M. MANIN AU CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS
Venise, 20 mai 1848.
Monsieur le consul général,
Vous pouvez être bien persuadé que nous partageons complètement les sentiments exprimés par votre lettre, et nous croyons que pendant la courte période d'existence de notre autorité, nous avons donné des preuves, non-seulement de respect, mais encore de générosité, envers un ennemi qui nous a fait tant de mal, et dont les cruautés augmentent tous les jours.
Les atrocités qu'il a commises dansleFrioul et dans les provinces de Trévise, particulièrement sur les personnes âgées, les femmes, les enfants, ne justifieraient pas cependant des actes semblables de notre part. Et nous espérons, monsieur, que comme vous avez exprimé votre horreur et vos regrets sur le sort des trois prisonniers de Trévise, de même les représentants des puissances de l'Europe et leurs gouvernements, surtout le gouvernement britannique, exprimeront les sentiments d'indignation que doit exciter dans tout esprit honnête, la guerre barbare que poursuit l'Autriche contrairement à toutes les coutumes des peuples civilisés.
Quant au maréchal Blanchi et à la fille du général Nugent, on prendra des mesures plus effectives pour assurer leur sécurité personnelle.
Si l'on avait pu connaître d'une manière certaine les individus qui dans une populace excitée ont commis le meurtre des trois prisonniers (non-seulement coupables, comme vous le dites, monsieur, d'avoir servi l'Autriche, mais d'avoir reçu des lettres de l'ennemi, sans autre but que celui de le favoriser, au détriment de leur pays) ils auraient reçu, de la main des autorités militaires, qui seules ont maintenant droit de juridiction à Trévise, le châtiment qu'ils méritaient.
Nous vous remercions, monsieur, de votre humanité, et nous vous prions de vouloir bien étendre son influence sur toutes
les familles italiennes afïligées et détruites par une guerre injuste.
Par le gouvernement provisoire de la république de Venise. Skjné Manin, président ;
TOMMASEO
Le secrétaire, J. Zennari.
LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON
(Reçue le 12 juin.)
Venise, 4 juin 1848.
(Extrait.)
Je transmets à Votre Seigneurie la copie d'une lettre datée du 31 du mois dernier, adressée au gouvernement provisoire de la république de Venise, par les députés des comités départementaux de Padoue, Vicence, Rovigo et Trévise, dans laquelle, après avoir expliqué les raisons qui ont décidé le gouvernement provisoire de la Lombardie , à hâter la déclaration de la fusion immédiate des provinces lombardes avec le Piémont , ils ajoutent que les provinces qu'ils représentent ont jugé à propos de suivre la même voie, en ouvrant des registres pour l'inscription des voles, et elles engagent le gouvernement provisoire de Venise à suivre cet exemple sans délai, menaçant, sans cela, de se séparer complètement de Venise, et d'établir un nouveau centre de gouvernement dans les provinces vénitiennes de terre ferme.
Les députés demandent une réponse à ces sommations dans le délai de trois jours, à l'expiration desquels les députés choisis par les comités des quatre provinces partiront pour Milan.
Le gouvernement provisoire de Venise a répondu par une lettre datée du 2 du courant, dont je vous envoie aussi la traduction, où il dit qu'il s'est décidé à en appeler au peuple, par une assemblée de représentants qui sera convoquée le 18 du courant, et que, pendant ce temps, l'envoyé de Venise
au gouverneniciit provisoire de la Lombardic aura des instru > lions pour représenter les intérêts de Venise suivant le besoin des occasions , dans les délibérations qui vont avoir lieu.
Deux décrets ont ensuite été publiés par le gouvernement provisoire le 3 de ce mois; l'un annonce la convocation d'une assemblée pour délibérer :
A. Si la question relative à la condition politique du pays sera décidée de suite ou à la fin de la guerre ;
B. Si dans le cas où l'on conviendrait d'une décision immédiate, il serait bon de former un État indépendant ou de s'unir au Piémont ;
C. Si les membres du gouvernement provisoire actuel seront changés ou confirmés.
L'autre décretindiquelesqualificationsélectoralesquidonnent le droit d'électeur à toutes les personnes âgées de vingt-un ans, et le droit d'être élues à toutes celles qui ont vingt-cinq ans. Les électeurs ne peuvent exercer leurs droits que dnns la paroisse de leur résidence , et les députés seront choisis dans les différentes paroisses en proportion d'un député pour deux mille habitants.
Il n'est pas douteux que la majorité des habitants de Venise ne soit très-favorable à la jonction avec le Piémont. Aussi diton que M. Manin est le seul des membres du gouvernement provisoire existant qui soit désireux de voir la continuation de la république, réduite aux dimensions urbaines.
La capitulation de Peschiera et les succès du roi de Piémont, tels que le bruit en court ici, contribueront sans doute beau coup à la puissance de ses adhérents à Venise , qui paraissent pleins de confiance dans la réussite de leur cause.
Les derniers récits de Vienne rendent plus que douteux de dire si l'Autriche peut continuer la guerre dans les provinces lombardo-véniiienncs ; mais, cependant, le maréchal Radetzky a encore do grandes forces à sa disposition, et nous entendons parler de Tarrivée non interrompue de troupes qui traversent le Frioul et se concentrent en masse sur la Piave.
LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON
(Reçue le 22 juin.)
Venise, 12 juin 1848.
(Extrait.)
J'ai l'honneur d'ajouter un bulletin publié cet après-midi , annonçant que Vicence a capitulé entre les mains des Autrichiens.
Il parait que le maréchal Radetzky, en personne, avait quitté Vérone depuis quelques jours , dans le but apparentde livrer bataille aux Piémontais, qu'il s'est soudainement retiré à travers Mantoueet Legnago , traversant le Mincio et l'Adige, cl s'est avancé par une marche forcée de Legnago à Padoue.
Après avoir fait reposer ses troupes, qui sont, dit-on, do quinze mille hommes, y compris une artillerie considérable, le maréchal Radetzky a marché sur Vicence et a forcé le général Durando qui y commandait à un corps de quatre à cinq mille Suisses et à quelques troupes papales régulières d'infanterie tt de cavalerie à capituler.
Les Autrichiens sont maintenant maîtres de la tête des chemins de fer de Vicence, et il semble que rien ne les empêche d'arriver à chaque instant au bord des Lagunes. On ne croit [)as que Padoue résiste ; cette ville ni Trévise ne possèdent de troupes régulières; il n'y a en garnison que des corps francs cl de la garde civique.
On dit que les Autrichiens ont reçu des renforts considérables du Tyrol et du Frioul.
(Annexe.)
BULLETIN DU GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE VENISE SUR LA CAPITULATION DE VICENCE.
Venise, 12 juin 1848, dix heures du matin.
' Ce matin , le comité départemental de Padoue a publié la notice suivante :
Comité départemental provisoire de Padoue.
Padoue, 12 juin 1848, une heure du matin. Citoyens ,
Vicence a capitulé après une défense valeureuse.
Les événements de la guerre ne se prévoient pas facilement. Vicence a résisté cinq jours.
L'honneur de l'Italie, celui de cette ville elle-même, dépendent de votre courage, de la défense que vous allez faire.
L'ennemi peut nous attaquer d'un moment à l'autre; vous devez lui résister sur les murailles , depuis longtemps bien fortifiées : de la détermination !
Le comité compte sur vous pour les mesures qu'il a adoptées; il est dévoué à votre volonté et repose avec sécurité sur la valeur du colonel Bartolucci, qui déclare ne pas vouloir céder tant qu'il aura des moyens de défense. Le comité :
Meneghini , Gridenigo ,
Leoni , Cavalli ,
COTTA , GrITTI ,
Lambelli, Magarotte, vice-secrét.
Vénitiens î quels que soient les futurs événements de la guerre , la mer est à nous ; notre ville et nos lagunes sont suffisamment fortifiées, et sont, comme vous le savez, imprenables; mais il est indispensable d'avoir de la fermeté d'esprit, de la confiance, delà concorde, de l'ordre et delà tranquillité. Le président: Manin.
TOMMASEO
J. Zennari, secrélairc.
LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON
(Reçue le 23 juin.)
Venise, 14 juin 1848.
Milord ,
Je transmets à Votre Seigneurie la copie imprimée d'une notice affichée hier sur les murs de la ville , invitant ceux des habitants de Venise, qui sont d'avis de demander du secours à la répubhque française, à inscrire leurs noms sur des registres ouverts dans ce but.
L'assemblée, qui devait se réunir le 18 de ce mois, pour décider sur l'à-propos d'une déclaration éventuelle sur les destinées politiques du pays , a été prorogée. J'ai , etc.
Signé Clinton G. Dawkins.
P. S. Le général Pepe , avec la partie des troupes napolitaines , qui a refusé d'obéir à l'ordre de retourner à Naples , et s'élevanl, dit-on, à peu près à trois mille hommes, est arrivé
hier ici.
(Annexe.)