‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 58 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mCBNDIB DB FLOBENCE. — MORT DE CORSO DONATl.

Deux partis étaient si bien dans les habitudes et les passions de la république, que voici Corso Donati, inquiet du pouvoir de quelques noirs, qui se lie avec les blaucs et les grands. Il attache Lolhieri délia Torsa, évéque de Florence, à son nouveau parti, qu’on appelle leporti de l’évéque(l). La ville arme ses tours et forteresses comme durant les vieilles batailles civiles, et nous croyons assister aux combats des Biiondelmonli et des überti. (février 1303) Le péril eût été grand si les Lucquois, appelés par la commune, ne fussent revenus à Florence avec une grande suite de peuple et de cavaliers (2). On leur remet une autorité ou balia générale ; durant seize jours ils dominent, quelques Florentins s’en offensent et s’irritent, ce qui amène des querelles, mais la paix est rétablie, et l’on nomme de nouveaux Prieurs (3).

(1) Cronica di Paolino di Piero.

(t) MachiaTelli, lib. II.

(S) Dîdo Compagni, lib. III.

108 LIVBB IV.

Cepciidanl les blancs et Gibelins de Florence demandent en secret au pape, pour pacificateur, le cardinal de Pralo, d’origine gibeline, qui arrive bientôt à Florence (mai 13U3). On lui donne, pour un an, l’autorilé ou la balia de forcer les citoyens à la paix. Il rétablit les compagnies armées du peuple comme sous les Anziani, le peuple se relève, les grands sont abaissés. Les deux partis se rallient au cardinal ; on se donne publiquement le baiser de paix ; le cardinal fait venir quatorze des exilés blancs pour traiter de la paix, mais vain espoir ! les blancs se trouvent bientôt en péril et s’en vont. Le cardinal, indigné contre Pistoïa et Prato qui résistaient, insulté à Florence, part aussi après un an, laissant la ville interdite.

Les citoyens s’abandonnent. Nous les avons vus s’attaquer avec l’arbalète, la lance et les pierres. Ici nous allons les voir porter l’incendie dans tous les quartiers de la ville. (10 juin 1304) Déjà un délia Tosa avait rais le feu à une maison des blancs, quand Abbati, Prieur de San-Piero-Scheraggio, homme méchant et dissolu, ennemi de ses parens, va, excité par les noirs, allumer la maison d^ Abbati ; du Vieux-Marché, le feu gagne dans Calimala; impétueux et furieux, excité par la tramontana qui soiifflait fortement et par la fonte des images en cire d’une loge de San-Michele consacrée à la vierge, le feu con.sume les maisons des Abbati, Araieri,Toschi, Lamberti et beaucoup d'autres, les boutiques de draps de Calimala. toutes les boutiques autour du Vieux-Marché, jusqu’au Marché- Neuf et les maisons des Cavalcanti; l’incendie s’étend dans Vacchereccia, à laPorte Santa-Maria jusqu’au Pont-Vieux, et détruit plus de mille neuf cents maisons. Le feu arrive enfin jusqu’auprès du palais des Prieurs, brûle le palais du capitaine et la tour oùélaitla cloche, qui tombe avec lin grand fracas (1) : rien ne peut arrêter les flammes. La perte des meubles, trésor, marchandises est infinie, car là étaient presque toutes les marchandises et les choses précieuses de Florence. Bien plus : la ville est pillée par

(1) Cronica di Paolinodi Piero.

Page 1