CHAPITRE IV
If AISSANCE DE DANTE. — SÉJOUR DU PAPE GRÉGOIRE X. — MAGISTRATURE DE DEUX MOIS CRÉÉE PAR LE CARDINAL LATINO.
Deux ans avant le rétablissement de la liberté, dans l'année 1365, cinq ans après la bataille de l’Arbia, un grand
(ORicordano Malespint, cap. it>8. — G. ViUani, cap. 21, lib. vu. Croniea di PaoNno di Piero. Muratori.
(s> Vaaari, Cimabue. ,
LIVBE III.
homme était né, Dante avait vu le jourdans la familledes Aligliieri. Avec lui et par lui allait nailre une nouvelle ère pour ritalie : poète, historien, créateur de la langue, juge de son siècle, dispensateur de la gloire cl de la honte, Dante domine pour la postérité le temps où il a vécu. Saluons son berceau, et si d'autres historiens ont . célébré la naissance de tant d'enfans dont le rang seul fil le mérite, célébrons dans des siècles plus éclairés çes hommes de vraie race royale, qui faisaient plier le monde matériel devant leur domination morale, en montrant assez à quel rang le Créateur les destine.
Au temps où Charlemagne avait rebâti Florence, un jeune Eliseo de la famille des Francipani était venu de Rome s’y établir. Il laissa après lui une race nombreuse qui porta le nom des Eli.sei. Un des descendans nommé Cacciaguida épousa une Alighieri deFerrare, aussi noble par le sang que par les mœurs et la beauté. C'est lui qui reconnaît Dante au paradis et lui dit : « Au sein d’une belle et calme citoyenneté, dans cette douce ville, Marie,' invoquée à grands cris par ma mère, aida à ma naissance, et dans votre ancien baptistère je fus ensemble chrétien et Cacciaguida. Morunlo et Elisei furent mes frères. Ma femme vint à moi de la vallée du -Pô , et d'elle est venu ton surnom. Je suivis l'empereur Conrad, et ma conduite lui plut tellement qu’il m’arma de sa milice. Sous lui je marchai contre le peuple et la loi méchante qui usurpent, par la faute de votre pasteur , ce qui vous appartient de droit. Cette nation impie trancha mes jours , me sépara du monde trompeur qui perd tant d’âmes ; et, du martyre, je vins à cette paix (Paradis, chap. xv). » La femme de Cacciaguida s'était plue à donner à un de scs fils le nom de sa maison: une nouvelle branche laissant le nom des Elisei, s'appela Alighieri. C'est d’elle que naquit Dante. Sa mère. Relia, enceinte de lui, réva un jour, d’après le récit de Buccace, qu’elle était sous un grand laurier, dans une verte prairie , à côté d’une très grande fontaine; là, elle accoucha d’un fils qui , en très peu de temps, nourri de graines et de fleurs qui tombaient de l’arbre, et de l’eau de la claire fontaine, lui sembla devenir