‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 26 sur 230 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

les médecins et les apothicaires, le champ vermeil avec la Vierpre et son fils; l’art de la soie et de la mercerie , le champ blanc avec une porte ronge de sainte Marie, tes pelletiers, un champ d’azur avec VAgnus Dèf (1).

Ainsi les arts majeurs se trouvèrent former une armée civile, avec ses chefs, ses drapeaux, ses armoiries, ses passions , son pouvoir. L’institution tiendra ce qu’elle semblait promettre. Les cinq arts mineurs laissés encore sans armes, comprenaient l’art des marchands de coupons , bonnetiers , fripiers ; l’art des bouchers ; l’art des cordonniers; l’art des maçons et charpentiers; l’art des forgerons et serruriers.

Remarquons que comme jadis on avait tiré les consuls, puis les anciens des meilleurs citoyens, ainsi on en tira les trente-six et les capitaines et consuls des arts. Ce qui fait qu’en même temps qu’on armait le peuple on gardait l’élection d’en haut ; les chefs du peuple .se recrutaient eux-mêmes sans consulter, comme chez les Romains , les suffrages de la plèbe- Ces nouveautés , loin de rassurer les Gibelins, augmentèrent leur inquiétude; les Uberli, les Fifanti,lcs Scholari , les Lambert! , et les autres grandes maisons de Florence trouvaient que les trente-six favorisaient trop les Guelfes plébéiens qui étaient restés à Florence, et que tout .semblait dirigé contre les Gibelins , depuis la bataille de Grandella. Le comte Guido, qui cherchait à se maintenir en favorisant tantôt un parti tantôt l’autre, envoya demander du secours è ses alliés, à Pise, Sienne. Arcz- 20, Pislo’ia ,‘Prato , Volterre, Colle, San-Geminiano , de sorte qu’avec six cents Allemands qu’il avait à Florence, il se trouva bientôt avoir quinze cents cavaliers.

Pour payer ses Allemands il veut alors mettre un impôt qui parait trop grave aux trente-six; ces chefs résistent d’une façon qui mécontente les Gibelins, et comme ceux-ci étaient déjà inquiets de la nouvelle organisation du peuple, ils ordonnent de soulever le territoire et de disperser les trente-six avec la cavalerie allemande. Les premiers

(1) Ricordano lHaletpini, cap. 185.— G. Villasi, cap. is, Itb. VII.

Gibelins armés sont les Lamberti ; ils arrivent dans Calimala avec leurs troupes eu criant : Où sont res scélérats de trenle-six, que nous les taillions tous en pièces.? — Les trente-six étaient alors réunis en conseil dans la boutique au bas de la maison Cavaicanti, au Marché-Neuf. Ils sortent aussitôt du conseil; au même instant la ville se soulève, chaque homme ferme sa boutique pour aller combattre, et tout le peuple se rend dans la Via larga di Santa Trinita. Un noble gibelin, Gianni Soldanieri, se fait chef de la p'ëbe par ambition, sans songer à ce qu'il en adviendrait à lui et son parti; sa maison s'arme, les plébéiens se réunissent en grand nombre, et ils commencent à élever une barricade au pied de la tour de Jérôme. Le comte Guido, avec sa cavalerie et les nobles gibelins, marche en armes à la place San-Giovanni ; il s'avance plus loin contre le pëuple, et fait attaquer les barricades de la maison des Tornaquinci; un Allemand à cheval se jette au milieu de la barricade ;. la plèbe s'y maintient hardiment, munie de bonnes et grosses arbalètes, et elle jette d’énormes pierres du haut des tours et des maisons. Le comte ne pouvant la disperser, fait rebrousser l'enseigne et revient avec sa cavalerie à la place San-Giovanni ; de là il se rend à San- Pulinari, où étaient les deux frères podesta ; sa cavalerie s'étendait depuis Porla-San-Pielro jusqu’à San-Firenze ; il demande les clefs delà ville pour s’enfuir, effriyédes pierres qu’on avait jetées des maisons et craignant d’en être assommé. Lecomte prend avec lui, poursa sûreté, trois des trente-six, Uberlo de Puici, Cerchio de Cercbi, Guidingo Savorigi, les plus pui.ssans de la ville ; les deux frères-^ joyeux crient du palais pour les rappeler, leur disent de rassurer le comte, que le peuple se calmerait, que les Aileniands seràient payés ; mais le comte Guido époii- . vanté ne veut rien entendre, demande encore les clefs de a ville et emmène son énorme cavalerie.

Ainsi ces Allemands qui, dans la campagne, avaient épouvanté les soldats citoyens, sont eux-mémes effrayés de se voir renfermés dans les murs d'une ville soulevée.

A chaque instant, ce peuple florentin laissait ainsi trera- . blerses chefs. Florence fut la ville des émeutes et des barricades ; les partis s'effrayaient promptement et s’enfuyaient

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