‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 138 sur 155 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

venu tins i* loauiTiou rinçant it autiichiiiii 1798 H 847.

Première* innées du gouvernement aulriebien. — Bataille d'Austerlit* et traité de Prcsbonrg — l.es provinces vénitiennes sont annexées an royaume .l'Italie.— Administration du prince Eugène. — Napoléon visite Venise. — Événements de 18U. — Les provinces vénitiennes passent de nouveau sous la domination autrichienne. — Système politique qui les régit. — Situation matérielle. — État actuel des Villes et lieux les plus remarquables des environs de Venise.

'Autriche devenue maîtresse de Venise , y déploya toutes les'rigucurs de son système politique. L’inquisition d'État, qui avait été renversée sous l’influence française, y fut rétablie et s'étendit sur tous les actes des citoyens ; le patricial , la haute bourgeoisie, tous les hommes enfin qui, par leur capacité et leur expérience des affaires , auraient pu rendre de véritables services au pays, furent impitoyablement écartés des emplois. A la police , dans les douanes , aux finances , on ne voyait que des sujets autrichiens; et tous ces hommes étrangers avaient pour mission d'exploiter rigoureusement les ressources du pays , et de comprimer par la force toutes les manifestations patriotiques. Cette froide rigueur ne fut pas un seul instant tempérée par la liberté d’action que l'ancien gouvernement se plaisait à accorder au peuple à certaines époques de l'année. Toutes les fêtes nationales furent sévèrement interdites par les administrateurs autrichiens; le carnaval luimême, qui était pour les Vénitiens comme une seconde vie , ne put pas donner cours à ses joyeux ébats. Les habitants riches , ceux dont la fortune pouvait facilement être réalisée, émigrèrent en Suisse, en Italie, en France, en Angleterre même, afin de se soustraire à l'action de ce sceptre boréal si détesté des Italiens; et l’Autriche , sans tenir aucun compte de ces émigrations et du deuil qui pesait sur In malheureuse Venise, ne faisait que redoubler ses rigueurs, ne s'occupait qu’à lui enlever scs richesses , qu’à lui arracher les derniers lambeaux de son

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commerce , pour en doter le port de Trieste , qu’elle tenait surtout à favoriser à cause de sa position continentale et de son voisinage du centre des États autrichiens.

Pendant toute cette période, Venise ne fut le théâtre d’aucun événement important ; ses provinces de terre-ferme fournissaient à ses nouveaux maîtres des recrues pour reconstituer le personnel de leurs armées , comme aussi des ressources de toute espèce pour leur matériel délabré. L’Autriche , à cette époque , avait appelé à son secours les hordes moscovites, et s'apprêtait à rompre les traités , afin de renverser tous les gouvernements populaires formés en Italie sous la protection de la France , gouvernements qui gênaient ses tendances despotiques : c’est ce qu’on a appelé la coalu ion de 1799, coalition qui était principalement dirigée contre la France, et dans laquelle entrèrent l'Angleterre et la Turquie. Le général russe Souwarow franchit en effet les Alpes à la tète de soixante mille Russes , et prit le commandement en chef de toutes les troupes autrichiennes qui se trouvaient déjà en Italie, et qu’il combina avec les siennes. Une suite non interrompue de désastres obligea les Français d'abandonner toutes leurs conquêtes; enfin la bataille de Novi et la mort de Joubert (15 août 1799) , leur ferma définitivement l’Italie , et ne leur permit plus de tenir la campagne. Les victoires des Austro-Russes et la retraite des Français entraînèrent, ainsi qu’on l'avait prévu , la chute de toutes les républiques italiennes. Il ne restait plus sous la protection de la France qu’ Ancône et la Ligurie. Ancône, courageusement défendue par le général Meunier contre une armée de Russes, de Turcs, d’Autrichiens, capitula à des conditions honorables; après des prodiges de valeur, le vainqueur de Zurich, Masséna, rendit Gènes aux Anglais et aux Autrichiens, mais il imposa la loi aux vainqueurs, et ce fut par une convention qu'il leur abandonna une ville qu’il ne pouvait plus défendre.

De retour de l'Égypte et élevé soudainement à la dignité de premier consul , Bonaparte porta aussitôt ses regards sur l'Italie, que le Directoire avait si facilement abandonnée , et il en médita de nouveau la conquête. Il réunit en Bourgogne et dans le Dauphiné une armée de soixante mille hommes ; de là, trompant l’attente des Autrichiens, il franchit le Saint-Bernard et se dirige vers les plaines de la Lombardie, ou plutôt sur Milan. Une fois installé dans cette capitale , Bonaparte disposa tontes ses manœuvres pour arriver à une bataille décisive ; elle eut lieu , en effet ( H juin 1800) , aux environs du petit village de Marengo , situé près du confluent du Fontanonc et du Tanaro, sur la grande route d'Alexandrie à Plaisance ; et cette bataille fut une grande victoire ; elle détruisit toutes les espérances de l’ennemi et amena le traité de Lunéville, qui constitua l’Italie sur des bases beaucoup plus avantageuses pour la France que ne l'avait fait le traité de Campo- Formio. L’Autriche continuait d’avoir l’Adigc pour limite , mais la Toscane lui était enlevée et donnée à une maison dépendante de la France ; les Anglais étaient exclus de Livourne; toute la vallée du Pô, depuis la Sesia et le Tanaro jusqu'à

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l'Adriatique , appartenait à la république cisalpine , tille dévouée à la république française; le Piémont enflu, confiné aux sources du Pô, dépendait de la France. Ainsi , maîtres de la Toscane et de la Cisalpine , nous occupions toute l'Italie centrale, et nous empêchions les Autrichiens de donner la main au Piémont, au saint-siège et à Naples.

Tous ces événements, qui nécessairement influèrent sur l’existence de Venise, s’accomplirent hors de son territoire et elle n’y prit qu'une part très-indirecte. Nous avons dû néanmoins les indiquer pour constater quelles pouvaient être les préoccupations de l'Autriche dès qu'elle se trouva maîtresse de l'ancienne république. Elle ne songeait qu'à réparer scs pertes et à effacer les clauses du traité de Campo Formio ; elle ne demandait donc à scs proviuces que des hommes et des approvisionnement» pour faire la guerre ; tout le reste lui était indifférent. Voici cependant un événement tout paciüque auquel elle prit une vive part , et dont Venise fut le théâtre accidentel. Pie VI venait de mourir en France (1799), prisonnier du Directoire, et Rome , tour à tour au pouvoir des Français et des Napolitains, n’offrait aucune sécurité aux cardinaux pour procéder à l'élection d'un uouveau pontife ; ils résolurent donc de tenir leur conclave à Venise , la seule ville d'Italie qui fût alors tranquille. Trente-cinq cardinaux s'y rendirent, et procédèrent immédiatement aux nombreuses et délicates opérations qui précèdent cette élection ; comme toujours , le conclave se divisa en divers partis : l’Autriche employa toutes les ressources de sa diplomatie pour écarter les candidats qui pouvaient avoir quelque sympathie pour la France , mais ses efforts furent déjoués par l'habileté des manoeuvres du cardinal Maury, qui disposait de six voix. Ce prélat parvint par son influence à faire élever au pontificat le cardinal Chiaramontc, connu sous le nom de Pie VII. La cour de Vienne se montra si contrariée de cette élection qu'elle ne voulut pas permettre que le nouveau pontife fût couronné à Saint-Marc , et obligea tous les membres du conclave à se disperser immédiatement.

Au mois de janvier 1802, les députés de la Cisalpine réunis en consulte à Lyon, ayant proclamé le premier consul Ronaparte président de cette république, elle prit le nom de république italienne, et reçut une nouvelle constitution qui dura deux ans à peine ; car an 180i , le premier consul ayant été proclamé empereur des Français, la république subit les changements que la France avait acceptés. Napoléon joignit à son titre d'empereur celui de roi d’Italie , et alla ceindre à Monza la couronne de fer. Il nomma ensuite son fils adoptif vice-roi d'Italie, et annexa à ce royaume la république ligurienne. Inquiète des agrandissement» continuels de la France, excitée d'ailleurs par l'Angleterre, l'Autriche résolut de recourir aux armes pour abattre , s'il était possible, la prépondérance que Napoléon prenait chaque jour dans les destinées de l'Europe. Elle choisit pour cette levée de boucliers le moment où l'armée réunie sur la cûte du Pas-de-Calais s’apprêtait à franchir le détroit et opérer ensuite la descente en Angleterre. Soudoyée

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par le gouvernement britannique , l’Autriche parvint à faire des levées considérables, mit toutes ses provinces en armes, et par ses immenses préparatifs força Napoléon à renoncer à son expédition maritime , pour entreprendre une guerre continentale. Napoléon surprit l'Autriche par la rapidité de ses dispositions : en moins de quarante jours, Il avait jeté deux armées , l'une sur les bords du Danube, l'autre sur les bords de l'Adige et du Mincio. Cette fois le territoire vénitien supporta une partie de la lutte.

Masséna avait reçu le commandement supérieur des troupes qui devaient opérer en Italie : on s'était en même temps assuré de la neutralité du royaume de Naples, neutralité qui du reste fut fort mal observée ; n'importe, il n’eut pas à se préoccuper de ses derrières , et immédiatement il marcha contre les Autrichiens ( 17 octobre 1805). Il avait devant lui l’un de leurs généraux les plus habiles, l’archiduc Charles, qui connaissait parfaitement le terrain. Un tel antagoniste exigeait donc que Masséna fît usage de la plus grande circonspection et déployât tout son talent, pour s’assurer la victoire ; car son armée était de beaucoup inférieure è celle de l’ennemi : il disposait de cinquante-cinq mille hommes ; les Autrichiens en avaient quatre-vingt mille. Le 18 octobre , il franchit l’Adige ; mais avant de prendre définitivement l’offensive, il voulut avoir des nouvelles de la grande armée. Ces nouvelles étaient favorables : il apprit que les Autrichiens , après avoir été battus à Memmingen et à Elchingen, venaient de capituler à Ulm ; il porte aussitôt ses divisions dans la plaine de Saint-Michel , située entre la place de Vérone et le camp retranché de Caldiero , où se tenaient les ennemis , avec le projet bien arrêté de s’emparer de ce camp formidable. De son côté , l’archiduc, informé des succès extraordinaires de la grande armée française, et présumant qu’il serait bientôt obligé de rétrograder pour venir au secours de Vienne, ne crut pas devoir céder le terrain en vaincu. Il voulait remporter un avantage décisif qui lui permit de se retirer tranquillement et de prendre la route qui conviendrait le mieux à la situation générale des coalisés. La savante tactique de Masséna , le sang-froid avec lequel il présida à toutes les phases de la bataille , déjouèrent les projets de l’archiduc; il fut culbuté sur tous les points, et réduit à abandonner la forte position de Caldiero, après avoir perdu huit mille hommes. Masséna entreprit de poursuivre l’archiduc , mais ce grince avait pour lui les meilleurs soldats de l’Empire, son expérience , l’hiver et les fleuves débordés, dont il coupait les ponts en se retirant. Masséna ne pouvait donc se flatter de lui faire essuyer une catastrophe ; néanmoins il l'occupa assez en le suivant pour ne pas lui laisser In faculté de manœuvrer è volonté contre la grande armée. Le 3 novembre, Masséna s’empara de Montebello; le lendemain, il prit Yicence; le 5, il passa la Brenta et fit occuper Bassano, ainsi que Padoue. L’archiduc battait toujours en retraite et évitait d’engager une bataille ; laissant une garnison dans Venise , il se retira jusqu’au delà du Tagliamento, quitta même cette dernière position le 12, abandonna l’Italie, et se trouva le 27 à Cisly, en Styrie.

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Pendant que Masséna poursuivait l’archiduc Charles, une division autrichienne qui se trouvait dans Voralbcrg, sous les ordres du prince de Rohan, émigré, trompa la vigilance des Français , et vint tomber sur Vérone et Venise. Masséna avait chargé le général Saint-Cyr de bloquer cette dernière ville et de surveiller le bord des lagunes. Étonné de la présence d'un corps ennemi sur les derrières de Masséna, lorsque celui-ci était déjà au pied des Alpes Juliennes, le général Saint-Cyr accourut en toute hâte avec ses troupes , enveloppa le prince de Rohan et le contraignit à déposer les armes ; la journée d’Austerlitz ( 2 décembre 1805) vint mettre le comble à cette longue série de défaites. Vaincue, en Allemagne, à Ulm et à Austerlitz; en Italie, à Caldiero et sur les bords de l’Adriatique , l'Autriche demanda la pais : Napoléon la lui accorda , mais è de dures conditions. Il exigea que cette puissance abandonnât le Tyrol à la Bavière, et quelle renonçât à toutes ses possessions en Italie. Le duché de Toscane devait en outre être enlevé à l’archiduc Ferdinand, auquel on donnait en compensation la principauté ecclésiastique de Wurtzbourg, en Franconie. Ainsi l'Autriche perdait toute influence sur la Suisse et l'Italie. Ce fut sur ces bases que les négociations s’ouvrirent à Presbourg , et après de longs préliminaires où le prince de Talleyrand et M. d'flaug-witz déployèrent toutes les subtilités de la diplomatie , il fut convenu que l’Autriche abandonnerait l'État de Venise, avec les provinces de terre-ferme, telles que le Frioul , l'Istrie, la Dalmatie. Ainsi Trieste et les bouches du Cattaro passèrent à la France. En conséquence de ce traité , le corps du général Marmont, descendu des Alpes Styriennes en Italie, se porta sur l'Isonzo, tandis que le général Molitor avec sa division s'emparait de la Dalmatie et se rendait par des marches forcées aux célèbres bouches du Cattaro , la plus méridionale et la plus importante des positions de l'Adriatique , afin de contenir par la terreur de son approche les Monténégrins depuis longtemps stipendiés par la Russie.

Les six années que Venise avait passées sous la domination autrichienne avaient été pour elle six années d’oppression : non-seulement la police farouche, minutieuse , de l'inquisition d’État y avait été conservée, mais on avait encore eu le soin de la rendre plus tracassière ; les fêtes et les divertissements publics avaient complètement disparu, et le commerce s'était presque éteint; l'arsenal tombait en ruines ; les vaisseaux qui y étaient restés y pourrissaient , et les canaux intétérieurs se comblaient faute de curage. Un seul exemple suffira pour démoutrer jusqu'où étaient portés l'incurie ou le mauvais vouloir de l’Autriche envers ces malheureuses provinces: la ville de Venise ayant obtenu en (801 du conseil aulique une subvention de soixante mille francs pour les réparations du littoral contre les entreprises de la grosse mer, une commission fut envoyée, six mois après, de Vienne pour procéder à l’estimation de ces travaux ; mais le dommage s’était augmenté, comme de raison , pendant l'hiver, et la nouvelle estimation fut supérieure à la première; une seconde commission survint pour le môme objet, puis

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une troisième, et le dommage allant toujours croissant, des commissions se succédèrent jusqu'en 1805 sans que le gouvernement prît une décision. Enfin , après l'entrée des Français, on mit la main è l'œuvre et il en coûta plus de sii cent mille francs pour garantir le littoral menacé des flots!

L’expulsion des Autrichiens de Venise parut aux habitants comme un jour de résurrection. Leur enthousiasme était fondé; ils trouvaient dans leur adjonction à un royaume italien, constitué sur de sages principes, un certain dédommagement de leur indépendance perdue. Aussi, lorsque les troupes françaises qui devaient en prendre possession débarquèrent sur la place Saint-Marc (19 janvier 1800) , non-seulement des acclamations unanimes les accueillirent, malgré la présence des Autrichiens , mais le peuple , avant le départ de ces derniers, abattit lui-même le pavillon de l’Empire et le remplaça par le pavillon italien. L’arrivée soudaine du vice-roi et de la vice-reine mit le comble à l’allégresse générale. On leur prodigua tout ce qui pouvait flatter leur cœur, tandis que la magnificence des fêtes excitait en eux une juste admiration. Le prince Eugène avait été nommé gouverneur général des provinces vénitiennes jusqu'à leur réunion au royaume d’Italie. Avant de prononcer définitivement leur annexion, Napoléon se proposait de conclure avec les représentants du royaume d'Italie divers arrangements qu’une réunion immédiate aurait peut-être contrariés. Le 29 janvier, le prince Eugène promulgua un décret portant l’organisation provisoire de cesprovïnces, et leur donna une forme analogue à celle des départements du royaume. 11 les divisa en neuf provinces, savoir: Le Dogado, — le Padouan, — le Vicentin, y compris Bassano, — le Véronais, à la gauche de i'Adige, — le Beilunais avec Feltre et Cadore, — la marche Trévisane, — le Frioul, — l’Istrie et la Dalmatie. Chaque province eut un gouverneur civil , dont les attributions étaient analogues à celles de nos préfets ; seulement , au lieu de correspondre avec le ministre d'Italie , ils s'adressaient directement au vice-roi. Toutes les dispositions de la constitution de Lyon, les statuts organiques et toutes les lois et les décrets qui régissaient le royaume d'Italie furent appliqués à ces provinces. L'adoption du Code Napoléon, qui devait dater du 1" avril en Italie , y fut mis en vigueur à la même époque.

A peine l'organisation de ces provinces était-elle achevée et l’administration mise sur un pied régulier, qu'un décret impérial prononça leur réunion au royaume d’Italie. Rouie titres de duchés y furent créés en même temps; c’étaient: Dnlmatie, — Istrie, — Frioul, — Trévise, — Bellune, — Feltre, — Cadore, — Conegliano, — Bassano, — Vicence, — Padoue, — Rovigo. Tous ces titres, comme on sait, ont été portés par les plus grandes illustrations civiles et militaires de l'Empire'. La dotation des titulaires de ces duchés fut fixée au capital de qua-

f. Voici les noms des personnages qui ont porté ces titres : Dalmatie , maréchal Soult, nommé en 1817 maréchal général. — htrie , maréchal Bessière'. — Frioul , Du roc , grand maréchal du palais. — Trivite, maréchal Mortier. — Bellune, maréchal Victor. — Feltre , Clarke, général de division , ministre secrétaire d’État au département de la guerre , maréchal en 1815. — Cadore, Chainpagny, ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur et des affaires étrangères. —

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rante millions qui devaient être prélevés sur la vente des biens des commanderies de Malte; et pour rattacher encore d'une manière plus intime les provinces vénitiennes au nouveau royaume , Napoléon décréta que l’héritier présomptif de la couronne d'Italie porterait le titre de prince de Venise.

Le 1" mai 1805 fut le jour fixé pour proclamer la réunion. Cette proclamation lue en public par les gouverneurs ou magistrats civils, fut encore consacrée par un 7e Deum chanté dans l'église principale de chaque ville. Après cette cérémonie toutes les autorités constituées prêtèrent le serment de fidélité entre les mains des délégués du vice-roi , et le signèrent sur un registre ouvert à cet effet, f -a Dalmatie seule conserva son ancienne organisation , et fut gouvernée comme au temps des Vénitiens par un provéditeur général '. Le nouveau royaume français d'Italie était divisé en vingt-quatre départements; Venise et ses possessions de terre-ferme contribuèrent à former les départements suivants :

Départements.

De l'Adriatique, chef- lieu

Vemse.

Département!..

Du Sérîo, chef-lieu

Bebgame.

De la Brenta , —

Padoue.

De la Mella , —

Brescia.

Du Bacchiglione, — .

Vicence.

Du Tagliamento, —

Tkevisb.

De l’Adige, —

VÉBONB.

De la Piave , —

Bellune.

Du Haut Adige. —

Trente.

Du Passeriano, —

Udine.

La réunion des provinces vénitiennes avait donné au royaume d'Italie deux forteresses: Palma-Nova et Osopo; la première, destinée à devenir la place d'armes des opérations d'une armée sur l'Isonzo , reçut aussitôt après la signature du traité de Presbourg cent cinquante pièces d’artillerie , tant Napoléon attachait d'importance à cette place Osopo n'était qu'un fort, mais sa position sur une croupe isolée et escarpée la rendait d'une défense facile ; on la destina è servir de place d'armes pour les opérations d'une armée qui se dirigerait vers la Carinthie.

L’annexion des provinces vénitiennes au royaume d’Italie, et par là leur affiliation à l'empire français servit leurs intérêts et contribua à rajeunir en quelque sorte leur gloire des temps passés: car si Napoléon et le vice-roi firent preuve d'une sollicitude bienveillante et éclairée pour le nouveau royaume , nous devons dire aussi que les nouveaux sujets témoignèrent è la France un dévouement sans bornes , et qu'ils prirent une noble part aux grands événements qui à cette époque agitèrent l'Europe. Sons l’active influence du vice-roi , les différentes branches de l'administration publique furent réglées avec ordre et économie ; il en fut de même pour l’organisation des cours de justice et des tribunaux inférieurs : Venise

Conrgliano, maréchal Monccy. — Battano, Maret, successivement secrétaire général des conseils cl ministre secrétaire d’État aux departements de l'intérieur et des affaires étrangères. — Vieencê, Cailla in court, général de division , grand écuyer de Napoléon , ambassadeur de différentes cours. — Padoue, Arrighi , cousin de Napoléon et général de division. — Rovigo, Savary, général de division , ministre, secrétaire d’État au déparlement de la police.

1. En 1810, la Dalmatie vénitienne fit partie du gouvernement des provinces Illyricnnes directement administrées par la France. Ce gouvernement comprenait l’Istrie, la Carinthie, la Camiole, le Frioul, les deux Croaties, la Dalmatie, Ragusc cl Callaro.

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devint le siège d'un tribunal d'appel auquel ressortissaient les départements de l'Adriatique , du Bacehiglione, de la Brenta, du Passeriano, de la Piave et du Tagliamento ; peu d'années suffirent pour mettre l'armée italienne sur le même pied que l'armée française*, et lui donner les moyens d’atteindre à cette fraternité de gloire militaire qu'on a proclamée taut de fois. Le prince Eugène, considérant Venise comme le seul établissement maritime du royaume d’Italie, jugea important de relever cette ville de l'abaissement où l'avaient tenue les Autrichiens et de la rendre à sa destination naturelle. Outre les travaux considérables qui y furent exécutés pour rétablir l'arsenal, on y construisit une flottille pour la défense des lagunes. De grands encouragements furent donnés à l'agriculture, à l’industrie , au commerce, et Venise devint un part franc, même pour les nations en guerre; d'utiles travaux furent exécutés sur tous les points du royaume. Assise sur des bases convenables , l'instruction publique donna un nouvel essor aux intelligences; toutes les grandes villes reçurent des collèges, et l'on vit refleurir les célèbres universités de Pavie, de Bologne et de Padoue. l a mendicité , cette lèpre de l’Italie, disparut; lo régime des prisons obtint des améliorations dictées par l’bumanité; la loi fut rigoureusement appliquée aux vols, aux assassinats et aux meurtres qui , de temps immémorial, ensanglantaient les querelles particulières; le travail, sagement imposé aux classes pauvres, sous la surveillance de la loi, suffit pour rendre la sécurité aux villes et aux campagnes. I,a protection des beaux-arts ne pouvait échapper au vice-roi d’Italie; U fonda des musées, des conservatoires de musique et de déclamation ; il fit revivre l'art antique de la mosaïque, et exécuter à ses frais plusieurs grandes compositions. Mais aussi, en retour de ces bienfaits, nous voyons l’Italie, et par conséquent les provinces vénitiennes, s'associer loyalement à toutes les entreprises de la France, et l’assister avec le même dévouement daus ses victoires et dans ses revers.

En novembre 1807 , Napoléon ayant voulu juger par lui-même des résultats de l’administration du vice-roi dans le royaume d'Italie, se rendit à Venise, qu'il n’avait pas cru devoir visiter lorsque , pour obtenir la première paix avec l'Autriche, il se décida à sacrifier cette république. Son entrée fut triomphale : une corvette et sept briks, ainsi qu’uue nombreuse flottille de canonnières et de barques armées, construite par les soins du vice-roi, depuis la réunion des provinces vénitiennes, bordaient le canal, de San-Secondo à Fusina. Une péotc magnifique aux armes de la ville, et gouvernée par les principaux gondoliers, reçut Napoléon à Fusina , et le conduisit à la place Saint-Marc. Le roi et la reine de Bavière, le prince de Lucques, le vice-roi, le grand-duc de Berg et le prince de Ncufchâtel , l'accompagnaient ; toutes les autorités de la ville l'entouraient dans des gondoles , elle peuple le comblait de bénédictions. Le clergé se distingua dans cette réception ; de solennelles actions de grâces furent célébrées dans toutes les églises de Venise ; dans plusieurs, on prononça même le panégyrique de Napoléon , et dans l'église de Saint-Jérémie, l une des plus élégantes, dont la façade ressemble plutôt

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à un palais qu’à un temple , la prédication n'hésita pas à comparer Napoléon aux plus grands rois de la terre , et termina ainsi ses louanges : « Le voyez-vous ce brillant météore, il joignait à la vaillance de David la sagesse de Salomon. »

Quoi qu'il en soit de res flatteries profanes et sacrées, le petit nombre de jours que l'empereur consacra à Venise furent des jours de fêtes, où les divertissements et les spectacles particuliers à cette ville se succédèrent sans interruption. De brillantes régates eurent lien sur le grand canal ; on lança aussi une frégate et une corvette. Napoléon voulut visiter tous les établissements publics , et laissa des traces durables de son séjour, par des dispositions ét des décrets favorables aux intérêts du pays. Il fixa les bases de l'administration de la santé ; il assigna cent mille francs pour les réparations du port de I.ido , et six cent mille francs pour ouvrir une nouvelle sortie à l'arsenal et diriger sur Malamocco un canal assez large et assez profond pour donner passage à un vaisseau de soixantequatorze ; il augmenta le revenu de la ville par diverses concessions ; il destina file de Saint-Georges pour l’établissement du port franc , afin que les bâtiments étrangers pussent entrer et sorlir, sans être obligés de décharger. 11 ne négligea pas l’embellissement et l’assainissement de la ville : file Saint-Christophe fut remise par le domaine pour servir de cimetière général ; des fonds furent assurés pour prolonger le quai des Esclavons. L'éclairage fut augmenté et mieux disposé ; enfin on dressa la place des promenades publiques sur la rive de Saint- Joseph et à la Giudecca.

Ce fut dans ce voyage que Napoléon sentit redoubler son estime et sa confiance pour le vice-roi : il l'initia à ses secrets les plus importants , et ne lui laissa pas ignorer ses projets de guerre contre la Russie. Lorsque cette puissance eut définitivement levé le masque, et que son attitude hostile se fut révélée, Eugène s’empressa de seconder les vues de son beau-père avec la plus grande activité : il organisa un corps de troupes considérable , exclusivement levé en Italie , et le prépara à combattre sans désavantage à cêté des vieux régiments de la Grande Armée. Les Italiens formèrent le quatrième corps de cotte expédition gigantesque, et se rouvrirent de gloire aux combats d'Ostrowno et de Witopsk, à la bataille de la Moskowa, mais surtout à celle de Malojaroslnvctz , où seuls ils soutinrent avec une intrépidité héroïque le choc de toute l’armée ennemie. Après cette désastreuse campagne, le vice-roi partit pour l'Italie, où Joachim Murat l'avait précédé : il était urgent d'arrêter les dispositions que la politique de Vienne, surprise en flagrant délit depuis la retraite de Moscou, devait inspirer pour la défense commune.

En revoyant l'Italie, Eugène fut frappé douloureusement de l'épuisement de ses États. Rien de ce qui en était sorti pour la guerre de Russie n'y était revenu; il ne trouva ni officiers, ni soldats, ni magasins, ni ressources disponibles. Il fallait donc lutter avec la nécessité et en triompher; sans cela l’Italie était envahie, et, par suite, la France. L'infatigable activité du vice-roi s'éleva au-dessus du péril :

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en moins de deux mois, quarante mille conscrits étaient rassemblés sur la frontière, et prêts à entrer en campagne ; les provinces s'efforcèrent à l'envi de remplir ses magasins et d'organiser un nouveau matériel Lorsqu’il se vit ainsi appuyé, Eugène résolut de porter la guerre sur le territoire autrichien : en conséquence, il franchit les Alpes , et se dirigeait sur l'Illyrie quand il apprit que soixante mille hommes, sous les ordres du général Hiller, occupaient déjà cette province. Dès lors il se vit réduit à une guerre purement défensive, et prit toutes ses dispositions pour se maintenir sur la haute Save. L’accession de la Bavière à la coalition européenne, en détachant tout à coup ce royaume défaillance de Napoléon, ouvrit à l’ennemi la route du Tyrol.et Eugène dut se replier successivement sur l'Isonzo et sur l’Adige; enfin, la défection du roi de Naples vint compléter l’investissement du royaume d’Italie; et ce fut désormais derrière le Mincio que le vice-roi fut réduit à attendre les événements. A cette époque, où il s’agissait pour la France et pour l'Italie d’être ou de ne pas être, le vice roi ne négligea aucuu moyen de retenir dans l'alliance et l’amitié française le roi Joachim. Il offrit au roi de Naples démarcher sous ses ordres, avec son armée, contre les ennemis de la France; mais ce prince, par un pacte honteux qui remontait à plus d'un an , avait trahi Napoléon , son beau-frère et son bienfaiteur ! Eugène dut donc combattre seul. Malgré l’inégalité de scs forces elles difficultés toujours croissantes de sa position politique et militaire, il battit les Autrichiens à la bataille du Mincio, et les Napolitains sous les murs de Panne. Pressé entre ces deux trahisons de famille, ce prince digne de la France et de Napoléon , se trouva en butte aux tentatives de la séduction la plus entraînante. Rien ne fut négligé pour ravir à Napoléon la fidélité de son fils adoptif. Mais Eugène repoussa toutes les suggestions, et ne répondit que par ces nobles paroles à ceux qui le pressaient de passer à l'ennemi : « L’empeo rcur Napoléon a reçu mes serments, et tant qu’il ne m’en aura pas dégagé, je a lui serai fidèle ! »

Le vice-roi fut bientôt hors d'état de combattre ; la défection s’était mise parmi les Italiens, et l'armée autrichienne, sous les ordres du feld-maréchal Bellcgarde, voyait chaque jour ses rangs s'augmenter, soit par de nouveaux contingents , soit par l’arrivée des déserteurs italiens. Le prince Eugène se retira alors à Mantoue avec sa garde, qui ne partageait pas le mauvais esprit de l’armée.

Aussitôt qu’on apprit à Milan l’abdication de Fontainebleau , le sénat fut convoqué pour délibérer. On devait présumer que le prince Eugène serait choisi, car il était aimé , mais telle n'était pas la volonté des sociétés secrètes, qui avaient en outre des vengeances à exercer !... Une conspiration austro-libérale tenta donc de soulever contre Beauharnais les troupes qui lui étaient restées fidèles. Elle échoua complètement à Mantoue , et prit Milan pour théâtre. Le 20 avril 1811, le palais du sénat fut entouré par la foule; les sénateurs qui y arrivaient pour régler les affaires courantes se vireut accueillis par des huées; on demandait la révocation d’un message qui reconnaissait , disait-on . le gouvernement de

Tl

HISTOIRE DF. VENISE

Bcauharnais et la convocation des collèges électoraux pour disposer de la souveraineté. Le sénat faiblit, il accorda tout ; au même instant la salle des délibérations fut envahie, les meubles furent jetés par les fenêtres, on abattit tous les emblèmes du gouvernement impérial ; la fureur populaire se dirigea ensuite contre le ministère des finances. Un Piémontais, nommé Prina, avait la direction de ce département : le malheureux se voyant poursuivi , entendant son nom prononcé avec des cris de mort, se cacha dans les combles de son hôtel ; la populace l’y découvrit; on le saisit, on l'attacha par les pieds, et on le traîna ainsi dans les rues de Milan jusqu’à ce que la dernière goutte de son sang eût teint le pavé , jusqu’à ce que le dernier lambeau de sa chair eût été foulé aux pieds par les meurtriers I

La révolution s'accomplit avec plus de calme à Venise ; dès le mois de décembre 1813, les Autrichiens et les Anglais avaient mis le blocus devant cette ville; le contre-amiral Du perré leur opposa son escadre; mais, malgré ses efforts, le 20 avril 1814 les troupes autrichiennes entrèrent dans les lagunes et commencèrent à en occuper le port. L’amiral anglais , sir John Groven, qui commandait l'escadre du blocus, voulait s’emparer de l'arsenal et du matériel maritime ; le contre-amiral Duperré repoussa formellement cette prétention ; il appuyait son refus sur le manque d’instructions spéciales ; elles lui arrivèrent le 22 , et lui enjoignirent de livrer l'arsenal , les vaisseaux et le matériel aux Autrichiens I

Ainsi, pour la troisième fois depuis 89, la France fut dépossédée de sa domination en Italie. La prépondérance que la France y avait exercée pendant dixhuit ans allait désormais appartenir à l'Autriche; mais les Français, en quittant la péninsule italienne , y laissèrent de profonds souvenirs : les routes magnifiques de la Corniche, du mont Saint-Bernard, du Simplon, monuments impérissables du génie de Napoléon , facilitaient la communication des peuples et par conséquent celle des idées ; l'agriculture avait fait d’immenses progrès ; les sciences et les arts, sous la protection éclairée de l’empereur, avaient pris un nouvel essor ; un épanouissement admirable s'était manifesté dans toutes les parties du corps social ; l'administration de la justice , et surtout de la justice criminelle, avait reçu de nombreuses améliorations, qui réalisaient presque les vœux des Beccaria et des Filangieri.

Malgré ces bienfaits , les Italiens s'étaient soulevés contre le despotisme impérial; ils devaient donc espérer que leurs efforts seraient récompensés par des institutions qui leur assureraient une liberté raisonnable ; mais l'Autriche ne tint aucun compte ni de ces vœux ni de ces besoins. Le congrès de Vienne venait de lui accorder (1815) en toute souveraineté les États de Milan, de Mantoue, de Venise et la Vatleline. Elle se hâta de réunir ces divers territoires sous l’autorité d’un vice-roi, et en forma le royaume lombardo-vénitien , auquel elle imposa ses lois et son système politique ; elle crut toutefois en tempérer les rigueurs en y établissant un simulacre de représentation nationale , dont les membres n’eurent que la faculté de délibérer sur les questions que le gouvernement voulait bien leur

DOMINATION FRANÇAISE ET AUTRICHIENNE

soumettre. Le nouveau royaume fut ensuite partagé en deux grandes divisions politiques, désignées par le nom de leur capitale respective : gouvernement île Milan et gouvernement de Venise. l.a ville de .Milan, considérée non comme la plus importante mais comme la plus centrale , devint la résidence du vice-roi , et Venise fut dépouillée, au profil de sa rivale, des avantages dont jouit toujours la résidence des chefs de l’État. Dans les nouvelles délimitations , on s'appliqua à rattacher au gouvernement de Venise la plus grande partie de ce qu’on appelait sous l’ancienne république la lerre-fermt , et l'on en forma huit provinces ou délégations dont voici l’étendue cl la population :

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