‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 55 sur 230 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

des Gibelins, pour se rendre les uns à Fisc , les autres à Arezzo, les autres à Pisloïa. Charles les condamne comme rebelles, fait détruire leurs palais , ravager leurs biens à la ville comme à la campagne et les met en commun. Les parentés et les nouveaux mariages ne servirent de rien contre la proscription ; et tandis qu’on court bientôt les poursuivre à Pistoïa, vigoureusement défendue par un Uberti, on fait saisir, à Florence, leurs amis fidèles pour les proscrire, les torturer ou leur faire trancher la télé (1).

(( Ah! Italie asservie, s'écrie le poète, seul grand ici, babilation de douleur, navire sans nocher dans la tempête, lu n’es plus la dame des peuples, mais un lieu de prostitution. Les tiens se font la guerre , et ceux qu’un même mur et de mêmes fossés renferment se rongent l’un et l’autre. Cherche, misérable, autour de tes rives, puis regarde en ton sein si aucune de tes provinces est en paix. A quoi bon que Justinien ait arrangé ton frein, si le trône est vide? Sans lois, la honte est moindre. Ah! peuple qui devrais être pieux et laisser , selon la volonté de Dieu ,

régner César! O souverain Jupiter, qui as été pour

nous crucifié sur la terre, tes yeux justes sont-ils tournés ailleurs? ou prépares-tu dans la profondeur de ton conseil ‘ quelque bien que nous ne puissions pénétrer? Toutes les terres d’Italie renferment des tyrans. Tout vil factieux devient un Marcellus. Ma Florence! soit contente, car ces mots ne s'adressent pas à toi, grâce à ton peuple qui se rai.sonne ; plusieurs des tiens ont la justice dans le cœur, qui la dévoilent lentement pour ne pas tirer l’arc sans conseil; mais ta plèbe l’a surtout dans la bouche. Tandis que plusieurs de tes citoyens réfusent les charges publiques , ton peuple empressé s’écrie : — Je me courbe ! — Réjouistoi donc, tu en as sujet; tu es riche, tu as la paix et la prudence. Athènes et Lacédémone , législatrices et civiles , donnèrent un faible exemple en comparaison de toi, qui crées des institutions si fines que ce que tu établis en octobre n’arrive pas à la moitié de novembre. Combien de

(1) Cronica di Dino Compagnl, lib. II. Muralori. — Cronica di Paolino di Piero. Muratori.

fois , eu ces lenips, as-tu changé de lois , de naonnaies, de magistratures, de mœurs, et renouvelé tes membres! Si tu t'en souviens, si tu vois clair, tu verras que tu ressembles à un malade qui , sans repos sur sa couche , change de place pour combattre sa douleur. »

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