‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 4 sur 155 · DESCRIPTION DE LA LAGUNE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE LA LAGUNE

Les emix marines et les eaux fluviales arrivent, comme on voit, dans la lagune par des points directement opposés, quoiqu'elles en sortent toutes par les mêmes issues. La mer, pendant le flux , s'engouffrant dans les canaux et marchant vers la terre-ferme , rencontre les fleuves , qui descendent en sens contraire : ceux-ci , retardés dans leur marche, ne pénètrent qu'avec peine la masse comporte des flots amers , à laquelle ils se mêlent et se confondent. .Mais au moment du reflux , toutes les eaux ayant la même direction et se prêtant mutuellement les forces qui les attirent au large , se précipitent confusément vers les passes et vont s’absorber dans le sein de l'Adriatique. Presque tous ces fleuves, descendant ou plutôt tombant brusquement des hautes vallées des Alpes, ont un trajet court, une pente rapide. Grossis par de nombreux affluents, ils sont sujets à des crues subites, et dans leur course torrentielle ils entraînent des débris de tous les terrains qu'ils traversent, l'ne partie de ces détritus se dépose dans leur lit même, et l'exhausse sans cesse; une autre partie est transportée jusque vers leurs embouchures, où ils forment à la longue des barres plus ou moins considérables. Les étroites îles du Lido ne sont évidemment que des monceaux de limon et de sable accumulés jadis par les fleuves et par la mer.

Ces canaux , toujours plus ou moins remplis d'eau , même dans les pli s forts reflux , servent en tout temps de voie de communication entre la ville , la mer et la terre , et sopt , pour ainsi dire , les organes essentiels et vitaux de Venise. Aussi , à toutes les époques , les Vénitiens ont-ils apporté un grand soin à entretenir ceux que la nature avait créés, h en creuser même d'artificiels, et à favoriser par tous les moyens possibles la circulation des eaux dans leur lagune1. On les a vus détourner le cours de plusieurs fleuves et diviser ceux qu’ils ne pouvaient conduire dans une autre direction, afin de détourner au moins l'effet des courants . trop considérables. Dès l'origine de leur établissement dans les maremmes, ils n'ont cessé de lutter contre ces redoutables phénomènes , et peut-être , sans les infatigables travaux de tant de générations, Venise aurait depuis longtemps perdu sa position insulaire, et, comme l'antique Ravennc, la Dominante de l'Adriatique serait devenue une ville continentale.

(''est ce petit espace de terres inondées, dont on connaît maintenant la situation, les limites et les principales circonstances géographiques et naturelles, qui a été le berceau de la nation vénitienne, le théâtre de son activité commerçante cl

1. Comme ces canaux restent cachés sous l'eau pendant plusieurs heures de la fournée, la navigation deviendrait presque impossible si l'on n'avait pas des moyens de reconnaître leur cours cl leur direction, et les batiments seraient h chaque instant exposés à donner dans les hauts-fonds ; ou a pourvu à ces dangers en indiquant leur cours par de longs pieux plantés de distance en distance sur leurs bords ; ces signaux s'élèvent de quatre à cinq pieds au-dessus du niveau moyen de ta marée haute. Guidés par ces fils conducteurs , les navires circulent sans crainte dans ces labyrinthes. Ces signaux, fats en bois de chêne, s'appellent, suivant leur nombre, leur forme et leur grosseur mee ou mette ( de mita, itomeî ; palme ( petits pieux ) ; gruppi (faisceaux) ; pennelli { pennons ou banderoles) ; fari (phares). L'usage de ces signaux remonte aux et>cques les (dus anciennes; dans ces derniers temps on en a perfectionné la construction et augmenté le nombre.

HISTOIRE HE VENISE

guerrière, le siège de sa puissance et de son gouvernement, t'es notions topographiques, trop négligées par la plupart des historiens qui nous ont précédé, doivent, à notre avis, être la préface de toute Histoire de Venise, car nulle part peut-être les conditions particulières du sol n'ont tant influé, sur le développement de la vie intérieure et extérieure d'un peuple.

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