BULLETIN PUBLIÉ PAR LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE VENISE
Venise, 24 mai 1848.
L'escadre autr^ichienne a été aperçue hier devant Trieste, par l'escadre italienne, qui se compose de huit bâtiments sardes, huit napolitains et trois vénitiens. L'escadre italienne a cherché à envelopper l'escadre autrichienne, qui, aidée par les steamers du Lloijd, s'est réfugiée dans Trieste, juste derrière le môle de la Lanterne.
Nos forces navales alliées ont mouillé sur trois lignes. Un parlementaire autrichien est sorti pour demander ce qu'elles avaient l'intention de faire, on lui a demandé la restitution des navires de guerre appartenant à la république de Venise, accordant vingt-quatre heures pour la réponse.
Le steamer napolitain // Carlo III a été envoyé à Venise, et, au moment de son départ, on entendait des coups de canon dans la ville.
24 mai, midi.
Nous avons reçu de Vicence la nouvelle suivante :
Hier soir, le signal d'alarme a été donné à onze heures.
Les Autrichiens, après avoir conduit leurs bagages à Vérone, sont revenus en force sur Vicence.
Le général Durando a immédiatement pris les plus prudentes mesures, et a occupé les meilleures positions.
Depuis quatre heures et demie, hier, jusqu'à neuf heures ce matin, au départ du courrier, un combat acharné a eu lieu, pendant lequel nos troupes ont fait des prodiges de valeur.
Les forces autrichiennes sont postées à Agostino, San-Felice et à la porte San-Bartolommeo. Le principal corps d'armée s'étend dans la direction de la route de Vérone.
Les Autrichiens ont atteint la première barrière du côté de Vérone, et occupé la caserne de San-Felice.
Nos troupes ont enlevé deux canons à l'ennemi. Tous déclarent que nos pertes sont minimes, et celles de l'ennemi considérables.
Le résultat n'est pas encore certain, mais il y a tout lieu d'espérer.
Des fusées et des obus ont été lancés toute la nuit sur Vicence, sans faire beaucoup de dégât. La station temporaire du chemin de fer a été détruite par le canon.
La route de Padoue à Vicence est ouverte, et peut être parcourue pour les affaires générales.
On a fait 154 prisonniers aux Autrichiens, parmi lesquels se trouvent, un major, deux officiers et un docteur ; on les a pris d'un corps romain à Fontania envoyé pour brûler le pont qui n'existe plus ; 104 d'entre eux sont en sûreté à Vicence, les autres seront envoyés à Padoue.
L'armée napolitaine venant de Bologne est déjà en marche. Une grande partie est arrivée à Ferrare le 22 et a passé le Pô. L'ardeur de ces troupes italiennes atteint presque l'enthousiasme.
Le brave général Antonini, qui a perdu son bras droit pour la sainte cause de l'Italie, ne regrette pas son sacrifice, il s'en glorifie. Nous espérons et nous croyons tous que sa vie est hors de danger, que son esprit et son cœur nous rendront encore des services.
Par ordre du gouverneur provisoire.
Signé Zennari, secrétaire.
LE CONSUL GÉNÉRAL DÂWKINS AU VICOMTE PALM£RJ5T0N
(Reçue lé 2 juin.)
Venise, 25 mai 1848.
(Extrait.)
J'ai l'honneur d'adresser à Votre Seigneurie la copie d'une note que j'ai envoyée le 20 courant à M. Manin, président du gouvernement provisoire, pour appeler son attention sur la situation de deux personnes, le maréchal Bianchi, et la fille du général Nugent, sujets autrichiens retenus en otage dans la ville de Trévise.
Ces deux personnes onl élé arrêtées il y a quelque temps : le maréchal Bianchi, qui s'est depuis longtemps retiré du service, pendant qu'il vivait près de Trévise, dans sa propriété ; la fille du général Nugent, dont le mari est dans l'armée d'Autriche, tandis qu'elle se rendait en Allemagne avec son enfant.
Le sort des trois individus massacrés par la populace de Trévise , comme j'en ai rendu compte à Votre Seigneurie dans ma dépêche du 17 courant, et les menaces, que l'on sait avoir été proférées, sur l'intention de mettre à mort la fille du général Nugent, dans le cas où le général persisterait dans son entreprise de prendre Trévise, m'ont fait penser qu'il était de mon devoir d'adresser cette note à M. Manin, conformément aux instructions de Votre Seigneurie du 5 du mois dernier.
Je joins une copie de la traduction de la réponse que j'ai reçue de M. Manin et du gouvernement provisoire.
(Annexe n»l.)
LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS A M. MANIN
Venise, 20 mal 1848.
Monsieur,
C'est avec un regret sincère que j'ai lu dans la Gazette de Venise, publiée hier soir, gazette qui se dit l'organe officiel de la république de Venise, le Bulletin de la guerre, daté de Trévise le 18 mai et signé Manaresi, sous-lieutenant, directeur du Bulletin officiel, dans lequel se trouve le paragraphe suivant : Noi teniamo in ostaggio il vecchio Maresciallo Bianchi, e la figlia del générale Nugent.
J'ai lu ce paragraphe, monsieur, non-seulement avec un sentiment de regret, mais encore avec un sentiment d'horreur, à cause des atrocités commises il y a peu de jours à Trévise sur trois prisonniers qui ont été cruellement massacrés par la populace, sans autre cause, à ce qu'il paraît, que parce qu'ils ont servi un prince autrichien ; et quoique ceci soit incroyable, l'affaire a été racontée, dans une lettre que cite un journal de la Lombardie, comme une punition méritée.
Le sort des trois personnes susmentionnées, et Tesprit avec lequel on a considéré le traitement qu'ils ont subi, font que je m'empresse de vous apprendre la situation faile au maréchal Bianchi et à la fille du général Nugent,et j'ai l'honneur de vous informer que j'ai reçu du gouvernement de la reine, ma souveraine, une dépêche qui m'ordonne de représenter aux autorités établies à Venise, quel tort serait fait à leur cause et au caractère de leur nation, si on agissait cruellement ou avec précipitation, envers un sujet autrichien quelconque qui serait pris par les Vénitiens pendant l'accomplissement de ses devoirs envers son souverain ; on me recommande en outre de faire remarquer plus fortement encore, que dans toutes les guerres on montre le plus grand respect, et on accorde la plus grande protection possibles, aux femmes et aux enfants que la chance des événements fait tomber au pouvoir des ennemis de leurs maris, de leurs pères, de leurs frères ou de leurs fils.
On me charge d'ajouter, monsieur, que le gouvernement de Sa Majesté britannique ne peut pas croire que sous ce rapport, ni sous aucun autre, les Vénitiens se montreront moins généreux que les peuples des autres parties de l'Europe ont coutume de l'être ; et je ne peux pas douter un instant, monsieur, que vous rendrez justice à l'esprit de ces observations, et que vous ne perdrez pas de temps à faire donner les ordres nécessaires pour qu'il soit pourvu à la sûreté des personnes que j'ai nommées et de celles qui pourraient se trouver dans une situation semblable, en leur faisant immédiatement quitter un endroit où il y a trop de raisons de craindre que leur existence ne soit pas garantie, et d'empêcher ainsi que Venise n'encoure le reproche d'avoir agi d'une manière indigne d'une nation civilisée. J'ai, etc.
Signé Clinton G. Dawkins.
(Annexe n° 2.)