‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 27 sur 230 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

aussitôt. Le comte, après avoir obtenu les clefs, examine s’il a tous ses Allemands, ses Pisans et ses autres alliés, s’achemine vers une des portes, et se retire à Prato (t). Nov. 1*266. Mais ce qu’il fit de plus risible, cefut de juger, en arrivant à Prato, quiil avait agi follement en s'éloignant, et de vouloir revenir en armes le lendemain matin tenter la fortune ; l’audace lui venait trop tard ; il se présente trois heures après le lever du jour à la porte du pont alla Garaia, et demande que cette porte lui soit ouverte. La plèbe court aux armes, résolue de défendre la ville, déjà garantie par ses murs et ses fossés ; elle se tient armée derrière la porte jusqu’au soir, et le comte et les Gibelins,’sans pouvoir se faire ouvrir ni par les proine.sses, ni par les menaces, s’en retournent bafoués à Prato, incapables même de s’emparer en route du château de Capalle.

Les deux podesta frères-joyeiix sont aussi renvoyés de Florence pour ne plus reparaître que dans l’enfer de Dante. Comme ces frères-joyeux étaient des fourbes (pii se jouaient de leur habit religieux, et surtout comme Gatalano et Loderingo avaient promis de rétablir la paix dans Florence et avaient protégé les Guelfes et préparé le triomphe de leur parti, Dante nous les montre au milieu des hypocrites : cr Nous trouvâmes ici en bas une foule de gens fardés qui marchaient à pas lents, pleurant et semblant las et vaincus. Ils portaient des chapes avec les capuchons baissés sur les yeux, de la forme de celles des moines de Cologne. Elles sont dorées dehors, mais au dedans elles sont de plomb et si pesantes que celle de Frédéric auprès semble de paille. O manteau fatigant pour l’éterriité ! Nous tournons à gauche avec eux en écoutant leurs gémissemens. Mais ces gens, fatigués du poids de leurs manteaux, venaient si lentement que nous en rejoignions de nouveaux à chaque pas.

— Trouvez en un parmi eux, dis-je à mon guide, qui se connaisse au nom ou à l’action, cherchez-le du regard. — Et l’un, entendant la langue toscane, cria derrière nous :

(I) Ricordano Malespini, cap. l64.-> G. VillaDi, lib. VU, cap. 14.

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— Arrêtez, vous qui courez ainsi dans cet air obscur, peut-être aurez-vous de moi ce que vous cherchez. — Mon guide me dit alors : — Allends-îe, et marche ensuite selon son pas. — Je m'arrêtai, et j’en vis deux qui montraient par leur visage un grand empressement d'être avec moi; mais ils étaient retardés par leur charge et par le chemin étroit. Quand ils nous eurent joints, ils me contemplèrent d’un regard louche et sans parler, puis ils se tournèrent l’un vers l’autre, disant : — Celui-ci semble vivant à sa respiration, et si tous deux sont morts, par quel privilège marchent-ils sans la pesante robe? — Puis ils me dirent :

— O Toscan, qui es venu au cercle des coupables hypocrites, ne dédaigne pas de dire qui lu es. — Je suis né et j’ai grandi, leur répondis-je, sur le beau fleuve de l’Arno, dans la grande ville, et j’ai le même corps que j’ai toujours eu. Mais vous, qui êtes- vous, qui montrez tant de douleur sur votre visage, et qui avez à peine de la voix pour parler? — L’un me répondit: — Nos robes sont d’un si lourd plomb que leur poids nous fait trébucher. Nous fûmes frères-joyeux et Bolonais, nommés, moi Catalano, et celui-ci Loderingo, élus podesla par ta ville, comme elle a coutume decboisir deshommes étrangers aux partis, et on voit encore près du Guardingo ce que nous fûmes. >

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