‹ Histoire de la République de FlorenceChapitre 83 sur 230 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

du duc (loltent sur la tour, et les cloches sonnent le Te i)?um. Le capitaine du peuple, le podcsla quoiqu’il résistât d'abord, et quelques autres magistrats secondèrent le duc; les Prieurs furent bientôt éloignés du palais et dépouillés d'une partie de leurs gardes et de toute leur autorité; on enleva les armes aux citoyens. Ainsi Florence se trouva rangée sous un maître (1).

Arezzo , Pistoïa .Colle di Valdelsa, San-Gimignano et Volterre reconnurent aussi le duc pour seigneur à vie. Le duc appela dans son armée tous les Français et les Bourguignons qui se trouvaient en Italie; sa puissance s'accrut promptement sans abuser Pliilippe VI de Valois, roi «le France , qui, apprenant la fortune du duc répondit : Albcrgè, il est le pèlerin, mais il y a mauvais ostel. Le roi Robert lui écri- ' vit aussi pour lui recommander la sagesse en l'engageant à quitter le palais des Prieurs pour habiter celui du podesta.

Le duc fit la paix avec Pise qui dut garder Lucques pour quinze ans, après lesquels Lucques serait en commun, avec d’autres conditions très peu avantageuses pour les Florentins.

Au IS octobre le duc fait à Florence de nouveaux Prieurs, la plupart pris dans les arts mineurs, et mêlés des descendans des Gibelins ; comme il leur donne un gonfalon de justice, les grands s'indignent d’autant que le duc fait condamner l’un d’eux pour le meurtre d’un plébéien. Le duc pourtant affaiblissait tous les ordres de l’État : les Prieurs n'avaient plus d’autorité ni d’importance ; il casse la charge des gonfaloniers des compagnies du peuple et les autresordres du peuple selon son caprice; il se livre au bas peuple, et gouverne avec les bouchers, les cabaretiers, les cardeurs, et tous les arts mineurs, leur donne des consuls et des recteurs selon leur volonté, et démembre dans leurs intérêts tous les ordres des arts. Il ajoute à ces attentats publics toutes sortes de vexations particulières, s’empare de biens qui ne lui appartenaient pas, commence à fortifier le palais

(l) Cronica Saneie di Andrea Déi.

Piaa, tom. xv, ele.

Uuratori, tom. xv. — Cronica di

comme pour s’y défendre, s’empare des gabelles de l’Etat et augmente les impôts, fait périr injustement (^elques citoyens dans des tortures atroces, insulte les femmes et les mœurs , et par des crimes et des maladresses successives s’aliène les nobles et le peuple même qui l’avaient porté au pouvoir. Durant les dix mois et dix-huit jours de son règne il reçut par les gabelles, les impôts et les condamnations, près de quatre cent mille florins d’or de Florence seulement , sans compter les pays d’alentour, dont il envoya la moitié en France et en Pouillel II créa’ six podesta pour rendre la justice , pris dans les familles nobles et rebelles et payés aux frais du peuple et des paysans. Il donnait des fêles au bas peuple pour se le rattacher, tandb que sa cruauté et ses exécutions atroces remplissaient Florence d’horreur et de sang.

II est un vieux proverbe florentin cité par G. Villani qui dit : Fireuze non si muove, si tutta non si dole (Florence ne se remue que quand elle souffre tout entière). Le duc n’avait pas régné trois mois, que ceux qui l’avaient porté à la seigneurie commencèrent à se détacher de lui, même le bas peuple qui se trouvait privé d’ouvrage et surchargé d’impôt, victime ordinaire des effets d’un mauvais gouvernement. Trois conjurations pour renverser le duc, s’organisent où s’engagent, les grands qu’il avait rappelés ët les noms les plus illustres de Florence; les uns s’entendaient avec Pise, les autres avec Sienne et Pérouse pour attaquer le duc à main forte, mais il déjouait tous les plans en changeant ses gardes et en faisant ferrer les fenêtres du palais; les autres conjurés voulaient le tuer aux coiiirses ; le duc n’y va pas; il fait manquer un autre projet en marchant accompagné d’une troupe nombreuse. Cependant la troisième conjuration est révélée par un soldat siennois à son seigneur, non par trahison mais par con-^ fiance, et celui-ci va tout rapporter au duc qui fait venu' l’homme et l’interroge. Quelques citoyens arrêtés font 'de nouveaux aveux, plusieurs des conjurés se sauvent, d’autres se cachent, la ville s'abandonne à la terreur, et le duc voit avec un effroi non moins grand qu’il a contre lui tant de seigneurs, de plébéiens qu’il n’ose pas faire justice des

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