CHAPITRE IV
qiies, tandis que le peuple n'avait pas sa part: toutes choses d’où naquirent tant de désordres, que les Aibizzi ne se seraient pas maintenus si des guerres n’avaient uni l'Etat sous eux.
A ceux-ci succédèrent les Médicis qui, maintenus par l'habileté de Côme et de Laurent, n’en furent pas raoin.s obligés par la faiblesse de leur gouve'rnement, ditMachia vcl. à de fréquens parlemens, à de fréquens exils, et à la perte, enfin, île leur pouvoir. On rétablit alors la liberté, mais sans satisfaire à toutes les passions civiles et sans moyens de punition ; un gonfalonier à vie avait cet inconvénient, que sans défense s’il était bon, il n’avait pas de frein s’il était méchant. Réformes faites, d'ailleurs, moins au profit de tous qu'à l'avantage d'un parti, et qui gardaient pour péril continuel, le parti contraire et menaçant.
Alors Machiavel passe à la question du gouvernement actuel des Médicis. Si jadis, dit-il, les Médicis avaient Y universalité des citoyens pour eux, aujourd'hui iis l’ont contre eux:alors citoyens, aujourd’hui ils ont dépassé la vie civile; on revient à un ancien gouvernement, mais non pas quand il plait moins qu’un gouvernement nouveau, et si les Médicis jadis étaient tous les dix uns en péril de perdre l’Etat, ils le perdraient sûrement aujourd'hui.
11 faut donc conserver les Médicis comme chefs, mais élargir le gouvernement, assez pour former une vraie république, car les gouvernemens incertains sont faibles, et l'égalité qui règne à Florence y rend impossible une principauté, convenable à Milan, où l’inégalité est étàblie.Pour instituer une république propre à Florence, il y faut compter et satisfaire trois espèces de citoyens : les premiers, les moyens et les derniers. « Car, bien que l’égalilé régne à Florence, dit Machiavel, il y a chez elle quelques citoyens d’une arae élevée, dignes de précéder les autres, et auxquels il est nécessaire de satisfaire, puisque le dernier gouvernement ne tomba que pour n'avoir pas agi ainsi. Et à des hommes ainsi faits , il n’est possible de satisfaire qu’en soutenant dans leurs personnes, la majesté dus premiers rangs de la république. » Machiavel sup-
prime donc la seigneurie, les Huit Aepratica, et les douze Bons-Hommes, pour créer un gouvernement de soixante* cinq citoyens de quarante-cinq ans, (cinquante-trois pour les Arts Majeurs et douze pour les Arts Mineurs), nommés à vie, qui créeraient un gonTaionier entre eux pour deux ou trois ans ou même à vie, et gouverneraient à tour de rôle pour un an, avec une surveillance et une part continuelle de tous au gouvernement. Ainsi, la fleur du pays composerait le gouvernement et formerait les pratiche où l'on recourt sans cesse. Machiavel indique ici, avec plus d’ordre et delixité, ce qui existait déjà, puisque les pratiche, la seigneurie, les Huit de praiica el les Bons-Hommes se composaient despremiers citoyens. Et voilà où Florence est admirable, c'est que les hommes qui la rélorment, ne font que la modifier et parlent toujours d'elle.
C’est ainsi que, pour organiser ce qu'il appelle les citoyens moyens, il forme un conseil de Deux-Cents qui doit remplacer les conseilsdes Soixante-Dix, des Cent, ceux du peuple ctdo la commune, où les Florentins avaient également satisfait à la classe moyenne. Ces Deux-Cents formeront un conseil des Choisis, nommés à vie par les Médicis, cent-soixante pour les Arts Majeurs, quarante pour les Arts Mineurs.
Conservant les Huit de garde et balia pour la sûreté des Médicis avec l’ordonnance de l’infanterie, il arrive enfin au troisième et derniergrade des hommes, à Y universalité des citoyens, qu’on ne satisfera jamais si on ne leur rend ou ne promet de leur rendre leur autorité. « Et comme la rendre en un seul coup, dit-il, exposerait vos amis et l’autorité’de Votre Sainteté, il est nécessaire de la rendre en partie et de la promettre en partie, de manière qu’on soit certain de la ravoir. Ainsi, je juge qu’il est nécessaire de rouvrir la salle du grand conseil de mille, ou au moins de six cents citoyens qui distribueront, comme par le passé, toutes les magistratures, excepté celle des Soixante-Cinq, des Deux Cents et des Huit de balia qui, durantlaviedeVotre Sainteté et du cardinal, vous resteront. ...Sans satisfaire à Vuniversalité des citoyens, on ne fit jamais aucune république stable. On ne satisfera jamais à l’universalité des d'.oyens de Florence si on ne rouvre pas la salle; ainsi, il