‹ Histoire de la republique de VeniseChapitre 86 sur 155 · MM · texte numérisé non relu

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l'ancienne bibliothèque ', érigée par Sansov ino , dont elles sont la suite. Scamozr.i changea assez peu heureusement les proportions des deux premiers ordres de Sansovino, et y en ajouta un troisième corinthien. Cet édifice est un des types les plus remarquables de ce style somptueux et théâtral auquel aboutit le dernier développement de l'architecture néo-gréco-romaine en Italie, et au delà duquel il u'y avait de possible que le dévergondage des Bernin et des Borromini.

L'ancienne bibliothèque, aujourd'hui le palais royal, sur la Piazzetta, en face du palais ducal, fut construite pour abriter les livres donnés à la république par Pétrarque et le cardinal Bessarion. C'est Sansovino qui In commença, en 153G. C'était, au jugement de Palladio, le monument le plus riche et le plus orné qui eût été élevé depui> les ancicus. La façade se compose de deux ordres, le premier dorique et le second ionique, avec une frise grandiose; sur la corniche règne une balustrade surmontée de vingt-cinq belles statues, ouvrages des meilleurs élèves de Sansovino. Le portique inférieur est exhaussé sur trois marches; il a vingt-une arcades soutenues par des pilastres contre lesquels s'appuient au dehors les colonnes. L'arcade du milieu, supportée par deux cariatides colossales, conduit, il l’escalier royal, richement orné de stucs, et dont la voûte resplendit des peintures de Franco et de Baltisla del Moro.

Au piedde l'escalier s'ouvre un vaste vestibule, où se trouvait autrefois le ni user, iles antiques, remarquable collection de statues, bas-reliefs, inscriptions grecques et latines, donnés jadis à la république par le cardinal Dominique (irimani, par Jean Grimant, patriarche d'Aquilée, et par le procurateur de Saint-Marc Frédéric Contarini, et transférés depuis au palais ducal. La salle principale est surtout remarquable par son plafond, divisé en vingt-un compartiments ornés des peintures de Joseph Salviati, de Franco, du Prête, du Padouan, de Schiavonc et de Paul Véronèse.Çe plafond fut la cause d’une bien triste aventure pour Sansovino ; ti peine fut-il terminé qu’il s'écroula. A cette époque, les artistes employés dans les ouvrages publics étaient soumis à une discipline moins commode que celle de notre temps; ils étaient responsables de leurs œuvres. Sansovino fut immédiatement incarcéré, condamné à mille ôcus d'amende, et destitué de son emploi d’architecte en chef de la république. Il fallut tout le zèle et le dévouement de ses nombreux amis , parmi lesquels se trouva heureusement le chevalier de Mendoza, ancien ambassadeur de Charles-Qnint^ pour apaiser la colère du sénat et le faire rentrer en grûce. Pierre Arctin, qui avait quelques qualités parmi scs vices, déploya aussi en sa faveur, et gratuitement, tous les trésors de son éloquence. Ce palais est aujourd'hui la demeure du vice-roi pendant son séjour à Venise. Après la chute de la république , la riche et précieuse bibliothèque fut , ainsi que le musée, transportée dans la salle du grand-conseil, au palais ducal.

La Zecca (Hôtel des Monnaies), bâtie également par Sansovino, complète, du côté du Grand-Canal, ce magnifique ensemble de monuments. Elle fait, en quelque sorte, pendant aux prisous. Les seuls matériaux employés dans sa construc-

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lion sont le marbre, la brique et le fer. La façade , toute en bossages , dans le goût florentin, exprime au plus haut degré l’idée de la foree et de la solidité. Deux statues colossales, dans une attitude menaçante, l'une d’Aspetti et l'autre de Campagna, décorent l’entrée. Tout autour de la cour sont disposés vingt-cinq ateliers pour la fonte des métaux et la fabrication des monnaies. C’est de là que sortait jadis cette monnaie si fameuse, le sequin de Venise (zecchino), qui fut frappée pour la première fois en 1-28’*, sous le doge Jean Dandolo, et qui s’appelait primitivement le ducat d’or.

Cette balte un peu longue sur la place Saint-Marc , ou se trouvent accumulés les principaux bâtiments publics et les monuments les plus remarquables de l’architecture locale, nous oblige à passer plus rapidement devant cette multitude de palais , d’églises et autres édifices privés et publics qui, à chaque pas , pour ainsi dire, surgissent à l’œil surpris du visiteur égaré dans les nielles tortueuses de Venise, ou glissant en gondole à travers les méandres de ses canaux. Saluons du moins en passant les nobles palais, les magnifiques temples et les vastes établissements publics dont les grandes lignes et les orgueilleux frontispices se mirent dans le Grand-Canal et s’échelonnent sous les aspects les plus variés, les plus imposants et les plus saisissants , depuis la pointe de Saint-Autoinc jusqu'à l'ilc Sainte-Claire.

Voici d'abord, en partant de l’extrémité orientale, les Jardins publics , disposés et plantés eu 1807, sur les plans de l’architecte Selva; beaux ombrages fort peu fréquentés par les Vénitiens , qui n'aiment pas assez les arbres pour venir les chercher si loin. C'est aux Jardins publics que commence le magnifique quai des Esclavons (Itipa degli Schiavoni), qui, de là, prolonge sa longue ligne concave jusqu'à la Piazzetta. C’est sur ce quai que débouche le canal qui conduit à l’Arsenal '. C’est proprement à la Ztcca (l’Hôtel des Monnaies) et au bâtiment de la douane de mer, situé vis-à-vis, que commencent le Grand -Canal et la longue suite d'édifices qui décorent ses deux rives.

Après la douane, dont l’architecture du xvin" siècle n'a rien de bien remarquable , mais dont la tour, bizarrement surmontée d’un globe porté par deux

1. Nous ajouterons ici à la description déjà donnée de l'arsenal ( Voyez pages 170, 180) quelques détails curieux sur l'administration et le service de cet établissement sous la république. Le commandement supérieur était confié à six patriciens, appelés prove'diteurs, et à trois autres fonctionnaires, non patriciens, appelés patroni de l'arsenal. Ces derniers habitaient trois corps de logis distincts, mais contigus, dont un s'appelait Venfer , un autre le purgatoire , et le troisième, apparemment plus confortable, le paradis. Ils étaient tenus de coucher chacun (tendant quinze jours , à tour de rôle, dans une certaine chambre, et celui qui était eu fonction s'appelait palrono di guardia. ('.'est à lui qu’ou apportait chaque soir les clefs de la porte de terre, qu’il gardait jusqu'au jour. Pendant la nuit, une sentinelle montée sur la haute tour qui s'élève au centre de l'arsenal, appelait d’heure en heure , par leur nom , des gardes de nuit placés sur les autres tours du mur d'enceinte, qui devaient répondre à cet appel. A l'époque de la chute de La république , les ouvriers étaient encore au nombre de 2,000 ; ils coûtaient annuellement 50,000 ducats. Un leur fournissait le vin en sus; de grandes cuves à robinet contenaient de la piquette à discrétion, et il s'en consommait pour 30,000 ducats. Les femmes étaient admises dans des locaux à part , pour la fabrication des voiles.

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LES BEAUX-ARTS

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