‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 25 sur 230 · CHAPITRÉ II · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ II

avait chassé de la Toscane. Le prince s’écria : — Et où donc est l’aide que j’ai des Gibelins , moi qui les ai si bien servis et enrichis ? Quoi qu’il arrive aujourd’hui , ceux-ci ne peuvent pas perdre. —Voulant dire que, s’il était vainqueur, il protégerait leur valeur et leur fidélité (1).

Quand la nouvelle arrive à Florence de la défaite du roi Manfred, les Gibelins et les Allemands s’épouvantent; les exilés de Florence, au contraire , prennent cotirage : ils s'approchent du territoire pour traiter avec les amis qu'ils avaient dans la république ; ceux qui avaient combattu avec Charles d’Anjou leur donnaient des espérances ; et les Florentins , se souvenant de la ■ perte qu’ils avaient faite à Mont-Aperti d’un frère, d’un père ou d’un fils , commencent à relever la tête, à murmurer, à se plaindre par la ville des dépenses et des charges extraordinaires dont les accablaient le comte Guido Novello et ceux qui gouvernaient le territoire. Les chefs gibelins, inquiets de ces murmures et menacés d’un soulèvement de la plèbe, élisent, pour lui plaire, deux pndesta: Catalane deMalavolti, Guelfe, etLoderingo de Liandolo, Gibelin, tous deux Bolonais et de l’ordre des Frères- Joyeux, institué par le dernier ; on était chevalier en prenant l’habit , la robe était blanche et le manteau gris ; les armes , un champ blanc avec une croix vermeille surmontée de deux étoiles; lés chevaliers devaient défendre les veuves , les orphelins, et comme les autres ordres rétablir partout la paix; mais ils s'occupaient plus des plaisirs que de leur mission. L’habit religieux fit croire que ces deux-ci dirigeraient avec probité les dépenses de la commune; on les établit dans le palais du peuple, contre l’abbaye. Attachés chacun à un parti différent, mais hypocrites , ils se montrèrent d’accord dans leur intérêt plus que dans celui de la république. Ils choisissent cependant trente-six hommes de la classe moyenne , ou hons-hommes , marchands et artisans , Guelfes et Gibelins , les meilleurs citoyens de la ville, èt ils les

(I) Rieord;ino Blaletpiiii, eap. ISO. — G. Villani, cap. 8, lib. VII.

LIVfiE III.

chargent do faire les dépenses de la commune et de la gouverner avec eux. Les Irenle-six bons-hommes se réunissent tous les jours, pour le conseil, dans lu boutique et dans la cour des consuls qui dirigeaient le travail ou l'art de la laine au Marché-Neuf, à Caliraala, et là ils font un réglement aussi (I2r>6) important que l’avait été l'armement du peuple, lors de la création des anciens en 1250. Alors on avait organisé le vieux ou le premier peuple de Florence , ici on organise le second peuple en organisnnt les arts.

Dès long-temps Florence avait été divisée en corporations d'arts et métiers (1). A l’époque où nous sommes, elle comptait sept arts majeurs et cinq arts mineurs. Les arls majeurs se composaient de:

L'art des juges et notaires.

L’art des marchands de draps français habitant à Calimnla.

L’art des banquiers ou changeurs.

i.’art de la laine.

L’art des médecins et apothicaires.

L’art de la soie et de la mercerie.

L’arts des pelletiers et fourreurs.

Les trente-six donnèrent à chacun de ces arls des consuls, des capitaines, un gonfalon (étendard) et une enseigne pour marcher si l’on s'armait dans la ville, et s’il en était besoin , à la défense du peuple et de la commune ; c'était rendre les arls très-forts et développer toujours davantage la tendance des mœurs publiques ; les corps furent organisés avec l’éclat et le bruit qui semblent en Italie comme l'effet de l'existence et de la lumière ; on vit flotter dans les airs les nouveaux étendards des arts ; les juges cl les notaires eurent le champ d’azur avec une grande étoile d’or; les marchands do draps français logés à Calimala , le champ rouge avec une aigle d’or ; les banquiers, le champ vermeil semé de florins d’or; l'art delà laine, le champ vermeil avec un mouton blanc;

(I) Noie« savante* de Ildefooio di San Luigi i l'Histoire de Florence de Stéfani. Deliaie degii erudiii.

Page 1