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DOMINATION FRANÇAISE ET AUTRICHIENNE
r (“connaissance ; maintenant tout est sombre & Saint-Clément : les jardins seuls ont survécu à sa désolation.
Plus loin, la petite lie Saint-Lazare, la plus gracieuse de celles qui s’élèvent au sein des lagunes , doit sa conservation à une circonstance particulière : en 1720, des moines arméniens, dirigés par un homme d'un talent supérieur, vinrent y fixer leur résidence, et y jetèrent les bases d'un établissement fort remarquable. Ces religieux sont appelés méchitaristcs, du nom de leur fondateur, l'abbé Méchitar de Pelro , né à Sébaste en Arménie. Celui-ci , en 1700 , ayant réuni à Constantinople plusieurs religieux ses compatriotes , vint s'établir à Modon , d'où il passa, avec sa congrégation , à Venise , après la conquête de la Morée par les Turcs. La république lui accorda alors et à perpétuité file Saint-Lazare pour retraite. Les moines arméniens publient en leur langue de bonnes éditions des ouvrages les plus utiles et les plus estimés , et se livrent à l'éducation de leurs compatriotes. Ce collège célèbre , présidé par un archevêque et ayant de savants professeurs , est devenu depuis un siècle un foyer d’instruction pour l’Asie occidentale ; il possède des collections scientifiques considérables, une riche bibliothèque où l’on conserve des manuscrits arméniens précieux du vm* et du ix* siècle, une typographie où l’on imprime une gazette qui est très-répandue dans toutes les contrées où résident des Arméniens.
Les Lidi , avons-nous dit , ne sont que de simples bancs de sable , formés par les allusions des fleuves; on en compte sept, qui forment autour de Venise une zone de terre qui la protège contre les flots de la mer. Là croissent de belles fleurs et des fruits savoureux. L’un de ces bancs de sable, appelé spécialement le f.iilo, est surtout remarquable par le château de Saint-André, chef-d’œuvre d’architecture militaire de San-Micheli. Sur un sol marécageux et mouvant, cet habile ingénieur parvint à construire un solide édifice, qu'on pourrait prendre de loin pour un rocher taillé. Le château Saint-André , monument qui atteste encore la force et l'ancienne magnificence guerrière de la république, est l’un des premiers forts construits selon les principes de l'architecture militaire moderne ; il fut destiné à protéger les passes et le port du Lido : c'est de ce port, qui n’est aujourd’hui abordable qu'aux navires d'un faible tonnage, qu'au xir siècle appareilla la grande flotte de deux cents navires, commandée par le doge Michieli, et qu’en 1202 sortit l’armement bien plus considérable du doge Dandolo , qui contribua si glorieusement à la conquête de Constantinople. C’est sur les bords solitaires du Lido que Byron faisait chaque jour sa promenade à cheval. S’il fût mort à Venise , c’est là qu’il voulait reposer, afin de fuir, même après la mort, sa terre natale qu’il détestait.
L’ile de Malamocco [Mcthamocum] , située à l’extrémité occidentale du Lido , théâtre des efforts héroïques des Vénitiens dans la guerre de Chiozza , résidence des doges de 742 jusqu'à 810 , ne présente aucune trace de son ancienne splendeur ; elle compte à peine aujourd'hui huit cents habitants , la plupart occupés
HISTOIRE DE VENISE
à guider les vaisseaux qui entrent et sortent par cette partie de la lagune. Son port, dérendu par deux forts , a été beaucoup amélioré par la grande digue commencée sous le gouvernement italien et continuée à grands frais par le gouvernement actuel. En face de Malamocco on aperçoit l’Ile de Poveglia ( Popilia ) , qui était autrefois plus grande et très-peuplée. Ravagée d’abord par la guerre de Chioggia en 1379, elle a été ensuite successivement entamée par la mer, qui a fini par la réduire à une circonférence d’environ quatre cents pas. Il ne fallait qu'une de ces deux circonstances pour obliger la population à émigrer ; aussi n’y voit-on que quelques maisons et presque pas d’habitants.
Au sud de Venise , protégée par les Murazsi , s’élève Palestrina , petite ville située presque au milieu de l’Ile , longue et étroite , nommée Litorale di Palestrina. La navigation , la pèche, la culture des vergers, forment la principale occupation des sept mille habitants que compte cette partie de la lagune. Les femmes de Palestrina, douées d’un courage et d’une force peu commune, guident les barques et partagent avec leurs maris et leurs frères les travaux de la pèche et les prix décernés dans les régates. Ce littoral, autrefois coupé en deux par la mer, possédait le port de Pastene ou d ’Albiola , près duquel les Vénitiens remportèrent leur première victoire navale sur les Francs , commandés par Pépin ; ce port est maintenant tout à fait comblé; aussi lui a-t-on donné le nom de Porto-Secco. C’est le long de la partie extérieure de ce littoral que les Vénitiens avaient élevé à grands frais leur célèbre digue appelée les Murazzi.
Toujours au sud de Venise , près de l’embouchure de la Brenta , se trouve Chioggia ( passa Claudia ou Glugia Major), dont le nom est associé à l’une des plus belles époques de la république. Cette ville épiscopale, qui compte plus de vingt-deux mille habitants, est située dans une Ile, qu’un long pont en pierre réunit au litorale di Sotto-Marina. La navigation de long cours et le cabotage, forment avec la pèche , la fabrication du sel et la construction des navires , l’occupation principale de ses habitants. Le Titien emprunta plus d’une fois à cette population vive et originale ses tètes expressives , Goldoni les saillies des personnages disputeurs et bruyants, de ses gasze chiozzotle , et notre Léopold Robert sa scène si mélancolique des Pécheurs de l’ Adriatique ! Deux forts défendent l’entrée du port de Chiozza et se combinent avec le système des fortifications de Venise. Brondolo ( Brunderlum ) n’est qu’un misérable réduit constamment désolé par les fièvres ; son port formé par l'embouchure de la Brenta et du Bacchiglione , est presque sans activité. Dans le moyen âge, c’était une petite ville populeuse, dont le célèbre sanctuaire de Saint-Michel attirait un grand nombre de pèlerins. Cette prospérité disparut en 1380 , à la suite des ravages faits par les Génois. Nous ne dirons rien de Mestre ni de Fusina : leur situation n’est pas meilleure ; Fusina est la ville de terre-ferme la plus rapprochée de Venise; c’est par là aussi que passe le chemin de fer qui la relie au royaume lombardo-vénitien.
Ne poursuivons pas plus loin notre pèlerinage, car si nous abordions dans
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toutes les Iles de la lagune qu’il nous reste encore è parcourir, nous trouverions partout la même tristesse et la même désolation. Les villes du littoral n’ont pas été plus épargnées : sur les ruines d’Altino , ville autrefois populeuse et où se croisaient quatre voies romaines , s'élève maintenant une fabrique de briques et de faïence; Concordia compte à peine quatre cents habitants. Jesolo (Equilium) n'a conservé que quelques traces de son enceinte; Héracléc, sa rivale, située sur une péninsule formée par les embouchures de la Livenza et de la Piave , n’est pas plus heureuse. En 626, les émigrants d'Oderzo, qui étaient venus y chercher un asile, avaient rendu Héraclée l'une des villes les plus florissantes de l'Adriatique; on se souvient qu'en 697, le premier doge de la république, Paul-Luc Anafeste, fut élu dans Héraclée, et que cette ville conserva cette position jusqu’en 742, époque où le siège ducal fut transféré è Malamocco. Déchue presque aussi rapidement qu'elle était devenue florissante, et détruite par les Hongrois, dans le ix* siècle, Héraclée fut entièrement abandonnée; les alluvions des fleuves ont changé tellement la configuration du sol qui l’environnait, que son emplacement est aujourd'hui à peine reconnaissable. Caorle (Caprule), située vers la limite extérieure du littoral qui forme la lagune de ce nom , près de l'embouchure de la Livenza et du Lemenc, est toute en ruines. Au temps des Romains, son port servait de station à l’escadre des bètiments légers qui faisaient partie de la flotte de Ravenne. Quelques centaines de pécheurs remplacent les nombreux habitants qu’elle comptait lorsque son port était un des principaux entrepôts maritimes de la république de V enise.
Peut-être l'ouvrage que nous venons de lui consacrer sera-t-il le dernier essai entrepris pour intéresser les nouvelles générations aux destinées de cette ancienne reine de l’Adriatique ; aussi , à défaut d'autre mérite , avons-nous tenu à être vrai , en racontant tour è tour sa grandeur et sa décadence.