‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 2 sur 155 · DESCRIPTION DE LA LAGUNE DE VENISE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE LA LAGUNE DE VENISE

Là Là 6 DH S DI TIDIII Dàll L'àDTIQUITK IT Dàll LIS TI RM ■0DI1DCI

Venise ne surgit point du soin de la mer, comme le disent quelques historiens, et comme l’ont répété tous les poètes; la lagune qui l'entoure n'est pas un lac, mais une plage basse et plate , un immense delta plus ou moins inondé par les eaux des fleuves qui descendent des AI|h's, et surtout par celles de la mer Adriatique.

Du temps des Romains, on désignait sous le nom de Puludes Gallicœ ou de Veuf lia maritima toutes les parties marécageuses du rivage comprises entre l'embouchure de l'Isomo et celles du Savio. Hérodote ne consacre que quelques mots è la description de cette rontrée ; mais Strahon est plus explicite : o I,e pays «desVénètes, dit-il, abonde en fleuves; l'Adriatique, sujette à des (lux pério- « diques comme l'Océan, s'avance dans les terres et y forme de vastes étendues « de marais salants; uussi les habitants, de même que ceux de la Basse-Égypte, « s'y montrent-ils habiles à diriger et à modérer le cours des eaux par des canaux

6 HISTOIRE UK VENISE.

«et des digues. Certaines parties de leurs terres sont cultivables, les autres, «presque toujours submergées, servent à la navigation; quelques-unes de leurs « villes sont entourées d'eau comme des Iles , d'autres ne sont baignées par « l'Adriatique que d’un seul côté ; entin , celles qui sont situées tout à fait dans « l'intérieur des terres communiquent avec la mer par des lleuvcs. »

Scimnus de Cliio, dans un Traité de Géographie antérieur au grand ouvrage de Strabon , avait dit en parlant de la Vénétie ; « I.es Vénètes habitent la mer, et «leur pays, disposé en demi-cercle le long du rivage, compte cinquante villes et «un million et demi d'habitants. » Le vieux commentateur de Virgile, Servius, donne des détails étendus sur le pays des Vénétes, sur les fleuves et les canaux qui le traversent; enfin l’historien Proroge se plaît à décrire « l'industrie des ma- «rins de la lagune, qui, après avoir chargé les bâtiments à la marée basse , « attendent que l’arrivée du flux vienne les soulever et les porter en dehors des « passes. » Mais la description la plus complète qui nous reste sur l'état de la Vénétie maritime dans les temps antérieurs à la fondation de la ville de Venise , est celle du sénateur Cassiodore, préfet du palais sous Vitigès, quatrième roi wisigoth, vers 538; elle se trouve consignée dans une lettre qu’il écrivuit aux magistrats des lies vénitiennes : « Votre navigation, leur dit-il, a cet avantage qu'au be- « soin elle a toujours une voie sûre ouverte ; car lorsque la violence des vents vous «ferme la mer, les fleuves vous offrent une route des plus agréables; vos bdti- « ments ainsi h l'abri alvordcnt toujours heureusement à terre , et ils ne peuvent « périr, bien qu'ils touchent souvent. De loin , et lorsqu'on n’apcifoit pas le lit « qui les porte, on dirait qu’ils voguent sur des prairies. C’est sur ces terres, cou- « pées par une multitude de canaux , et dont la face est alternativement décou- « verte et voilée par les flots, que vous avez bâti vos demeures comme les oiseaux « aquatiques ; elles paraissent d'abord terrestres, puis, parun changement subit « d'aspect, elles se transforment en Iles, et l’on croit être au milieu des Cyclades. » Nous allons, nous, avec les procédés rigoureux de la science moderne, présenter le tableau exact et complet de la lagune de Venise.

On sait que la Méditerranée, pénétrant dans les terres par le canal d'Otrantc, forme, entre l'Italie d'un côté, la Dalmatie et l'Albanie de l'autre, un vaste golfe nommé mer Adriatique, dont la surface est de l.tilti myriamètres carrés. Si, de l’extrémité de ce golfe , où se trouve située la ville de Venise , les yeux pouvaient embrasser la disposition de l’immense bassin que forment , au nord , les Alpes et les Apennins , on s’expliquerait facilement l'existence des terres basses et marécageuses qui bordent la partie septentrionale de l’Adriatique. En effet , toutes les eaux de ces deux chaînes de montagnes s’épanchent vers un point commun ■ ce sont d’abord l'Isonzo, le Livenza et le Tagliamento, descendus des Alpes Juliennes ; puis la Piave, la Musone, la Brenta, l’Adige, alimentées par les neiges du Tvrol ; enfin le l’ô, grossi de toutes les eaux des Alpes et de l’Apennin, qui, arrivant à l’angle occidental du golfe Adriatique , roule avec elles les terres qu’elles

Page 1