CHAPITRE IV
faut donc larouvrirel la rendre aux citoyens. Et que Votre Sainteté sache bien que quiconque voudra lui enlever l'Etat, pensera avant toute autre chose, à rouvrir la salle du grand conseil; ainsi, le meilleur parti est de rétablir et d’enlever par là, le moyen à ses ennemis, de ruiner sou gouvernement et scs amis. » Machiavel Organise les seize gonfaloniers du peupled’unemanière libérale, en augmentant les divieti pour élargir leur nomination, et en excluant les soixante-cinq de cet emploi; il fait intervenir les gonfaloniers à tour de rôle dans la seigneurie et les conseils, et en fait une sorte de puissance tribunitienne, qui ne de. vra avoir son développement qu'après la mort du pape et du cardinal: « Enlevant la seigneurie à l'universalilé des citoyens, dit-il, il est nécessaire de leur rendre par là, un rang qui ressemble à ce qu’on leur ôte, et celui-ci (des gonfaloniers) est tel qu’il est plus grand, plus utile à la république et plus honorable que l’autre. » Paroles toutes florentines, où l’aristocrate redevient démocrate. 11 veut enfin un appel criminel aux Huit de garde, joints à trente citoyens tirés du conseil dès Cent et du grand conseil. Machiavel. trouve le pouvoir des Médicis ainsi constitué si grand et si sûr, qu’il voudrait même qu’on laissât le grand conseil nommer parfois quelques-uns des Soixante-Cinq et des Deux-Cenis. Et reprenantson vol vers ses hauteurs accoutumées, il finit par ces belles paroles : « Je crois que le plus grand honneur que puissent obtenir les hommes, est celui qui leur est donné volontairement par leur patrie. Je crois que le plus grand bien qui se fasse et le plus cher à Dieu, est celui qu’on faitàsa patrie. Les hommes qui, par les lois et les institutions, ont formé les républiques et les royaumes, sontplacés le plus haut, sont le plus loués après les dieux, et comme leur talent et les occasions sont rares, ils sont en petit nombre. Cette gloire a été si estimée de ceux qui ne visaient qu’à la gloire, que n’ayant pu faire une république .en action, ils l’ont faite en écrit, comme Aristote, Platon et beaucoup d’autres, qui ont voulu montrer au monde que, s’ils n’ont pu fonder une vie civile, comme Solon et Lycurgue, cela n’est pas venu de leur ignorance, mais de l’impossibité de mettre leurs travaux en
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œuvre. » Alors il félicite Léon X d’avoir reçu le plus grand don que le ciel puisse faire à un homme, de se voir ouvrir le plus glorieux chemin, et entre toutes les félicités de sa maison, d’avoir obtenu la plus grande, qui est de pouvoir so faire immortel, et surpasser de bien loin la gloire de ses ancêtres. Mais il conviait le pape à de trop hautes destinées, et Léon X n’était pas Machiavel.
Le Cardinal Jules administra Florence avec facilité et avec talent durant deux ans. Comme il était très riche, et que la ville, durant son bon gouvernement, avait peu do dépenses extraordinaires, on eut assez d'argent pour dégrever à la fois la commune de beaucoup de dettes et de l'intérêt qu’on payait aux citoyens créanciers de l’Etat. La dette publique se serait encore plus diminuée si la guerre, après trois ans de paix, n’avait recommencé.
La rivalité de François !«' et do Charles V la rallume, A chaque instant nous sommes ramenés aux affaires générales. Léon X, riche , magnifique , perdu dans les plaisirs, recherché des deux rois, -voulait ravoir Parme et Plaisance, et toujours fidèle aux dernières idées de Jules II, chasser d’Italie les Français et ensuite les E.spagnols. Après avoir pourtant hésité à s'allier avec la France , le pape s’allie avec Charles V, ainsi que les Florentins ses sujets. Il envoie de l’argent à Guicciardini, gouverneur depuis plusieurs années de Modène et de Reggio ; Guicciardini est nommé commissaire général de l’armée de l’Eglise avec une grande autorité (I).
Les Français , de leurcêté, alliés aux Vénitiens, font lever le siège de Parme (1521). Le cardinal Jules est alors envoyé légat apostolique à l'armée en Lombardie, où il va faire toutes les affaires du pape. Le cardinal de Cortona reste à sa place, au gouvernement de Florence ; mais dès que le cardinal Jules est parti, Goro reprend son influence, SC met en opposition avec le cardinal Cortona, et les divisions de la ville éclatent. Enfln, le cardinal Jules ordonne à Goro , par scs lettres , de rester absolument soumis au cardinal de Cortona. Goro ne savait pas traiter avec les Florentins. Les Médicis seuls avaient dans leurs manières,
(I) Guicciardini, lib. XtV, cap. 2.