CHAPITRE III
C'est François Feruccio. D’une famille ancienne, mais pauvre et obscure , il avait été payeur sous Jean-Baptiste Soderini dans l’armée de Laulreck contre Naples, et quoiqu'il eût là un emploi civil, il s'étail exercé et formé avec les excellentes troupes de Jean de Médicis. Agé de 40 ans, intrépide, moins prudent qu’audacieux, plein d’amour de la gloire, le gouvernement l'avait nommé commissaire à Empoli d’où il approvisionnait Florence par la Lastra Cl). Par ordre des Dix, Feruccio avait envoyé trois compagnies à la Lastra; mais ce secours n’empécha pas la Lastra de tomber au pouvoir des Espagnole; malheur très grand qui sépara les Florentins d’Empoli. Les nobles voyaient avec regret parvenir ainsi Feruccio, jusqu’ici payeur et peu connu, comme ils avaient vu avec regret Carducci gon falonier, et Michel-Ange nommé des neuf de la milice (2).
Carducci, en cédant le gonfalon à Girolarai, avait été fait commissaire à la place de celui-ci, mais il gardait son influence et continuait de mener les affaires et les opinions avec son parti. Le nouveau gonfalonier, très embarrassé en entrant, porté à un accord, pressé de tous côtés, convoque une assemblée du grand conseil par gonfalons.
(5 Janv. 4530.) Girolami commence par un discours où il demande aux gonfalons leur avis. Les gonfalons votent séparément. Filippo del Migliore, un des seize gonfaloniers, rapporte avec audace et véhémence, que douze des gonfaloniers s’opposent à l’envoi des ambassadeurs au pape, et que quatre y consentent. Robert Bonzi rapporte pour les douze bonshommes, que la plus grande partie dit non. — Alfonse Strozzi rapporte, pour les Dix, non.— Un autre rapporte, pour le gonfalon de l'Echelle, oui (3). — Le gonfalon
(1) Nerli, lib. X.
(2) Buiini, leitera XV.
(5) Noua avons dit que Florence était divitée en 4 quartier! : — La Saint-Esprit renfermait quatre gonfalons.- l’échelle, la coquille, le fouet, le dragon. — Sainte-Croix , quatre gonfalons : le char, le boeuf, le lion noir, les roues. — Sainte Marie nouvelle, quatre gonfalons : la vipère, la licorne» le lion rouge, le lion blanc. — Saint Jean, quatre gonfalons: le lion d’or, le dragon, les clés, la fourrure. Il ne faut pas confondre cep gonfalons avec les anciens gonfalons des arts. (Varcbi, lib. lli.)
LITRE T
de la Coquille, de soixante-quatorze, cinquante, oui. — Le gunfalon (lu Fouet, de quatre-vingt-six, soixante-quinze, oui. — Le gonfaloD du Dragon du Saint-Esprit, les cinquante. oui, excepté quatre. — Le Char, les cinquante, oui, hors quatre* — Le B(huf. de quatre-vingt-trois, soixantedix. ont. —Le Lion noir, de quatre-vingt-dix, soixanle-dixaept, oui.— Les Roues, tous, oui. hors deux. — La Licorne. oui. — Le Lion rouge, la plus grande partie, no». — Le Lion blanc, cinquante, non, trente, oui. — Le Lion d’or; de quatreviogt dix, quatre- vingt-deux, oui. — Le Dragon de Saint Jean, lesdeux tiers, oui. — LesGlefe, les cent, oui, hors six. — La Fourrure, tous variés demandent à tirer par les hives. Au total des votes, sur raille trois cent' soixantetreize fèves, il y eut mille oui, trois cent soixante-treize non(i). Le conseil des Quatre-Vingts nomme donc deux ambassadeurs pour aller traiter axee le pape; maislegonfalonier, déjà ranimé par le pacti de Carducei, ne leur donne poiutde commission, etarr»vésàBokygne,ies ambassadeurs demandent audience, en disant seulement qn’ils viennent pour entendra ce que ie pape voulait leur dire. Le pape, avec un geste de mépris: « Y a-t-il, dit-il, à Florence (les citoyens qui soient aussi peu de chose que ceux-ci? » Comme il ne craignait plus les Turcs, il était moins facile.’ Les ambassadeurs lui demandent le domaine, la liberté et le gouvernement populaire ; le pape répond que pour la re.stiliilion.du domaine, D y tient plus qu’éux, et que sa fainille avait L’babiliide d'accroître et non de ditninner l’Etat; que pour la liberté, lui-méme veut la rendre à tant de citoyens illustres et opprimés; quant au gouvernement populaire, c’est une tyrannie qu’il ne souffrira pas. Il cherche pourtant à engager quelque négociation avec un des soiis-arobassadeiirs; mais celui ci écrit à son gouvernement sans recevoir de réponse , el le pape , après de grandesdiscussionsavec les ambassadeurs, les congédie (2).
Le parti de Carducci achève d’entraîner le gonfalonier à la guerre. Après l'assemblée par gonfalons, ce parti fait
(1) Varchl, lib. xi. — Segni, lib. IV. — Nerli, lib. X.
C8) Nerli, lib. 10,