‹ Histoire de la république de Venise sous Manin (volume 2)Chapitre 37 sur 60 · PROCLAMATION DES COMMISSAIRES SARDES A VENISE · texte numérisé non relu

PROCLAMATION DES COMMISSAIRES SARDES A VENISE

Les commissaires extraordinaires du roi Charles- Albert dans la ville et la province de Venise.

Compatriotes !

Le roi Charles-Albert, appelé par votre vote, vous accepte et vous proclame partie élue de la grande famille régénérée.

Vénitiens î le roi connaît, aime et admire le peuple généreux qui , dans un temps de servitude universelle , a dressé le premier dans ces lagunes , un autel à la liberté ; qui , s'élevant à la puissance de seigneur et maître des mers, a sauvé l'Italie plusieurs fois menacée par les barbares ; qui a donné un asile hospitalier et splendide qui brille dans l'histoire à l'égal des nations les plus célèbres, et qui, enfin, dans ce grand mouvement de l'Italie soulevée , s'est montré digne de ses illustres ancêtres, en regagnant vite et ferme son indépendance.

Le roi vous connaît et vous aime, et en vous recevant parmi SOS enfants, il sent quelle force et quelle splendeur sont ajoutées à l'union italienne, seule ancre de salut qui puisse nous assurer contre la force numérique des phalanges ennemies.

Vénitiens ! Charles-Albert était prêt à verser pour vous, son sang et le sang des princes ses tils avant qu'aucun signe n'ait paru de votre magnanime conception de vous unir à la monarchie constitutionnelle qu'il a fondée dans l'Italie supérieure. Imaginez-vous avec quel plaisir il vous regarde, maintenant que se confondent, sur l'étendard de Tindépendance italienne, la croix de Savoie et le glorieux lion de Saint-Marc.

Vénitiens ! la nationalité ne se rétablit pas facilement, et une fois rétablie, ou ne la conserve pas sans des épreuves difficiles, sans dangers, sans sacrifices. Quiconque aime la liberté, quiconque aime sa patrie, doit être prêt à affronter tous les dangers, afin de vivre libre et de voir sa patrie indépendante. Quiconque calcule la grandeur du sacrifice nécessaire n'est ni citoyen, ni bon Italien.

Grâce à votre valeur, vous êtes libres maintenant. Personne ne pourra vous arracher ce bien suprême si vous continuez à unir à l'amour de l'ordre, l'observation des lois et de la discipline sans lesquelles périt la liberté. Et nous, honorés par la mission élevée et difficile de diriger, au nom du gouvernement, cette merveilleuse cité et son peuple généreux, plaçant notre foi dans la coopération et l'assistance des hommes de bien, nous invoquons cette concurrence qui a permis au gouvernement provisoire de conduire à bien la tâche ardue dont l'avait honoré la confiance de ses concitoyens ; nous invoquons surtout la coopération de cette excellente milice citoyenne, qui s'est déjà signalée par tant d'exemples , et qui a toujours montré son dévouement à la cause nationale.

Frères ! dirigeons nos efforts unis vers le bien général ! Rappelons-nous que Venise est invincible tant que l'ordre et l'harmonie y seront maintenus, et crions:

Vive saint Marc! Vive Charles-Albert î Vive Tltalie !

COLLI, CiBRÀRIO,

Castelli.

Venise, 7 août 1848.

— IWJ —

(Annexe n° 3.)

LES COMMISSAIRES ROYAUX EXTRAORDINAIRES DE LA PROVINCE ET DE LA VILLE DE VENISE.

Les commissaires royaux extraordinaires de la province et de la ville de Venise ;

Vu l'article 2 de la loi du 17 juillet dernier, qui proclame l'union actuelle de Venise au Royaume de l'Italie supérieure sur les bases de l'union de la Lombardie, et la loi qui pourvoit au gouvernement temporaire de la Lombardie,

Décrètent :

1. La ville et la province de Venise seront gouvernées par les règles suivantes, jusqu'à l'ouverture du parlement général qui succédera à l'assemblée constituante.

2. La liberté de la presse, le droit de réunion et la garde nationale sont garantis et conservés au peuple vénitien , dans la forme et l'étendue existantes.

3. Le pouvoir exécutif sera exercé par le roi, par l'intermédiaire d'un ministère responsable envers la nation qui sera représentée par un parlement.

4. Les actes publics seront publiés au nom de Sa Majesté le roi Charles-Albert.

5. Les lois et règlements actuels sont maintenus en vigueur, ainsi que ceux qui étaient établis avant la dernière occupation de l'étranger.

6. Le gouvernement du roi n'aura pas le pouvoir de conclure les traités politiques ou commerciaux, de créer de nouvelles lois, ni de modifier celles qui existent, sans se concerter dans ce but avec la consulte spéciale composée des membres du gouvernement provisoire actuel.

7. Les bases du protocole du 13 juin dernier, concernant la loi électorale pour la Constituante, seront maintenues dans la ville et dans la province de Venise, comme dans les provinces lombardes et venètes.

COLLI, CiBIlARIO,

Castelli.

Venise, 7 août 18 i 8.

LE CONSUL GENERAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON

(Reçue le 24 août.)

Venise , 4 août 1848.

Milord,

Les troupes napolitaines régulières, qui sont venues ici avec le général Pepe, témoignent depuis quelque temps le désir de retourner à Naples, et plusieurs soldats disent ouvertement qu'on les a trompés quant au but de leur envoi.

Il y a quelques jours que ces troupes expriment leur détermination de ne pas combattre plus longtemps pour la cause du roi Charles-Albert, et demandent à être renvoyées dans leur^ patrie ; et le gouvernement a jugé prudent de satisfaire à cette demande.

Sept cents de ces hommes se sont embarqués hier pour Naples. 11 y en a encore ici de quatre à cinq cents, principalement de l'artillerie et du train, avec leurs canons et leurs chevaux, mais on prend aussi des mesures pour les embarquer promptement.

Il ne restera donc des forces napolitaines arrivées à Venise que les volontaires, qui sont très-peu nombreux, et quelques réguliers qui ne désirent pas retourner à Naples.

On m'apprend qu'une partie des soldats romains ont aussi

exprimé le désir de rentrer dans leur patrie, et qu'on prend

des mesures pour pourvoir à leur départ.

J'ai, etc.

SignéCimw^G. DiWKms.

LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS AU VICOMTE PALMERSTON

(Reçue le 25 août.)

Venise, 13 août 1848.

Milord,

L'escadre sarde est arrivée hier devant ce port, oii elle est maintenant mouillée. On supposait que cette escadre venait dans le but d'embarquer les troupes piémontaises qui, d'après la convention passée entre le roi Charles-Albert et le maréchal Radetzki, devaient se retirer. Mais l'amiral sarde Albini a publié une lettre dans laquelle il établit que n'ayant pas reçu jusqu'à ce jour d'ordres de son gouvernement pour se retirer de ces eaux , il continuera, jusqu'à ce qu'il ait reçu des ordres, à agir pour la défense de Venise et à partager avec elle les périls de la guerre.

J'ai, etc.

Signé Clinton G. Dawkins.

(Reçue le 25 août.)

Venise, 13 août 1848.

Milord,

L'assemblée nationale de la province et de la ville de Venise s'est réunie au palais ducal et a offert à M. Manin de le confirmer dans le poste de dictateur qu'il occupe depuis le 11 au soir.

M. Manin a refusé cette offre ; mais il a dit que si l'assemblée voulait lui donner deux autres collègues; pour l'aider dans les détails militaires et autres, qu'il ignore, il accepterait le

poste; ajoutant toutefois cette condition , que l'assemblée s'engagerait à soutenir les mesures qu'il croirait nécessaire d'adopter.

Ceci a été agréé, et un gouvernement provisoire, compos* de M. Manin, de l'amiral Graziani, commandant en chef de Is marine vénitienne, et de M. Cavedalis, qui était ministre de la' guerre du dernier gouvernement provisoire, a été nommé. J'ai, etc.

Signé Climon G. Dawkins.

Page 1