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•2SS HISTOIlUi DK VENISE

Le projet (le joindre Venise à In terre pnr un pont sur In Ingune n’est pas nouveau. On y avait songé plus d'une fois sous In république, et notamment sous ' le doge Foscarini, qui était grand partisan de ectte idée. En 1825, un citoyen zélé, Luigi Cesarini , conseillait de nouveau cette mesure comme Tunique moyen de relever In ville de son abaissement, et en 18.10 l'ingénieur Pietro llaccanclln en démontrait la possibilité et les avantages. L'établissement des chemins de fer dans le royaume lombard-vénitien vint imposer comme une absolue nécessité ce projet considéré jusque-là comme un rêve. Du moment où la ligne entre Milan et Venise fut résolue, il était évident que le chemin ne pouvait s'arrêter au bord de , la lagune et rester sans tête du côté de Venise. La nouvelle voie, de 271 kilomètres de longueur, passe sous trois tunnels, l'un sous le torrent Gua, les deux autres sous les monts Berices, près île Vicence; elle coupe 620 routes, traverse 950 cours d'eau sur autant de ponts, dont les principaux sont ceux du Muzza, de l'Adda , du Serio, de l'Oglio , du Mincie, de TAdige, de la limita, et enfin celui de la Ingune de Venise1.

Le pont commence à Venise, près du lieu appelé la Saeca de Sainte-Lucie, vers l'embouchure occidentale du Grand-Canal; de la il se porte directement au couchant et va aboutir à la terre-ferme nu pied de la forteresse de Mnrghcra Cette gigantesque chaussée est à la fois un pont , un viaduc et un aqueduc. Malheureusement elle a fait de Venise une ville de terre ferme, et la merveilleuse! cite a perdu une partie de son prestige.

Nous venons de jeter un coup d'œil sur les dehors de ces temples , de ces palais , de ces monuments de tout genre élevés à Venise dans le cours des siècles par des architectes dignes de réaliser les grandes vues des chefs de la république et le goût fastueux de ses riches et orgueilleux patriciens. Maintenant il faut entrer dans ces basiliques, dans ces demeures aristocratiques, et y chercher de nouveaux sujets d'étonnement et d'admiration à la vue de cette profusion de richesses artistiques, sculptures, tableaux, fresques, mosaïques, stucs, qui les décorent.

1. On a adopte |>mir l'exécution de ce dernier ouvrage le plan de l'ingénieur véronais. M. Jean Milani , qui dans celte entreprise ne s'est pas montré disciple indigne de sou grand compatriote Saitmichcli. I.cs travaux, commencés le 25 décembre 1811, uni rie terminés eu décembre 1815, c'est-à-dire eu quatre ans.

2. Sa longueur entre ces deux points est de 3,601 mètres 13 centimètres, et sa largeur do 9 mètres.

Il a 38,000 mètres carrés de superficie. La voie pose sur 222 arches, iitlcrrmopucs de distance én distance par d'énormes piles carrées au nombre de 12, et portées par toi (piliers , «tout 21 accouplés et 180 isolés. Sur sept points de la limite, également distants lits uns des autres, la voie s'élargit dans une certaine étendue cl forme autant de places , dont les trois plus vastes sont relies des deux tètes du pont et celle du milieu. Deux conduits latéraux , destinés a apporter à Venise les eaux du Sile, la |>arcoureiil dans toute si longueur. Dans l'intérieur de la maçonnerie on a pratique 48 mines dont l'explosion déterminerait, dans un cas de nécessité, sa destruction immédiate; et en outre chaque place est disposée de façou à pouvoir être changée en forteresse. Ou a employé dans les fondations 75.000 pilots de me 1ère , d'environ 1 mètres de longueur. Il y a 7,000 mètres

cubes de maçonnerie, 30,000 mètres cultes de terre-pleins; 21 millious de briques et tai.ono pieds *

cultes de pierre d'Istrie. La dé|>ense a été de 5,129,703 livres autrichiennes (environ 5 millions de francs). L'ouverture solennelle du chemin eut lieu le 15 janvier 1846. Lé trajet du pont se lit eu huit minutes.

LKS B K AUX- MU S.

Obligés île glaner dans cette immense musée, nous n'indiquerons que les noms et les monuments les plus saillants.

Il y a à Venise beaucoup de sculptures, principalement de celles qui se lient à l'architecture. Mais y a-t-il une sculpture proprement vénitienne? quelques critiques nationaux le prétendent, et cherchent à le prouver en montrant certaines sculptures des xu*, xnr et xivc siècles, attribuées à des maîtres vénitiens, et dans lesquelles ils croient reconnaître un goût et un stv le particuliers. Tout cela est fort contestable. Toutes les œuvres qu'on cite peuvent bien, pour des yeux exercés, et qu'il faut en ceci Supposer très-fins, être quelque peu différentes de celles exécutées à cette époque dans le reste de la haute Italie ; mais ces nuances ne résultent que du genre de talent ou du degré d’habileté de ces artistes primitifs; elles ne sont ni assez fortes, ni assez caractérisées pour constituer une manière dis- • tinctive, une école. Ce qui le prouve , c’est qu'elles n’ont eu aucune action sur la marche ultérieure de la sculpture qui , à Venise, s’est développée par des circonstances et des influences accidentelles et extérieures, et dont les diverses phases ne sont enchaînées par atieun lien de tradition locale. On peut donc affirmer, sans trop de témérité , que la sculpture vénitienne n’a pas un caractère propre et original, qu'elle ne constitue pas une école particulière dans l'art italien. Beaucoup de sculpteurs de grand talent ont vécu , travaillé et laissé à Venise des œuvres très-distinguées , mais presque tout ce qui y a été fait de considérable et d’excellent en ce genre, loin d'être vénitien, à un titre quelconque, pas même, en général, parla nationalité des artistes, porte les marques d'un goût importé, formé sur des modèles et d’après des maîtres étrangers.

Parmi ces sculptures primitives, dont on a exagéré un peu le mérite et surtout l'originalité pour en induire l’existence d'une, véritable école locale , on cite particulièrement le tombeau du doge Vital Falieri, de la fin du xi' siècle, dans Saint-Man', et celui delà dogaresse Félicie, femme du doge Vital Michieli, du xu', ainsi que les monuments de Morosiui et dcGradenigo, qu'on voit auprès des précédents; puis les statues des douze a pût res placées sur la balustrade du chœur île Saint-Marc; figures exécutées en 1394 par des artistes probablement vénitiens, Giacobello et Pielro Paolo. mais élèves de sculpteurs siennois. A la même catégorie appartiennent les ligures de demi-bosse, adossées aux colonnes du maltre-autel de Saint-Mare; l'antique image de la -Vierge, bas-relief aujourd’hui placé sur la porte principale de l’Académie des Beaux-Arts, daté de 1345; les bas-reliefs du tombeau du doge André Damlolo, du même temps, dans le baptistère de Saint-Marc; un bas-relief d’Arduino, daté de 1340, dans le vestibule dos Carmes; et les portes de bronze de l’église ducale, fondues en 1300, avec une habileté qui n’a guère été surpassée depuis, par Maestro üertuccio, orfèvre vénitien, comme ledit l’iiiscription latine.

Mais les produits les plus remarquables et les plus originaux de la sculpture de cette époque, ce sont les chapiteaux des colonnes du palais ducal, qu'on croit de la

IIISTUIIU: DE VENISE.

in. lin de l‘liili|>|H- Lalegdario. Ces chapiteaux , composés de caprice , suivant l'inspiration du dessinateur, sont formés de belles touffes de feuilles du sein desquelles se détachent d'élégantes figurines symboliques [Custilus, Injuiticiu, Alun Uns,

Ibstiiuncia, Avancia, etc.) pleines de vie et de mouvement , et traitées avec une grande délicatesse de ciseau. L'ingénieux architecte du vieux palais des doges était certes bien capable de faire aussi de la sculpture dans une manière dont il n'avait pas autour de lui des modèles; mais scs chapiteaux furent, ainsi que son {valais lui-même, un accident sans influence sensible sur b s travaux contemporains ou postérieurs. Dès cette époque, en eflet, le goût des malin s pisans, qui s’était introduit à Venise depuis près d'un siècle, à la suite et par les exemples de Nicolas de l’ise '. devint dominant et régna sans partage pendant tout le xiv siècle. A ce style toscan appartiennent les statues de la balustrade du chœur de Saint-Marc, déjà indiquées, et qui ont une belle tournure, ainsi que celles des autres balustrades des chapelles latérales. Il y a dans la plupart des anciennes églises une foule de figures et de bas-reliefs évidemment marqués du goût de celte école.

Vers la lin du XV* siècle, l'école toscane, renouvelée par Donalello, possédé Pige a Florence, et de là continue à étendre son influence dans toute l'Italie. Le Padouau André Iticci, qu'on a appelé le Lysippe vénitien, tant il excellu dans les ouvrages de bronze, lit pour le maitr. •-autel de Saint-Antoine, à l’adouc, un candélabre de onze pieds de liant, d'une profusion extraordinaire d'ornements, de figurines et de bas-reliefs d'un excellent travail. Les quatre bas reliefs de bronze, relatifs à l’histoire de sainte Hélène, conservés à l'Académie, des Beaux-Arts, sont aussi de cet habile bronziste *.

Parmi les monuments les plus importants du xv* siècle, figure, en première ligne, le tombeau du doge Nicolas Trono, dans l’église des Frari, élevé et décoré par Antonio Bregnn, l'architecte de la grande façade de la cour du palais ducal et de l'escalier des néants. L'est un véritable édifice |var la grandeur de sa masse ; il est orné de statues et de bas-reliefs. Lés statues , au nombre de dix-neuf et plus grandes que nature, sont remarquables surtout par le hrtiu style des draperies, à plis très-lins comme ceux de beaucoup d'buvrftgcs grecs. L’n autre Bregno Lorenzo , fils ou frère du précédent, se distingua aussi comme sculpteur : la statue de Bcnedetto Pesaro, aux Frari; les (rois ligures, de grandeur naturelle, sur l'autel de sainte Christine, dans l'église S. M. Mater Domini; la statue du condottiere Naldi de Brisigbella, à Sninl-Jenn-ct-Paul, sont de sa main.

1. Nicolas de Pise, le chef de l'école toscane, était & Venise de 1232 à 1251. Il y construisit «leux églises ( les Frari et Sainl-Jean-ot-Paiil ), et y exécuta un assez grand iv mbre de sculptures. La Madone, sur un des pilastres extérieurs de la pone principale de Sainte-Marie des Frari, et plusieurs statuesde la Vierge, fort belles, celle notamment qui est sur l'autel de la chapelle dos Mnsroli, à Saint-Mari', passent pour être de la main de Nicolas ou des élèves et col la Itora leurs qu’il avait amenés avec lui.

2. Le musée des antiques du Louvre |Kis ède un ouvrage de ce malin- : ce sont les huit bas-reliefs en bronze, encadre» dans une |>orte, sous la tribune des caryatides, dans In salle de ce nom. ('es Iws-reliefs faisaient autrefois partie dit mausolée des Torrlani, dans l'église de San-Fermo, à Vérone.

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