DÉI.0GE ET COMBAT
(Nov. 1333.) Le jour de la Toussaint il commence à pleuvoir à Florence, dans le pays d’alentour, dans les Alpes, avec tonnerre, éclairs, violence croissante, comme si les cataractes du ciel éta^nt ouvertes. La frayeur du peuple augmente avec la pluie; les cloches des églises sont mises en branle, et pour en imiter le bruit, on frappe dans chaque maison sur les instrumens de fer qu’on peut trouver en criant à Dieu pour les gens en péril : miséricorde ! miséricorde; ceux-ci fuient de maison en maison, de toit en toit, et jettent des ponts d’une maison à l’autre avec un
(I) G. Villani, cap. lis, ISO, 168, 170, 170, 17S, 174, et les suivans, lib. X. — Ligue atec les I.ombards, cap. SOS, etc., lib. X.
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LIVHB T.
si grand trouble et un si grand tumulle qu’on n’entendait plus le bruit de la pluie et du tonnerre. L’Arno, grossi dès sa source, descend avec impétuosité des Apennins, submerge une partie du Casenlino, la plaine d’Arezzo, levai d’Arno supérieur, emporte les semailles déjà faites, abat et arrache les arbres, entraîne les moulins, les édifices et les maisons de ses bords avec les hommes ; puis, descen» dant vers les plaines de Florence et s’unissant au fleuve de la Siève, il court si chargé à la ville, qu’il couvre la plaine de San-Saivi et de Bisaruo, hors de son cours et au-dessus du sol de six à dix bras (1), brise deux portes de la ville, rompt les murs où il se fraie une ouverture de près de cent trente bras de long, par laquelle il entre à plein dans Florence, abîmant la ville de ce côté de l’Arno; dans l’église de Saint-Jean, l’eau monta jusqu’au-dessus de l’autel, plus d’à moitié des colonnes du portique; an palais du peuple et des Prieurs, un des lieux les plus élevés de Florence, l’eau monta le premier degré de l’escalier ; an palais de la commune, où siège le podesta, elle s’éleva dans la cour jusqu’à plus de six bras, emportant enfin le pont de la Carraia moins deux arches, le pont de Santa-Trinita, le pont Vieux, d’où elle déracine l’antique statue de Mars, témoin des temps romains et aux pieds de laquelle nous avons vu tomber le jeune Buondelmonti à l’origine des guerres civiles. Les maisons, les rues au bord de l’Arno furent ruinées; heureusement la force de l’eau rompt un autre pan de mur de quatre cent cinquante bras à Ognissanli, au côté opposé à celui par où elle était entrée, et par là sort delà ville et court rapidement rejoindre l’Amo, laissant Florence inondée, et pour six mois les puits gâtés, les lieux bas pleins d’eau et d’une bourbe empestée. Le fleuve gâta les pays d’alentour, le beau séjour de Peretola, les vignes, les bestiaux, tous les ponts ; il eût ruiné Pise, si, trouvant un étang sur son chemin, il ne s’y fût précipité pour s’ouvrir un grand et profond canal jusqu’à la mer; par ces puissans mouvemens, le territoire de Pise s’éleva
(i) I<e bracdo ou far*i ie Florence équivaul environ i viagt-deus pouces.