CHAPITRE II. 4i
ainsi que les exilés de Florence. Ici parait Farinata des überli pour la dernière fois : Cece Buondelnionli,' exilé florentin, est fait prisonnier dans l’action ; on lui met en croupe sur son cheval, Farinata des Uberli: quelquesuns disent pour le sauver; mais Asino des Uberti , parent de Farinata, prend une massue de fer, lui en donne un coup sur la télé et le tue en croupe de Boundelmonti, ce qui fut beaucoup blâmé. Les Gibelins vainqueurs s'emparent de plusieurs châteaux des Lucquois ; ceux-ci, décoiira^s et désirant ravoir les prisonniers qu’on leur avait faits àMonl-Aperti , font dire secrètement au comte Guido que si on veut leur rendre leui-s prisonniers, qui étaient nombreux et des meilleurs hommes de Lucques, avec leurs châteaux , ils chasseraient tous les exilés guelfes, dont la pauvreté ne leur promettait rien. Le traité est si secret que les exilés l’ignorent complètement. Tout-à-coup la seigneurie de Lucques leur commande, sous peine de la vie , de partir de Lucques et de son territoire sous trois jours. Ces malheureux u’obliennent ni retard ni pitié , car les Allemands du comte Guido allaient arriver; ils sortent avec leurs familles (li263) ; plu- .sieurs femmes délicates des exilés de Florence se trouvent réduites à accoucher dans l’Apennin , entre Lucques et Modène ; ils s’en vont de désespoir à Bologne. La Toscane entière leur était fermée, car après ce jour il n’y eut pas un château qui ne retournât aux Gibelins. Cette cruauté des citoyens entre eux est atroce; chaque parti, dès qu'il était vainqueur, agissait avec la même barbarie. Ce renvoi des exilés de Lucques fit la fortune de plusieurs qni se retirèrent en France , et revinrent un jour riches à Florence (1). Les autres, ayant été de Bologne à Modène ‘et ensuite à Reggio , soutenir les Guelfes, eurent des succès, et commencèrent à former une de ces troupes errantes dont nous verrons bientôt l’Italie couverte. Admirés et enrichis à Modène et à Reggio , ils se trouvèrent quatre cents hommes d’armes bien montés , sous les ordres de Fo-
(I) Ricordano Maleipini, cap. 174. — G. Villani, cap. 87, lib. Yl.
UVKE III.
rese des Adimari, prêts à soutenir le parti guelfe, pour lequel se préparait une fortune nouveUe(l).
Manfred avait profilé , pour s’affermir à Naples , de la faiblesse du pape Alexandre IV ; mais Urbin IV , d’un caractère entreprenant et ferme, parait un moment sur le trône pontifical pour relever le parti guelfe; selon le projet déjà formé par Innocent IV, il appelle au trône de Naples Charles d’Anjou; frère du roi saint Louis, pour l'opposer à Manfred (i-263). Il meurt bientôt; mais son successeur , Clément IV , Français comme lui, continue la même politique. Le parti guelfe reprend l’espoir en Italie. La maison des Délia Torre, qui régnait à Milan par le droit du talent, abandonne les Gibelins pour Charles d’Anjou, taudis que quelques villes gibelines dans leur voisinage, Vérone, Brescia, Cremone,- Plaisance et Pavie , restaient à Manfred. Nous ne suivrons point la rapide lutte de deux héros , également ambitieux, qui se disputèrent les beaux rivages de Naples ; le sage roi .saint Louis , indécis d’abord s’il appuierait son frère dans une entreprise aventureuse, fut satisfait d’éloigner de la France un esprit inquiet , qui devait prendre au loin son essor. Manfred pouvait se défendre dans scs châteaux; il préféra livrer bataille àla plaine de Grandella(1266); coimne au fort de la mêlée il remettait son casque, l'aigle d’argent qui le surmontait tombe, et le prince intrépide, mais confîant dans les naïves croyances du temps , dit aux siens : — Ceci est le signe de Dieu. — El il se jette en avant pour mourir (2).
Qu’on juge, d’après la violence dos partis, de la joie que ces événenicns causent aux Guelfes ! Les exilés de la Toscane combattaient .'dans l’armée de Charles d’Anjou, sous les ordres de Guido Guerra ; ils étaient si bien équipés et ils avaient si bonne Ipurnuro que, quelques jours avant la bataille deGradella, Manfred demanda qui étaient ces conibattans si bien fournis en armes et en chevaux; on répondit que c’était le parti guelfe qu’il
(1) Eicordano Haieapini, cap. 174. — G. Viltaai, cap. 8«, iib. VI.
Ekordaoo Maleapiai, cap. tao. — G. Villani, cap. 9, Ub. VU.