I.ES BEAUX-ARTS
Atlas, et sur lequel tourne à tous les vents la figure de la Fortune, est d'un effet pittoresque, on rencontre un des plus vastes temples de Venise, Suinte-Maric de la Santé (la Salule), œuvre d'un talent éminent dans une époque de décadence, Belthazar I.onghena , et qu'on peut voir à Paris, aussi bien qu’à Venise , dans le merveilleux Canaletti du Louvre. A quelques pas plus loin, le palais Dario développe ses riches marbres et les élégants profils de sa corniche, dessinés par un des maîtres de l'excellente école des Lombardi , mais qui n’obtient qu'un coup d’œil fugitif bientôt attiré et plus longtemps arrêté par le splendide frontispice du palais Corner ', bâti par Sansovino, et non moins imposant par la solidité de sa masse quadrangulaire que par la magnificence de sa décoration.
V Académie des Beaux- Arts, située sur la rive gauche, n'offre rien de remarquable à l'extérieur. Ce local très-vaste, destiné aux études et aux collections, fut disposé, sous le gouvernement italien, par l'architecte I). Selva, qui se servit de trois édifices déjà existants, une confrérie, une église, une partie d'un couvent bâti jadis par Palladio et détruit par un incendie. C'est dans l’église, divisée en plusieurs salles par des cloisons, que se trouve le musée des statues. La galerie de peintures, presque toutes de l’école nationale, est particulièrement intéressante pour l'histoire de l'art vénitien, dont on peut suivre là, pour ainsi dire d'année en année, toutes les phases. Nous aurons bientôt à signaler quelques-uns de ces spécimens du génie et de la fécondité de cette brillante génération de peintres. La collection de plâtres moulés sur les chefs-d'œuvre de la statuaire antique et de la renaissance , rassemblés primitivement avec une libéralité princière par un riche amateur, Daniel Farsetti, est, après celle de l'École royale des Beaux-Arts, à Paris, la plus considérable de l’Europe. On pourrait se plaindre d'y voir un peu trop de Canova, si cette prodigalité ne trouvait son excuse dans un sentiment patriotique toujours respectable, même dans scs exagérations. Un assez grand nombre d’anciens morceaux de sculpture en marbre, en bronze et autres matières, dont plusieurs d’un travail excellent, sauvés des églises et autres édifices ravagés ou démolis dans la dernière révolution, ont trouvé un abri dans l’enceinte de la nouvelle Académie. On a joint à tous ces moyens d'étude une bibliothèque spécialement consacréqtfux ouvrages relatifs aux arts du dessin. Sous tous les rapports, X Académie délie Be Ue Arti de Venise peut passer pour une des écoles d'art les mieux organisées; mais là comme ailleurs, malheureusement, l'impuissance et la stérilité semblent aller en raison directe de l'abondance des encouragements, des moyens d’étude, des modèles, des méthodes et des maitres !
Mais notre gondole s'avance. Voici le premier des palais Contarini , œuvre régulière et correcte de l'architecte vicentin Scamozzi , l’un des législateurs de l'architecture classique; puis le palais Rezzonico (de Longhena) , dont la masse gigantesque, le luxe décoratif et la richesse des matériaux, produisent un effet de
1 . Aujourd'hui de la délégation royale. Il ne but pas confondre ce palais Corner avec trois autres palais du même nom, situés sur d’autres points de la ville.
JL
HISTOIRE DE VENISE
saisissante surprise: mais l'impression de ce faux grandiose s’évanouit bientôt, comme celle d'un coup de théâtre, à l'apparition fantastique du vieux palais des Foscari , avec ses trois étages de fenêtres gothiques , ses balcons aériens et ses fines colonnettes. Ici le canal se détourne, et, au point de la courbure appelée la Voila del Canule, se dresse le superbe palais Balbi, monument où il y a plus de faste architectural que d'art, bien qu’on l'attribue à Vittoria. On raconte que le futur possesseur de ce somptueux logis, Nicolo Balbi, habita, pendant qu'on le construisait, une barque où il mourut. Un peu plus loin, le palais Pisani, de style allemand, comme on appelle en Italie le gothique, forme un gracieux pendant à un second palais Contarini, sur la rive droite, noble cl élégante invention des tombardi. Tout auprès se trouve le palais Barbarigo, fameux par sa riche galerie de tableaux où brillent au premier rang des Tiliens du plus beau choix, et notamment sa Madeleine tant célébrée. Puis s'étalent à la file trois palais des Mocenigo et celui des Spinelli, terminé par Sanmirhcli. En fare de ce dernier, le plus ancien des palais Grimani, avec ses ladies proportions et ses heureux profils tracés par un des Lombardi ( Lodovico? ) , fait grand tort à la froide façade de celui des Tiepolo (autrefois Coccina), attribué à Palladio. Encore quelques coups de rame, et voici le second palais Grimani, aujourd'hui l'hôtel des Postes, œuvre originale et hardie du grand architecte et ingénieur Sanmichcli. Les puristes reprochent à cet édifice sa corniche trop large et trop saillante, Un peu plus loin, à gauche, au pied et un peu en avant du pont Itialto, les longs et vastes portiques dont on entrevoit quelques parties, sonl les Fabriche Vecchie (les Bâtiments Vieux) , solide, élégant et commode édifice de Scarpagnino, destiné à diverses magistratures ; et , à droite, cette imposante façade est celle du palais Manin, bâti par Sansovino, mais dont l'intérieur fut reconstruit à la fin du dernier siècle par Selva. C’est là que mourut de douleur, dans la demeure de ses pères . le dernier doge, Louis Manini , peu de jours après avoir signé de sa main son abdication et la ruine de la république.
Nous voici arrivés au pont Rialto, si souvent chanté par les poêles. Son unique arcade, hardiment jetée d’une rive à l'autre du Grand-Canal, a quatre-vingt-trois pieds vénitiens à sa base. Il est entièrement construit en marbre d’Istric, et plus remarquable du reste par la solidité que par l'élégance. Deux rangs de boutiques également en marbre, d'une architecture uniforme et passablement lourde, le partagent en trois rues dont une centrale , qui est la plus large, et deux latérales plus étroites, gardées du côté du canal par une balustrade. La clef de l'arc est ornée des armoiries du doge Pascal Cigogna , sous le règne duquel le pont fut bâti , et aux quatre angles sont sculptées en bas-relief des figures de l’ange Gabriel, de la Vierge, de saint Mare et de saint Théodore, par Girolamo Catnpagna. Commencé en 1588, il fut terminé en trois années, sur le dessin d'Antonio da Ponte dont le projet fut préféré à plusieurs autres fournis, sur la demande du gouvernement , pur divers architectes célèbres , parmi lesquels on cite , sans