PRISE DE BRESCIA
il alla se ranger sous les ordres du connétable de Bourbon , gouverneur de la Lombardie. Au lieu de marcher droit sur Milan, comme le lui conseillait le cardinal de Sion, Maximilien , par un faux point d'honneur, perdit un temps précieux devant Asola ' et ne prit le chemin de la capitale du duché que lorsque les Français en eurent brûlé les faubourgs. Quoi qu'il en soit, la terreur y était extrême, car il avait fait menacer les habitants, si sous trois jours la garnison n'avait évacué la place, d’un traitement plus sévère que celui que leur avait infligé jadis le terrible Frédéric Barbcrousse.
Tout à coup Albrecht de Stein, du parti français en Helvétie, arrive avec dix mille confédérés; mais, ce qu'il était facile de prévoir, de chaque côté les Suissps déclarent qu'ils ne se battront pas les uns contre les autres. Leurs chefs avaient de fréquentes entrevues, et les Allemands aussi bien que les Français pouvaient craindre qu'ils ne se réunissent pour leur dicter des conditions. Trivulce se tira daflaire par un expédient fort adroit. Une fausse lettre, adressée à Stapfer , commandant des Suisses à la solde de l'Empereur, et conçue de manière & éveiller des soupçons sur la fidélité de ces mercenaires, tomba comme par hasard entre les mains de ce prince; on y disait, entre autres, que le trésor impérial étant épuisé, Stapfer agirait sagement s'il réclamait l'arriéré de la solde de ses gens, et, pour plus de garantie, s'il s’assurait de la personne de Maximilien. A la lecture de cette lettre, celui-ci fut tellement frappé de crainte, qu'après avoir promis de s'acquitter promptement il partit en secret avec deux cents cavaliers et rentra dans le Tyrol sans remettre à personne le commandement de ses troupes , qui se mirent à saccager tout ce quelles rencontraient ; Lodi et San Angelo particulièrement souffrirent beaucoup de leurs brigandages. Quelque temps après, Maximilien envoya de l'argent, mais il était trop tard ; rappelés par la diète , les Suisses des deux partis rentraient chez eux ; trois mille soudoyers avaient passé à l'ennemi ; le reste s’était dispersé : le petit nombre de ceux qui restaient sous ses drapeaux fut conduit à Vérone.
A la même époque le duc de Bourbon avait été rappelé en Fi-ance. Le sire de Lautrec, investi du commandement, se porta en toute hilte devant Brescia que les Vénitiens tenaient de nouveau assiégée , et qui , grâce à ce secours inattendu, se rendit enGn (24 mai 15I6J. Le sénat aurait voulu que l'armée se portât devant Vérone, dont il pressait d'autant plus vivement d'entreprendre le siège que cette place est la clef de l’Italie du côté de l'Allemagne; mais Lautrec, instruit des conférences qui avaient lieu en France pour le rétablissement de la paix générale , ne voulut point déférer à cette invitation et se retira vers le Milanais.
Les ministres des rois de France et d’Espagne s'étaient réunis è Noyon afln
I. Les châteaux d'Asola , de Louado et de Peschiera avaient été repris par les Vénitiens dans la campagne précédente : c'est la seule compensation qu'ils eussent reUrée de leurs sacrifices de lout genre.
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HISTOIRE DE VENISE
d'arrêter les bases d'un traité qui amenât la pacification de l'Europe : Artos Gouffier, sire de Boissy, représentait François 1"; Guillaume de Croy, sire de Chièvres, représentait Charles I". Ils signèrent, le 13 août 1516, un acte par lequel les deux puissances se juraient une amitié réciproque; et pour mieux la cimenter, François I" transmit ses droits sur le royaume de Naples à sa fille Louise, que le roi des Espagnes s’engageait à épouser au lieu de madame Renée (fille de Louis XII ), quand elle aurait atteint l'âge de douze ans; en attendant, Charles contenait la possession de ce royaume, moyennant le paiement annuel de cent mille écus d’or. U était stipulé, en outre , que l'Empereur serait compris dans le traité, moyennant qu’il consignerait Vérone aux Espagnols, qui après l'avoir gardée six semaines la confieraient au roi de France pour la remettre aux Vénitiens ; que la république paierait cent mille écus d'or, non à Maximilien , mais à François I'\ en à-compte des sommes que l'Empereur devait à la France ; qu'il y aurait entre l'Empereur et la république une trêve de dix-huit mois, durant laquelle ce prince garderait Gradisra dans le Frioul, Roveredo dans la vallée du haut Adige, Riva de Tronto au nord du lac de Garde, villes qui défendent trois passages importants. Deux mois étaient accordés à Maximilien pour notifier son acquiescement ou son refus.
Maximilien se plaignit amèrement du peu de cas que l'on paraissait faire de sa personne, et, n'écoutant que la première impulsion de son humeur, déclara qu'il n’accéderait jamais à des engagements qu’on lui imposait sans l'avoir consulté. Sa fille Marguerite' parvint à le calmer, et après de longues négociations ouvertes à Bruxelles (i décembre) il adhéra à ce qu'on désirait de lui. Le 23 janvier 1517, Vérone fut remise aux mains de Lautrec par l'évêque de Trente, muni des pouvoirs de Charles I"; le même jour les provéditeurs Andrea Gritti et Jean-Paul Gradenigo en reçurent les clefs. L'année suivante, la trêve entre l'Em|>ereur et la république fut prolongée pour cinq ans , moyennant un subside annuel de vingt mille ducats.
Ainsi finit la ligue de Cambrai. Elle fit perdre aux Vénitiens Crémone , les bords de l'Adda et la Romagne, acquisitions récentes qu’ils n’avaient pas eu le temps déconsolider; Trieste, qu'ils avaient occupée momentanément, passa sous la domination du duc d'Autriche.
Nul doute qu'un État qui avait résisté à la ligue la plus redoutable qu'on eût vue se former en Europe depuis la chute de l'empire romain , qu’un État qui avait supporté tant de désastres, et qui en définitive ne se voyait enlever que quelques
1. Petite-fille de Charles-le-Téméraire par Marie de Bourgogne sa mère, la célèbre Marguerite d'Autriche naquit à Gand { 1180). Fiancée au dauphin (Charles VIII ) , renvoyée à son père par Louis XI, et fiancée de nouveau ( 1(97 )à l’infant dou Juan d'Espagne, union que la mort prématurée de ce prince empêcha d’accomplir, elle épousa (1508) l’hilippe-lc-Beau (père de Charles- Quint), et resta veuve, en 1515, sans avoir eu d’enlants. Ses talents et son énergie tirent de Marguerite un précieux conseiller pour son père, qui lui conféra le litre de gouvernante des Pays-Bas.
TRAITÉ l)K NOYiVN,
villes peu importnntes, aurait pu s'enorgueillir de sa force nu lieu de s'affliger de sa situation. Mais In république avait dépensé plus de cinq millions de ducats d'or (au delà de cent soixante-dix millions de notre monnaie) et engagé pour longtemps ses revenus, les villes et les particuliers ne pour ont supporter des impositions nouvelles; enfin, par une mesure plus déplorable encore que In perte de vingt batailles, c'est-à-dire la mise à l’enchère des emplois et des dignités, la démoralisation s’était répandue chez toutes les classes de citoyens. Venise, il faut le reconnaître, Venise n'était plus cette puissante gardienne des Alpes, cet impénétrable boulevard qui protégeait contre l'empire du croissant l’Italie et l'Europe occidentale. D'autres causes, que nous expliquerons plus tard , achevèrent de dissiper le prestige qui l'environnait depuis tant de siècles.
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