‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 82 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

lions étaient insuffisantes pour maintenir la tranquillité, les Florentins, afin de renforcer le gouvernement, avaient créé depuis quelques années sept capitaines, avec vingtcinq soldats chacun, qui n’existèrent qu’un an. L’année suivante, on avait nommé un capitaine conservateur, sorte de dictateur à la disposition du gouvernement; le conservateur fut Jean-Gabriel d'Agobbio qui partit après avoir commis des cruautés durant un an et s'être enrichi. Cinq ans plus tard on le rappelle (1340.) : nouvelles cruautés; on conspire en vain contre lui ; il part enrichi, et deux capitaines le remplacent. Laissons ces luttes monotones sans parler non plus de Liicques, prise par les Pisans quand les Florentins voulaient s’en emparer, et suivons la tyrannie d’un chef fameux, Guallieri, duc d’Athènes et comte de Brienne, que nous avons vu envoyé à Florence par le duc de Calabre.

On était mécontent du gouvernement des vingt de labalia (sorte de dictature); (juin 1342) au retour de la guerre de Lucques, mal conduite, ou nomme le duc d’Athènes capitaine et conservateur du peuple, et bientôt on le fait aussi capitaine de la guerre avec pouvoir de rendre la justice, c'était un homme de peu de caractère et d’encore moins de probité, cupide, avare et disgracieux; très petit de sa personne, laid et barbu, plutôt Grec que Français, très rusé et très malicieux. Son ambition et sa cupidité s’éveillèrent, excitées par les grands qui cherchaient continuellement à rompre les ordres du peuple, et par les puissans plébéiens qui trouvaient le gouvernement trop démocratique; ils entouraient le duc à Santa-Croce, où il habitait, et le pressaient de s’emparer le plus qu’il pourrait de l’or et du pouvoir. Le duc commence à exercer avec audace et injustice .sa juridiction : il fait trancher la tête à un exilé de Prato qui avait vou’u rentrer dans sa patrie à main forte ; puis à deux citoyens de Florence, Médicis et Altovili, qui avaient été magistrats à l’étranger. 11 fait payer à Ricci et Oricellai d’énormes amendes pour des délits incertains : c’était là quatre grands plébéiens ; les nobles et le bas peuple applaudissaient à leur châtiment, ligués contre la classe moyenne où se trouvait la puissance de cette

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république. Quand le duc se promenait à cheval dans la ville, le bas peuple criait : Vive le seigneur ! et déjà les citoyens peignaient ses armes sur leurs palais, -les uns pour lui plaire, les autres par peur. Alors finit la charge des vingt de la balia qui, pour résultat de leur mauvais gouvernement, laissèrent la commune endettée de plus de quarante mille florins. Le duc conçoit de nouvelles espérances, et poussé par quelques grands, il ose demander aux Prieurs la seigneurie à vie.

Les Prieurs, les douze bons hommes, les gonfaloniers des compagnies et les autres conseillers refusent de mettre la république sous le joug d'une seigneurie à vie, qui n’avait jamais été donnée ni à l'empereur, ni au roi Charles, ni à ses descendans. Le duc bien secondé par les grands et le bas peuple, fait tout-à-coup annoncer dans la ville qu’il va former le lendemain un parlement sur la place de Santa- Croce pour le bien de la commune. A cette nouvelle , les Prieurs et les autres magistrats effrayés députent dans la soirée quelques-uns d’entre eux pour traiter avec le duc à Santa-Croce. Une partie de la nuit se passe en discussions, et enfin on convient que la seigneurie sera donnée au duc pour un an en conservant la charge des Prieurs et les ordres de la justice contre les grands. Le lendemain matin le duc fait armer ses gens au nombre de cent vingt hommes à cheval ; il avait aussi trois cents hommes d’infanterie et toute la noblesse florentine; Giovanni délia Tosa et sa famille montent à cheval à ses côtés avec d’autres grands et quelques plébéiens ses partisans, qui, en cachant leurs armes, l’accompagnent de Santa Groce à laplace des Prieurs. Les Prieurs, avec les autres ordres de la commune, descendent du palais, et s’étant assis avec le duc, un des Prieurs commençait à parler, lorsque le bas peuple et les troupes de grands l’interrompent en criant : Que la seigneurie soit an duc pour la vie 1 que le duc soit notre seigneur ! Les grands aussitôt le saisissent dans leurs bras, le portent au palais, en forcent les portes, et y établissent le duc seigneur, en rejetant dédaigneusement les Prieurs dans la salle des armes. Quelques grands alors enlèvent le gonfalon et le livre des ordres de la justice contre les grands ; les bannières

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