‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 5 sur 155 · PEUPLEMENT DE LA LAGUNE. — LES VÉNÈTES ET LES VÉNITIENS · texte numérisé non relu

PEUPLEMENT DE LA LAGUNE. — LES VÉNÈTES ET LES VÉNITIENS

l<00 AVANT J.-C. — WG DE l-C.)

La Vénétie ancienne et les Vénètes. — Irruptions des Barbares. — Alaric . Radagaise , AUila, Odoacre, Tbéodoric, Alhoin, les conduisent. — Émigrations des Vénètes dans les lagunes. — Leur dispersion dans les diflêrcntes lies. — Les Vénitiens modernes. — Leur organisation politique.

'origine des Vénètes, souche des Vénitiens modernes, a été l’objet de plusieurs hypothèses : les uus les font provenir d'une émigration de Sarmates de la mer Baltique ; d'autres les disent issus d'une peuplade de la Gaule armoricaine des environs de Vannes et de Brest, dont le territoire portait le nom de Vénéditie; une tradition plus ancienne les fait descendre des Hénètes , tribu asiatique de la Paphlagonie , laquelle , apres la destruction de Troie , vint , sous la conduite d'Anténor, s'établir sur les rivages de l’Adriatique , où elle succéda aux Ombriens, aux Étrusques et aux Pélasges, en même temps qu’Énée conduisait d'autres tribus lydiennes et phrygiennes dans le Latium. Cette dernière opinion paraît la plus probable; elle est appuyée sur quelques vers d’Homère, de Sophocle et de Virgile , et sur le témoignage des géographes grecs : Zénodote , Scimnus , Scilax ; elle est en outre confirmée par Trogue-Pompée, Arrien, Pline et Tite-I jve. Le comte Filiasi, dans ses recherches sur les anciens Vénètes, l'adopte en la modiliant; il pense que cette émigration des Hénètes à la suite d'Anténor ne fut pas la première. A une époque de beaucoup antérieure , selon lui , une partie de la nation paphlagonienne aurait été comme emportée en Italie par les Scythes Cinnnériens dans une de leurs excursions , et elle s'y serait établie. Quoi qu’il en soit , les Vénètes, après avoir pénétré au fond de l'Adriatique, chassèrent de ces parages

IIISTOUtK l)li VI-NISE.

les luihitmits primitifs, et Avant leur résidence entre la mer et les Alpes, fondèrent lu ville de l'adouc. Ils s'agrandirent ensuite par des conquêtes successives, et Unirent par ne reconnaître d'autres limites que l’Adda , le Pô , le lac de (iarda et la mer.

L'histoire fait peu mention des Vénètes durant les premiers siècles de leur établissement ; on sait seulement que pendant longtemps ils parvinrent à conserver leur indépendance , et qu'ils ne partagèrent pas la destinée des Étrusques, leurs voisins, qui furent successivement conquis par les Gaulois et les Romains. Placés entre ces deux redoutables ennemis, les Vénètes s'allièrent aux derniers, et leur rendirent en plusieurs circonstances d'importants services : ainsi lorsque Brcnnus si' présenta aux portes de Rome , une irruption des Vénètes sur le territoire des Gaulois força ceux-ci à la retraite.

l'ne fois en rapport avec les Romains, les Vénètes finirent par subir le sort des autres peuples de l'Italie, et passèrent sous le joug de leurs anciens alliés. L'époque précise de la réunion de la Vénétie à l'empire romain nous est restée inconnue ; il est certain seulement qu'elle avait déjà eu lieu lors de la deuxième gueire punique, car dans cette circonstance les Vénètes sont cités comme faisant partie des districts qui composaient la Gaule cisalpine , et ils fournirent même leur contingent de troupes pour la guerre contre Anuibal; ce ne fut pourtant qu'après la victoire remportée par Marius sur les Cimbrcs, qu'on réduisit leur pays en province romaine. Dès ce moment l'histoire de la Vénétie se confond avec celle de l’empire. Dans la division tracée sous Auguste, elle formait la dixième région, et avait pour limites, à l’ouest l’Adige (Athésis), à l'est la mer Adriatique , au nord les Alpes, et au sud le Pô. Lors du remaniement de l'empire par Adrien, l ltalie ayant été divisée eu dix -sept provinces, la Vénétie fut une des quatre principales gouvernées par des consuls ; enfin lorsque Constantin eut l>artagé le monde romain en quatre parties, l’Italie continua à se composer de dix-sept provinces, au nombre desquelles se trouvait toujours la Vénétie jointe il flstric.

Ce dernier partage et le déplacement de sa capitale , transportée sur les rives du Bosphore, affaiblirent considérablement l’empire romain, et le laissèrent exposé sans défense aux irruptions des Barbares. Alaric , avec ses Gotlis, sortis de la Suède, se présente le premier (iOO de J.-C. ). Après avoir séjourné quelque temps dans les plaines qui séparent la Vistule de l'Oder, il franchit le Danube, et pénètre en Italie; descendant ensuite les Alpes du Frioul, il se jette sur Aquilée, d'où il est vigoureusement repoussé, mais d’autres villes plus faibles, telles que Concordia , O/iilergium et Forum JtUium , sont forcées de lui ouv rir leurs portes, et il ravage impitoyablement toute la partie orientale de la Vénétie. Chargé de butin , il repasse enfin les monts. L'année suivante il franchit les Alpes Véronèses et saccage le territoire de l'adouc , Vicence, Vérone et Mantoue; mais en il est battu une première fois sur le Tanaro, puis, quelques mois après, sur l’Adige,

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