III ST O I K K DE VENISE
dans les autres États de la Péninsule, excita partout le mécontentement : des associations secrètes surgirent de toutes parts, rêvant le rétablissement de l’unité politique et nationale de l'Italie! Aucun gouvernement ne se montra plus habile ou plus impitoyable que l'Autriche , pour réprimer ces mouvements révolutionnaires. Sa première pensée fut d’entretenir dans ses nouveaux États une armée forte et dévouée ; pour parvenir à ce but , elle demande tous les ans aux provinces lombardo- vénitiennes, un contingent de trente-trois mille hommes; mais comme une telle armée composée de régnicoles n’offre aucune garantie de fidélité , le gouvernement autrichien transporte ces trente, trois mille hommes dans les garnisons de la Hongrie, exil affreux pour ces jeunes Italiens si attachés à leur douce patrie, et fait garder l'Italie par un corps de cinquante, soixante et même cent mille Allemands ou Hongrois , suivant que les circonstances l'exigent. C’est au moyen de ce puissant levier et avec une énergique répression que l’Autriche est parvenue jusqu'à ce jour à se maintenir dans la position que lui firent les traités de 1815.
Malgré ce déploiement de forces et de sévérité , les sociétés secrètes se répandirent dans les principales villes du Milanais et des anciens États de Venise , et y firent germer les idées d'indépendance et de liberté. La police autrichienne , qui avait des agents aussi actifs, aussi pénétrants que ceux de l'ancienne inquisition d’État , surprit les projets de ces différentes sociétés , et en un jour remplit tous les cachots de Milan et de Venise de leurs principaux membres. Le marquis de Canonici et ses affidés MM. Ilenaldi, Munari, Foresti et Solera, expièrent par quinte et vingt années de cancre duro le crime d’avoir été les premiers apôtres de l'indépendance italienne (1818). Un journal, le Conciliateur, avait été fondé à Milan, par MM. Porro, Confalonieri et Silvio Pcllico, pour donner aux esprits une nouvelle direction littéraire , étendre l'horizon de la critique , révéler aux Italiens les trésors littéraires de leur patrie, et leur apprendre à connaître ceux des nations étrangères. Le gouvernement autrichien tua le Conciliateur par les rigueurs de sa censure ; tous les journaux étrangers furent prohibés dans les États italiens, et ceux qu'elle laissa subsister n'étaient que de simples journaux d’annonces où l'on permettait parfois l’insertion de quelques articles insignifiants empruntés à l'Oôservaleur autrichien.
Malgré tant de précautions, la secte des carbonari s'était recrutée dans l’ombre, et comptait de nombreux affiliés. Animés par la révolution espagnole, les sectaires proclamèrent à Naples et en Piémont la constitution des cortès. La défection des troupes, en donnant une nouvelle force aux rebelles, portait un coup terrible à la politique de la Sainte-Alliance. A Naples, le roi jura la constitution ; puis laissant son fils à la tête du nouveau gouvernement , il se réfugia chez les Autrichiens , implorant leur assistance contre ses sujets révoltés. Cependant des mesures énergiques réprimèrent promptement ces mouvements révolutionnaires, et le principe de stabilité fut maintenu. Le congrès de Troppau, réuni vers la fin de
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1820 , et transporté ensuite à Laybach, reconnut comme un droit des gouvernements l’intervention dans les affaires des États voisins ; l'Angleterre seule lit cette réserve , que l'intervention ne devait avoir lieu que dans des circonstances graves, et lorsqu’une révolution pouvait compromettre la tranquillité des pays environnants. Les résolutions de ce congrès curent pour conséquences, l’occupation de Tapies et du Piémont par les armées autrichiennes , le renversement de la constitution des cortès proclamée dans ces deux royaumes, et le rétablissement de la monarchie absolue. A la suite de cette réaction , tous les gouvernements d'Italie recoururent aux mesures les plus rigoureuses, pour contenir l'effervescence des passions politiques , et ce furent précisément ces rigueurs qui, en augmentant le mécontentement , donnèrent plus de consistance aux associations. l)e là aussi des poursuites sans nombre, des condamnations capitales, des sentences d’exil ou de bannissement qui atteignaient les plus nobles familles, et qui pendant plusieurs années jetèrent la désolation en Italie. Nous ne ferons pas ici l'histoire du carbonarisme , ni des sanglantes répressions dont il fut l'objet ; nous nous bornerons à dire que de toutes les parties de l'Italie , ce fut Venise et ses anciennes provinces qui prirent la plus faible part aux mouvements politiques de cette époque. Aussi Venise eut-elle le triste privilège d’étre le siège d’un tribunal extraordinaire, chargé de sévir spécialement contre le carbonarisme et les associations politiques. C'est là qu'en 1822, sur la l'iaszella , Silvio Pellico et Maroncelli montaient sur un échafaud pour entendre leur sentence de mort commuée en vingt années de carcere duro !
De 1821 à 1830, le système autrichien , approuvé au congrès de Vérone, triompha dans toute l'Italie : tempéré à Venise et en Lombardie par une politique adroite, il fut malheureusement appliqué avec une excessive et maladroite rigueur dans d'autres États, et y excita un sourd mécontentement. Aussi , la révolution de Juillet qui venait, en France, de chasserd'un seul coup trois générations de rais, fut-elle regardée en Italie comme le signal de l'affranchissement de tous les peuples courbés ou sous le despotisme ou sous la domination étrangère. Les patriotes italiens en conçurent de grandes espérances, et une agitation profonde se manifesta aussitôt dans toute la péninsule. Enfin , vers le commencement de 1831 , la révolution éclate à Modène ; Bologne s'insurge immédiatement , et bientôt le soulèvement se communique de proche en proche. Mais l'Autriche veillait sur l’Italie, et dès qu'elle vit le mouvement trop prononcé , elle fit avancer ses troupes, drosser les échafauds, et les malheureux patriotes payèrent de leur vie cette pensée d’indépendance qui les avait portés à s’insurger. La France Dt bien en leur faveur une démonstration (févricr!832) ; mais elle nefut pas assez décisive pour exercer quelque influence sur les destinées de l’Italie. En 1838, les Autrichiens évacuèrent les États pontificaux, sûrs d’y rentrer quand ils le voudraient , et la France, sans avoir la môme certitude , abandonna Ancône. Quoique le mouvement révolutionnaire eût été moins sensible dans les provinces lombardo-véni-
HISTOIRE DE VENISE
tiennes que partout ailleurs, le tribunal extraordinaire de Venise fit peser sur un grand nombre de victimes scs terribles arrêts. En 1835, les prisons regorgeaient tellement encore de détenus politiques, qu’à l'avénement de Ferdinand IV, et lors de sa visite à Milan et i Venise, ce prince crut devoir offrir quelques consolations aux familles de ces contrées , dont les parents gémissaient dans les prisons de la Bohême ou de la Moravie , ou qui , par suite de condamnations , s’étaient volontairement exilés; il prononça en leur faveur une amnistie générale. Mais les amnisties sont impuissantes à guérir le mal lorsqu'il est produit par un excès de despotisme, et surtout lorsque le despotisme persiste. L’Italie a besoin de constitution , disons mieux d’indépendance : cette grande conspiration qui , en 18V4, s’étendait depuis Venise jusqu'en Sicile , et dont les frères Bandicro furent les principales victimes, nous a révélé que ce besoin est impérieux, et le mouvement libéral qui se manifeste aujourd'hui (1817) dans toutes les parties de l'Italie, sous les auspices d'un pontife éclairé, est une nouvelle preuve de l'assertion que nous venons d’émettre. Mais détachohs-nous de ces considérations générales pour examiner avec plus d'attention i'inOuence que la domination autrichienne a exercée sur la situation de Venise.
On conçoit que, sous l'influence d’un tel gouvernement , lourd , taquin , affectant d’être paternel pour pouvoir mieux tourmenter, les mœurs ont dil être profondément altérées , alors surtout qu'aucune circonstance matérielle n'est venue contre-balancer ces effets destructeurs. Milan, capitale du royaume Lombardo- Vénitien , a trouvé du moins dans cette faveur des éléments de richesse et de prospérité : le commerce , l'industrie y sont florissants , et l'on y compte plusieurs familles d'une grande opulence. Mais c'est Venise qu'il faut visiter pour y contempler le spectacle d'une décadence douloureuse et d’une ruine qui s'achève ; la désolation de ses palais, la solitude de ses rues, la tristesse de ses canaux , où la rame du gondolier s'enfonce dans la vase accumulée, proclament assez haut sa misère : Ci da piangere! « Il y a de quoi pleurer ! » disent les gondoliers ; car le peuple surtout est frappé de ces ruines , et il est encore fort attaché au lion de Saint-Marc , quoique vaincu. Le commerce et les emplois officiels, qui étaient la source de la grandeur vénitienne , n'existent plus. La plupart des maisons patriciennes sont abandonnées , et disparaîtraient peu à peu si le gouvernement, alarmé par la fréquente démolition des palais, n’avait pas expressément défendu cette dernière ressource de la pauvreté! Tout ce qui reste de la noblesse vénitienne est aujourd’hui dispersé, confondu avec les riches juifs sur les bords de la Brcnta.
Le commerce de Venise, comme nous l’avons vu, était bien déchu au moment où la république fut effacée de la carte politique de l'Europe; depuis lors, séparée des Iles Ioniennes, soumise aux rigueurs du système prohibitif, entièrement écrasée par Trieste , qui , sous l’influence de l'Autriche , est devenue le premier port de l’Adriatique, Venise a vu son commerce décliner encore, et se restreindre
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presque aux opérations nécessitées par les besoins de la consommation locale, l'n tel état de choses devait naturellement provoquer beauroup de plaintes. Cédant enfin aux représentations réitérées qui lui étaient adressées, le gouvernement autrichien montra des dispositions plus équitables; et un décret de l'empereur François, rendu le 20 février 1829, accorda la franchise du port de Venise, en fixant sa mise en vigueur au 1" février 1830. — Cette concession importante et si vivement sollicitée a-t-elle porté les fruits qu’on en attendait? Nullement. D’une part, des restrictions et des formalités trop nombreuses ont rendu la mesure incomplète ; d'une autre part , la force des habitudes prises a laissé à Trieste un avantage marqué sur Venise. Les améliorations que la franchise du port a apportées à la situation commerciale de Venise ont été sans effet sensible.
La plus grande partie des exportations de Venise se fait aujourd'hui par Trieste, au moyen de navires côtiers qui se rendent d'un port à l'autre. Ces exportations se composent principalement de bois de construction , de charpente et de menuiserie, d'ouvrages en or et en argent, d’ustensiles en fer, de papier à écrire, de chapeaux , de verrerie , etc. I>e toutes les branches d’industrie qui alimentaient autrefois le commerce et la navigation des Vénitiens, la seule à peu près qui ait survécu à la ruine des autres , est la fabrication des verres, des glaces, des vitres et des objets vitrifiés , tels que cubes pour la mosaïque, émaux, perles, jais, grajns de couleur et ornements de toutes formes, désignés sous le nom générique de eontarie. On ne saurait se faire une idée de l’énorme exportation que Venise faisait jadis de ces produits : elle en remplissait, pour ainsi dire, la Syrie, l’Égypte , les côtes de la Barbarie , les provinces de la mer Noire et tout l’Orient. Le gouvernement autrichien , a fait quelques efforts pour conserver ce précieux reste de l'ancienne industrie vénitienne, en réduisant les droits de sortie sur les produits des usines de Murano. Indépendamment de cette spécialité, A’enise exploite des filatures , des raffineries , des tanneries, des fabriques de cire et de drogues. Ces manufactures , y compris celle des chapeaux de paille de Bassano, occupent neuf à dix mille ouvriers, et donnent environ par an un produit de quinze à seize millions de francs. La production des soieries manufacturées, des draps et de la bonneterie à l’usage du Levant , lui a été enlevée par les Français, plus industrieux et plus habiles. Avant la peste de Candie , on fabriquait à Venise de cent vingt à cent trente mille pièces de drap pour le Levant ; en 1775, cette fabrication s’était réduite à cinq mille pièces; quelques années après, elle n’exista plus. Les exportations de céréales ont cessé depuis la concurrence si fatale que lui ont faite les grains de la mer Noire ; le papier que Venise fournissait autrefois à tant de contrées, ne s’écoule plus guère que dans les provinces illyriennes, en Albanie, et dans quelques parties du Levant; ses exportations de soieries ne consistent plus qu’en articles non manufacturés, c’est-à-dire en soies écrues, soies grèges et organsins. Le commerce d'importation se compose principalement d'huiles d’olive, de poisson et de lin, de poisson salé et fumé , de vins et esprits,
HISTOIRE DE VENISE
de deorées coloniales, de fruits Secs, de tissus de coton, etc. Les pays qui ont conservé le plus de relations avec Venise sont : les États romains, le royaume des Deux-Siciles , les îles Ioniennes et la Turquie.
Le mouvement du commerce maritime de Venise n'est représenté aujourd’hui que par trois mille sis cents uavires jaugeant deux cent vingt mille tonneaux à l'entrée, et de trois mille cinq cents navires jaugeant deux cent vingt mille tonneaux 4 la sortie, et la valeur des marchandises importées ou exportées ne dépasse pas soixante-dix millions, de francs. Le commerce de Venise ne possède guère que cinq cent cinquante navires dont ceut cinquante de long cours; celui de Chioggia en a trois cent quarante, dont douze de long cours. Ainsi le nombre total des navires marchands appartenant au littoral vénitien est aujourd'hui de huit ceut soixante. La majeure partie des transports s'opère sous le pavillon autrichien , qui recueille ainsi la presque totalité des bénéfices de la navigation. Malgré la décadence commerciale du port de Venise , l’Autriche n’a pas hésité à y concentrer ses forces navales ; elle a ainsi mis 4 profit et son admirable arsenal , et ses chantiers de construction , et les établissements de toute espèce nécessaires 4 l'armement ou 4 l’équipement d'une flotte. L’arsenal est bien déchu de ce qu'il était au moyen 6ge, lorsque la reine de l’Adriatique couvrait les mers de ses flottes nombreuses. Il renferme aujourd'hui dans son enceinte : trente-cinq chantiers , la plupart couverts ; cinq grandes fonderies de canons , de boulets et autres projectiles ; trentequatre forges ou usines diverses ; cinq salles d'armes qui peuvent contenir les armes nécessaires pour dix mille hommes ; une immense salle de neuf ceut dix pieds de long sur cinquante de large et trente-deux de hauteur, appelée la Pana, qui sert 4 la fabrication des câbles et des cordages. Il y a en outre plusieurs autres magasins, qui sont pourvus de tout ce qui est utile 4 l'armement d'une flotte ou d'une armée. Ces divers établissements sont parfaitement entretenus ; car l'Autriche ne néglige rien de ce qui peut être utile 4 sa force matérielle. C’est 4 ce sentiment égoïste qu’on doit attribuer la conservation de quelques-uns des principaux palais de Venise ; l'Autriche s’en est emparée pour en faire le siège de ses administrations '.
L’agriculture est la seule branche d'industrie qui soit florissante dans les anciennes provinces vénitiennes : le riz , le blé , le mais , la vigne , l'olivier, le mûrier, ainsi que les plus riches cultures y réussissent admirablement. La production de ce territoire , l'un des plus fertiles de l'Europe , a été diversement évaluée; cependant on peut dire sans crainte d'exagération , qu'il fournit
I. L'Autriche a sans doule cédé à un autre sentiment . en faisant réunir avec le plus grand soin tous les papiers d’Ktat relatifs à l'ancienne république. Les archives générales de Ycuise [archivio generale), établies dans l'ancien couvent des Frari , forment l’une des curiosités les pins remarquables de cette ville, et certainement l’une des plus énormes niasses de papier écrit qui aient été jusqu'ici rassemblées. Celte collection, distribuée dans un ordre parfait, se compose de deux ceut quatre-vingt dix-huit salles, salons et corridors, dont les murs sont couverts de haut en bas de rayons , et contiennent huit millions six cent soixante-quatre mille sept cent neuf volumes ou cahiers. Le plus ancien des documents qu'ils reniement rcuioulc à Tannée 887.
HISTOIRE DK VENISE.
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DOMI NATION FRANÇAISE ET AUTRICHIENNE. 5tî9
un revenu de cent millions de francs environ , sur lequel le gouvernement autrichien prélève un impôt de qninie millions de francs. En résumé, toutes les taxes qui pèsent sur les provinces lombardo-véniticnnes procurent au trésor impérial une recette de cinquante-cinq à soixante millions de francs. C'est là une des principales circonstances qui rendent l'Autriche si jalouse de ses possessions en Italie.
Nous venons de constater l’état progressif d'abaissement et de décadence où les dominations étrangères ont plongé l'ancienne reine de l'Adriatique : commerce , institutions , nationalité, tout lui a été ravi à la fois ; rien n’a survécu au grand naufrage qui vint l'assaillir en 1798. Pour compléter ce triste tableau, il ne nous reste qu'à jeter un coup d'œil rapide sur quelques-uns de ces lieux voisins de Venise, et souvent mentionnés dans notre histoire, lieux qui furent le berceau de sa gloire, ou qui lui servirent de satellites durant sa prospérité. Tous ont partagé la douloureuse destinée de la métropole ; tous ne présentent aujourd'hui que ruines et désolation ; c'est donc un devoir pour nous, en finissant ce travail , de leur consacrer un dernier souvenir de regrets et de sympathie.
Qu’il était beau et palpitant d'intérêt le spectacle que nous avions à montrer alors que les émigrations , quittant la terre-ferme , venaient s’épandre sur les nombreux Ilots semés au fond de l'Adriatique, et les transformaient, à force de travail , de luttes et de persévérance, en des cités florissantes qui, grossissant chaque jour, s'enchaînant l’une à l'autre par des constructions maritimes ou par des liens politiques, parvinrent enfin à créer la grande métropole de Venise! Maintenant , le tableau est bien différent ; car c’est la ruine de ces lieux que nous allons constater. . ■ -'•s'
Nous avons vu , dans le romincnréjjieüV'do cette histoire , les fugitifs d'Altino quittant leur ville à la hâte , sousvpeffroi des Barbares, venir jeter les fondements de Torcello. Cette Ile est encore remarquable par quelques monuments du moyeu âge ; mais à l’exception de ses églises et des ruines de quelques anciennes habitations, elle n’a conservé aucun vestige de sa splendeur primitive. Cependant , du vu* au xn“ siècle, Torcello fut l'une des villes les plus florissantes de la république de Venise, et un des grands entrepôts du commerce des lagunes. Sa cathédrale, construite au commencement du xi* siècle, est empreinte de l'Orient; la façade, la voûte, le pavé sont incrustés de précieuses mosaïques représentant des symboles ou des événements empruntés à l'histoire sacrée ; de grandes planches d'albàtre, suspendues par îles gonds en fer, servent de volets à ses fenêtres. Le petit temple de Santa-Fosca , qui se trouve dans la même Ile, construit avec les débris d'édifices romains , mérite aussi d'être signalé , car il a servi de modèle pour la construction des églises de Saint-Ciminien et de Saint-Jean-1' Aumônier de Venise. Torcello, dans le xiii* et le xiv* siècle, était très-renommé pour sa salubrité, et l'on y envoyait les convalescents pour se rétablir. Maintenant c'est un des lieux les plus malsains des lagunes, et il ne compte pour habitants que quelques pauvres vignerons. Mazorbo, qui dut son existence à la même origine, a partagé le sort de Tore llo , et n'a
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HISTOIRE DE VENISE
conservé que le souvenir de son ancienne prospérité. Burano a moins souffert : la population de celle petite Ile, qui dépasse aujourd’hui cinq mille Ames, s'occupe avec succès de la pèche, de la chasse, de la revente des chiffons recueillis dans 1rs rues de Venise, et, chose assez singulière, elle réunit à toutes ces industries grossières une fabrique de dentelles très-estimées.
Dans les environs immédiats de Venise , on trouve Saint-Michel de Murann (San-Michiele-di-Murano), joli petit Ilot remarquable par sa belle église toute ornée de marbres précieux , de mosaïques , et des tableaux des plus célèbres peintres ; et par le beau couvent des Camaldules, auquel appartenait ce point important de la lagune. C'est dans ce couvent que se rédigeait la Raccolta cologeriana , espèce de journal qui a puissamment contribué à conserver le goût des études sérieuses en Italie. Là aussi, dans sa riche bibliothèque, était le précieux monument géographique de Fra Mauro. A l'époque de sa suppression, sous le gouvernement italien , ce même couvent avait pour abbé un moine illustre par son vaste savoir dans les sciences théologiques et mathématiques , qui a occupé naguère le trône de saint Pierre sous le nom de Grégoire XVI. Le vaste jardin du couvent et les portiques qui l’entourent ont été destinés à recevoir les monuments funéraires des riches habitants de Venise , dont le cimetière général est dans l'Ilot de Saint- Cristoforo.
L’ile de Murano renferme encore les manufactures de glaces, cristaux et perles qui firent jadis la renommée de l’industrie vénitienne ; muis les deux premières sont bien déchues, et ne pourraient aujourd'hui soutenir la concurrence des fabriques de France ou d'Angleterre. Les Vénitiens apprirent fart de la verrerie des Grecs, qui avaient reçu de l'antiquité la tradition de ce travail. Les manufactures de grosses perles coloriées , au nombre de trois, ont conservé mystérieusement le secret de cette fabrication brillante, qui permet à la médiocrité l'éclat et le luxe apparent de la richesse. C'est dans ces fabriques que les peintres et vitriers Vivarini travaillaient ces belles verrières qui ornent les croisées de plusieurs temples de Venise. Lu ville de Murano possède en outre plusieurs belles églises parmi lesquelles on distingue celles de Saint-Donnt , ou le Dôme , et Saint-Michel. Celleci se fait surtout remarquer par l'élégance de ses proportions , par les monuments de divers genres qui y ont été déposés , et par la richesse de ses vitraux ; elle possède le tombeau du célèbre théologien Fra Paolo Sarpi, historien du concile de Trente.
Au sud de Venise et dans l'intérieur de la lagune , même décadence : on aperçoit un Ilot tout parsemé de petites maisonnettes séparées par des jardins. C'est Plie de Saint-Clément, où s'élevait autrefois un couvent de C.amaldules. . Ces chartreux , résidant au milieu des Ilots , étaient doublement solitaires , et ce qui rendait leur solitude plus frappante encore, c’étaient les petits phares qu’ils illuminaient chaque soir autour de leur Ile, afin de guider la marche des gondoliers , attention bienveillante qui était sans cesse saluée par des cris de joie et de
HISTOIRE DE VENISE
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