnage eût été encore plus grand si les Siennois, attachés au butin, n’eussent laissé le temps à quelques fuyards d’échapper par de pelis chemins derrière les collines.

Les vaincus , renfermés dans le château de Monti-Aperti , sont tous pris ou tués ; on voulut à la fin épargner les alliés , mais non les Florentins ; plus de deux raille cinq cents de ceux-ci restèrent morts sur le champ de bataille, et plus de quinze ceuts furent pris, du meilleur peu-

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