‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 59 sur 230 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

les troupes qui l'occupent ; les voleurs se mettent pnbliqiicinent à courir au milieu du feu, à emporter ce qu’ils peuvent, sans que personne réclame ce qui est à soi, car on voyait la ville mal disposée, et l'on tremblait. On combattait sur plusieurs points. Beaucoup de citoyens déménagent leurs meubles pour les sauver ; mais le feu les atteint dans leur nouvel asile : plusieurs familles sont détruites ou ruinées. Les noirs voulaient perdre les Gavaicanti à cause de leur influence, de leurs richesses et de leur nombre. Un fils de Corso Donali était venu lui-même, avec une torche, apporter les flammes à leurs maisons du Marché-Neuf; mais repoussé par eux, et ses barricades emportées, il était allé mettre le feu aux maisons de la cour de l’abbaye. Les Gavalcanti désespérés,voyaient tomber leurs palais et leurs boutiques, dont le grand loyer les enrichissait. Le podesta imbécile, accouru au Marché-Neuf avec sa famille et un grand nombre de soldats, regardait à cheval l’incendie, sans rien ordonner, embarrassant la place du marché et ceux qui agissaient. Les Gavalcanti voulaient aller mettre le feu aux maisons ennemies ; mais leur parti les retient. Ils se retirent furieux chez leurs amis, et bientôt, au sortir de ces flammes redoutables, ils sont chassés de Florence par les noirs qui restent les maîtres (t). Ces Citoyens aimaient leur patrie sans doute; ils la pleuraient dans l'exil, mais ils lui cau.saient tout le mal qui était en leur pouvoir : incendie, proscriptions, ravages, pillages, il n’est rien qu’un parti épargne à l’autre.

Les noirs effrayés de ce qu’ils ont fait, voyant leurs chefs cités par le pape, à la demande du cardinrl de Pralo, députent Corso Donati et d’autres. citoyens, à Pérouse, où était le pape mourant, pour s’excuser de leur conduite et des insultes qu’ils ont faites au cardinal de Prato encore très irrité.

Aussitôt les exilés blancs, excités fortement par le cardinal, profilent de l’absence des chefs noirs, marchentsur

(1) Cronica di Dino Compagni , Paolino di Piero.

lib. III. — G. Villaoi. — Cronica di

Florence, comptant sur les blancs qui étaient dans la ville, et arrivent subitement à la Lastra, au-dessus de Moiitiighi à (leux mi 'les de Florence, avec douze cenis hommes d'armes, à cheval, et des Bolonais, Komagools, Aretins et autres amis à cheval et à pied.

Le bruit est grand dans Florence; les noirs épouvantés prennent un langage humble, disent qu’il serait juste de rappeler les exilÀs, se réfugient dans les coiivens, revêtent l’habit de moine. Les amis des blancs vont les visiter à la Lastra durant la nuit et les excitent à se montrer. Les blancs a .raient dû marcher à l’instant sur Florence éperdue ; mais ils attendaient Tolosalo des Uberti, avec trois cents Pisto’iens. Le lendemain, ne les voyant pointarriver, Bascliiera, leur chef, jeune et entraîné par la belle apparence de ses troupes, marche au jour, quoique la nuit leur fût plus favorable, tant à cause de la chaleur excessive, que parce que leurs amis à la ville n’étaient pas avertis. Ils vienncmt au bourg San-Gallo, renversent une barricade, se développent eu rangs près de San-Marco, sous un soleil ardent, avec les enseignes blanches déployées, les guirlandes d’olivier, l’épée nue, criant la pat.r, sans violence ni désordre; c’était très-beau de^lqs voir ainsi armés demander la paix. La chaleur était si grande qu'il semblait que l’air fût enflammé. Ils fout quelques tenlatives pour entrer dans la ville, en attendant le secours de leurs amis de l’intérieur; Florence avait passé la nuit dans l’inquiétude ; on parle de l’accord des exilés avec les blancs de l'intérieur ; le nom des Gibelins vole de bouche en bouche ; les blancs de l’intérieur sont Guelfes; ils redoutent l’exil et tous les maux de la domination gibeline ; alors, d’un commun accord, ils se tournent contre les exilés armés, et, craignant d’être accusés des derniers troubles, ils repoussent les blancs avec vigueur. La résistance eût été vaine si on n’eùl mis le feu à la porte de la ville; les exilés qui étaient là, se croient trahis, reculent vers la troupe immobile, et tous bientôt voyant que leurs amis se déclarent contre eux, tournent bride et laissent l'espérance pour la douleur. Les hommes depied à la fln du jour se jettent dans les vignes et dans

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