‹ Histoire de la république de Venise sous Manin (volume 2)Chapitre 50 sur 60 · A SON EXCELLENCE LE LIEUTENANT-MARECHAL DE WELDEN, A TRÉVISE · texte numérisé non relu

A SON EXCELLENCE LE LIEUTENANT-MARECHAL DE WELDEN, A TRÉVISE

Excellence ,

En ce moment je ne fais plus partie du gouvernement. C'est le nouveau gouvernement qui répondra officiellement à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire et que j'ai reçue le 4 courant. J'y réponds pour ma part comme simple citoyen.

Votre Excellence observe avec raison que ni royaumes ni républiques ne peuvent durer quand ils ne respectent pas la juslice et ne se comportent pas dignement ; mais je m'assure que l'histoire, même auprès de la généreuse nation allemande , reconnaîtra que le gouvernement provisoire de la république venète a été juste et loyal envers ses amis comme envers ses ennemis.

La capitulation faite à Venise a été de notre part ponctuellement observée. Prévoyant le danger auquel s'exposait le lieutenant-maréchal Zichy en retournant dans sa pafrie, nous lui offrîmes l'hospitalité. Il refusa ; on le laissa partir.

Un grand nombre d'Allemands se trouvaient dans celte ville; quelques-uns fort mal vus du peuple à cause de leur conduite passée ; plusieurs avaient été mes ennemis personnels et mes persécuteurs. Tous furent protégés par le gouvernement. On délivra des passeports à ceux qui voulurent partir; ceux qui voulaient demeurer restèrent, et dans ce nombre beaucoup d'employés qui presque tous conservèrent emploi et traitement. C'est ainsi que se conduisit le gouvernement, bien que le peuple parût vouloir qu'il en fût autrement. Mais le peuple,

vaincu par l'énergie et persuadé par les raisons du gouvernement , finit par l'approuver.

S. E. le lieutenant-maréchal Martini est prisonnier de guerre. La prise de Tarseual est une action militaire grâce à laquelle il fut obligé de se rendre à la garde civique conduite par moi. On a eu soin qu'il fût traité avec tous les égards dus à son rang, dans la mesure des précautions de sûreté indispensables.

S. E. le lieutenant-maréchal Ludolph et les autres officiers appartenant à son corps, furent envoyés à Venise comme prisonniers par le comité départemental de Trévise, qui affirmait que la capitulation avait été violée.

L'occupation de cette ville parles troupes autrichiennes, empêcha le gouvernement de pouvoir vérifier la justice de cette mesure. S'il était prouvé qu'elle a été injuste, le gouvernement n'hésiterait pas à faire son devoir.

Votre Excellence annonce que Sa Majesté impériale a fait mettre en liberté les otages italiens. C'est une heureuse nouvelle dont nous attendons les effets, notamment pour ces vingtquatre officiers et environ quatre-vingts soldats de la marine vénitienne qui avaient reçu leur congé avec la permission de retourner dans leur patrie, mais qui ensuite furent envoyés comme prisonniers à Laybach, et de là transférés dans d'autres villes autrichiennes.

Il est bien désirable que la guerre soit conduite d'une manière digne des nations civihsées, et que dans ce but on s'épargne certaines atrocités que divulgue le bruit public, peut-être en les exagérant. Ces actes ne sont d'aucune utilité pour les opérations militaires; ils exaspèrent les âmes et provoquent des représailles.

Et puisque je parle de justice et d'humanité, je ne puis me dispenser de rappeler que le comte de Créneville fut chargé par Votre Excellence d'annoncer formellement qu'en exécution de l'article vu de la capitulation de Palmanova, les croisés vénitiens qui se trouvaient dans cette place, devaient être conduits le 30 juin aux avant-postes de Malghera. Mais au lieu de cela, le bruit court qu'ils ont été conduits à Ferrare, et pendant la route, maltraités parleur escorte.

Lorsque les préceptes sacrés de la justice seront suivis par toutes les nations , et les nationalités partout respectées, tous les peuples deviendront frères. Le noble cœur de Votre Excel-

lence doit concourir à hâter cet heureux avenir; et c'est avec un profond contentement que la nation italienne tendra une main fraternelle à la magnanime nation allemande.

Je prie Votre Excellence d'agréer les assurances de mon estime et de ma considération distinguée.

Daniel Manin.

Venise, 7 juillet 1848.

Monsieur,

Les sentiments qu'exprime la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 7 courant me font regretter que les lagunes nous séparent; mais j'ai sujet de me réjouir infiniment de ne m'être pas trompé dans l'opinion que j'avais conçue de votre personne, et de trouver aussi dans l'homme sévère de la loi et de la justice, le noble sentiment de l'humanité.

Des discussions ultérieures sur les causes et sur les effets ne peuvent avoir lieu entre nous, tant que nous serons hostilement placés vis-à-vis l'un de l'autre. 11 doit nous suffire de déplorer tous les deux une guerre dévastatrice , en la considérant de même que le déluge , comme un châtiment de notre folie envoyé parla Providence, et auquel nous ne pouvons opposer que la patience et le courage. Peut-être la raison reviendra; ce ne sera pas, du moins je l'espère, en suivant les errements du passé, mais bien ceux que réclame le temps présent. Alors je m'estimerais bien heureux de pouvoir me rencontrer fraternellement avec une intelligence aussi éminente que la vôtre.

J'ajouterai encore un mot relativement à l'art, vu de la capitulation de Palmanova , concernant les croisés vénitiens. Cet article établit qu'ils seraient dirigés sur Venise sans fixer la route ni le temps ; j'ai choisi ce qui m'a paru convenable pour notre sûreté et pour la leur, et je ne puis admettre qu'ils aient été maltraités.

Agréez les assurances de mon estime et de ma considération distinguée.

Signé Welden, lieutenant-maréchal.

Padoue, 11 juillet 1848.

A l'Excellent seigneur Daniel Manin, citoyen de Venise.

LÉGATION DE LA HÉPUBLIQUE FRANÇAISE A TlIRllV.

Turin, le 28 aoiK 1848.

Messieurs ,

J'ai reçu la demande que vous m'avez fait Thonneur de m'adresser, à l'effet d'obtenir que Venise fût comprise dans l'armistice jusqu'à l'exécution de la négociation à intervenir.

Il m'eût été bien agréable, messieurs, de répondre à la demande d'une manière favorable; mais la part qui avait été assignée aux plénipotentiaires français et anglais résidant à Turin, était déjà accomplie lors de mon arrivée dans cette ville, et il ne m'appartient pas d'y rien changer. L'armistice a été regardé par eux comme un fait accompli, et ils l'ont dû accepter comme tel , pour ne pas compromettre, par une négociation piéliniinaire qui eût eu pour base de la changer, la négociation relative à la paix. Ils seraient sans pouvoir aujourd'hui pour revenir sur ces faits.

Je regrette vivement que ces circonstances me privent de la satisfaction que j'aurais eue de contribuer à interrompre les hoslihtés qui menacent la ville de Venise, et de servir ainsi les intérêts d'un peuple aussi digne de la sympathie de la république française. Mais je me suis empressé d'envoyer à mon gouvernement votre demande en l'appuyant vivement. Je n'avais pas attendu jusqu'à ce jour pour réclamer ses bons offices en faveur de la ville de Venise, et déjà j'avais envoyé au ministre des affaires étrangères de la république une note de votre compatriote M. Paleocapa, contenant la même demande , en l'appuyant avec tout l'intérêt qu'elle méritait.

Recevez, messieurs, l'assurance de ma haute considération.

Signé Boislecomte.

Messieurs les membres du gouvernement provisoire de Venise.

Turin, ce 27 août 1848.

Excellences ,

Je m'empresse 'd'accuser réception aujourd'hui même de la dépêche que Vos Excellences m'ont fait Thonneur de m'adresser, en date du 21 courant , et qui m'a été remise par le sieur Mondo, courrier de Vos Excellences.

L'armistice du 9 août, conclu à Milan entre le général Salasco et le général de Hess, ayant été accepté parles deux gouvernements médiateurs comme un fait accompli ( car l'armistice avait déjà reçu un commencement d'exécution avant même que Toffre de la médiation commune de l'Angleterre et de la France eût été faite au gouvernement de S. M. le roi Charles-Albert), c'est avec le plus vif regret que je dois témoigner à Vos Excellences l'impossibilité dans laquelle je me trouve de céder aux désirs exprimés par la dépêche de Vos Excellences, en faisant une démarche qui pourrait avoir l'effet d'élablir une différence dans l'application de Tarmistice entre Venise et le reste du territoire évacué.

Je me hâte pourtant d'assurer Vos Excellences que je ne manquerai pas de porter immédiatement à la connaissance de ma cour copie de la dépêche de Vos Excellences ; et je m'empresserai, dès que je recevrai la réponse de mon gouvernement, d'agir selon les instructions qui m'y seront données.

Veuillez bien , Excellences , agréer l'assurance de mes sentiments distingués et de ma plus haute considération.

Signé R. Abercromby.

A Leurs Excellences Messieurs les membres du gouvernement provisoire de Venise.

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