LE DIKECTOIRE SUISSE AU GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE VENISE
Berne, 6 avril 1848.
Messieurs ,
Le directoire fédéral a reçu , par l'entremise de son viceconsul, la note que vous avez adressée à la date du 28 du mois passé au président de la confédération suisse , et dans laquelle vous lui donnez connaissance de la constitution d'un gouvernement provisoire pour la république de Venise, en exprimant en même temps l'espoir que les relations d'amitié entre la république de Venise et la Suisse continueront d'exister et se consolideront toujours davantage pour le bonheur des deux nations.
La confédération suisse a toujours revendiqué pour elle le droit de se constituer librement, et elle reconnaît aussi ce principe pour les autres nations. C'est donc avec plaisir que le directoire fédéral vous félicite, messieurs, du rétablissement si prompt et presque sans effusion de sang de l'ordre public et d'un état de droit régulier.
Le directoire fédéral partage avec vous , messieurs , l'espoir que le changement des choses, la renaissance de l'antique république des bords de la mer Adriatique, contribueront à resserrer plus étroitement les liens entre les deux nations , et exerceront une action salutaire particulièrement aussi sous le rapport commercial.
A ces félicitations, le directoire fédéral joint en même temps l'assurance de sa plus parfaite considération.
Les président et conseil d'État du canton de Berne , directoire fédéral, et en leur nom,
Le président,
Signé Ochsenbein ; Le chancelier de la confédération ,
SCH1£FS.
(Reçue le 9 mai.)
Venise, 28 avril 1848.
(Extrait.)
M. Paleocapa, ministre de l'intérieur du gouvernement provisoire , est parti de Venise dans la nuit du 21 pour se rendre au quartier général du roi de Piémont ; il en est revenu le 26, après avoir obtenu de Sa Majesté un ordre pour que les troupes pa])alcs du général Durando, qui sont à la disposition de Sa Majesté, marchent sur Udine pour arrêter le corps du général Nugent , qui marche dans cette direction. J'ajoute la lettre du ministre de la guerre sarde à M. Paleocapa, qui établit que le général Durando a reçu des ordres dans ce but. Une partie des troupes du général, deux mille quatre cents hommes, en partie volontaires, eu partie réguliers, sont déjà arrivés à Trévise, et le général Durando lui-même esta Padoue depuis cet aprèsmidi , il en partira demain matin pour Trévise , avec trois régiments suisses, formant quatre mille deux cents hommes,
douze cents hommes d'infanterie de ligne 'romaine , huit cents de cavalerie, dragons et carabiniers, et douze canons avec deux cents chevaux , ce qui donne en tout huit mille six cents hommes sans rartillerie. On dit que le roi de Piémont ne voulait pas consentir à employer ces troupes dans les provinces venètes, jusqu'à ce qu'il ait reçu du gouvernement provisoire de Venise des assurances satisfaisantes que l'on pourvoirait à leur subsistance , et Ton ajoute que, pour remplir les promesses que M. Paleocapa a dû faire à cet égard, on médite de lever sur les habitants de Venise un impôt forcé. Cependant Udine a cédé au corps du général Nugent, qui, après avoir laissé un corps d'observation devant la forteresse de Palma, qu'occupe le général Zucchi , s'est avancé sans être inquiété jusqu'au Tagliamento , dont les ponts sont détruits. Par les derniers rapports , sur lesquels on peut compter , je crois , le général Nugent aurait réussi à jeter un pont sur le Tagliamento, et s'avancerait sans encombre vers la Piave , derrière laquelle ont battu en retraite les croisés et le corps franc. On m'assure qu'il arrive de nouvelles troupes des États du pape au général Durando.
Le peuple du Frioul a montré peu d'enthousiasme pour la cause de l'insurrection, et, malgré les récits contraires, j'ai des raisons de croire que la présence du corps franc commence à être très-désagréable dans plusieurs parties du pays.
La république vénitienne perd d'heure en heure du terrain dans l'esprit des classes élevées et riches , et on semble généralement admettre que la forme républicaine du gouvernement sera maintenue provisoirement seulement , et jusqu'à ce que les futures destinées du pays soient décidées. De la part des villes de la terre ferme, on exprime chaque jour des sentiments plus hostiles à la reconstitution de la république de Venige. La seule alternative que le peuple semble envisager volontiers est en faveur du roi de Piémont, ou d'un de ses fils, mais il ajoute qu'il sera temps de fixer celte question quand on sera débarrassé des Autrichiens.
On rapporte et on croit ici que quatre vapeurs de guerre napolitains sont en route de Naples à Venise avec quatre mille hommes pour secourir les Vénitiens. On dit que ces steamers ont quitté Naples le 23 ou le 24 courant.
Nous apprenons que l'armée du niaréchal Radeizky maintient ses positions à Peschiera, Vérone, Mantoue et Legnago. J'ai, etc.
Signé Clinton G. Diwkins.
LE CONSOL GÉNÉRAL DAWKINS AD VICOMTE PALMERSTON
(Reçue le 15 mai.)
Venise, 6 mai 1848.
(Extrait).
J'ai riionneur de transmettre à Votre Seigneurie une copie du supplément de la Gazette de Venise d'hier soir, contenant l'annonce datée du 3 courant, d'après le Journal de Trieste, le Lloyd autrichien, du blocus de Venise par une escadre autrichienne.
Je ne sais pas de quoi se compose la force employée par le gouvernement autrichien pour le maintien de ce blocus, mais une barque avec les couleurs autrichiennes est arrivée hier malin 5, avec un chargement de sucre, sans avoir vu l'escadre de blocus , et sans être prévenue de ce blocus. Ce navire est du port de Venise.
Plus tard dans l'après-midi un autre navire de commerce autrichien, portant le pavillon autrichien, est venu s'abriter dans ce port sans avoir été aucunement empêché.
Les steamers napoHtains, dont j'ai parlé dans ma dépêche du 28 du dernier mois, n'ont pas encore paru. On dit que deux frégates et une corvette les accompagnent ; et une personne employée par le gouvernement provisoire est partie de Venise, à bord d'un navire marchand anglais destiné pour l'Angleterre, avec des dépêches pour le commandant de l'expédition napolitaine, dans le cas où il la rencontrerait.
(ÂDDCXe.)