‹ Histoire de la république de Venise sous Manin (volume 2)Chapitre 52 sur 60 · DÉPÊCHE DU GOUVERNEMENT VÉNITIEN AU GOUVERNEMENT PIÉMONTAIS · texte numérisé non relu

DÉPÊCHE DU GOUVERNEMENT VÉNITIEN AU GOUVERNEMENT PIÉMONTAIS

Excellence ,

Les villes de Vicence et de Padoue rentrées sous la domination autrichienne, les deux autres villes de l'État vénitien qii'un pareil sort menace, la défection de l'armée napolitaine, la dissolution du corps pontifical , l'augmentation des forces de Tennemi devenu plus hardi et communiquant librement avec les points d'où lui arrivent les renforts , toutes ces causes imposent à notre gouvernement provisoire le devoir sacré de donner, autant qu'il dépend de lui, satisfaction aux demandes instantes et continuelles des populations. En se rappelant les actes et les promesses solennelles faites par Sa Majesté le roi de Sardaigne à l'Italie , ces populations désirent avec anxiété savoir quels moyens ont été pris par le roi Charles-Albert, dans sa haute sagesse, pour assurer leur salut et leur rédemption, au milieu des grandes vicissitudes de cette guerre, et en présence des préparatifs d'une lutte si obstinée.

Nous devons une réponse non-seulement au pays de Cadore, et à toutes les autres parties du territoire vénitien où l'on combat maintenant, nous la devons au pays tout entier qui nous demande avec inquiétude si le Piémont est en mesure de porter un secours prompt et efficace aux misères communes, s'il peut maintenant suffire à soutenir une guerre si formidable. Tout le peuple delà Vénélie attend cette réponse avec anxiété. Plein des souvenirs d'une immense infortune, et, voyant l'invasion autrichienne s'avancer sans obstacle des bords de l'Adige jusqu'ici, il ne peut se défendre de l'effroi que lui cause un bruit sinistre qu'un écho invisible semble multiplier avec malignité. Il s'agit d'un acte tellement abominable et impossible que nous nous ferions un crime d'en admettre la supposition.

Pour ranimer la confiance du pays vénitien , pour consoler ceux qui sont retombés dans la servitude, pour maintenir ferme le courage de ceux qui combattent pour la cause de l'indépendance italienne , il suffit , Excellence , d'une nouvelle parole solennelle qui vienne du Champion qu'elle a acclamé. Venise , dans fca défense du côté de la mer, assistée par la flotte royale,

fera tout son possible pour résister à l'ennemi ; elle qui a fait tout son possible pour maintenir libres les provinces en leur envoyant des hommes , de l'argent et des armes qui , tombés maintenant aux mains des Autrichiens, sont aujourd'hui tournés contre elle.

Venise attend avec confiance , par l'intermédiaire de Votre Excellence, cette rassurante parole à laquelle répondront avec joie toutes les âmes généreuses , et les bénédictions de toute ritalie assurée dès lors de se suffire à elle-même.

Venise, 13 juin 1848.

Pour le gouvernement provisoire de la république venète.

Le président , Manin.

Le secrétaire , Zennari.

A Son Excellence M. le comte Franzini , ministre de la guerre et de la marine de Sa Majesté le roi de Sardaigne.

CIRCULAIRE DU GOUVERNEMENT VÉNITIEN AUX GOUVERNEMENTS DE ROME, DE TOSCANE ET DE SICILE.

Excellence ,

Ce n'est certainement ni la valeur , ni la bonne volonté qui ont manqué à ces braves Italiens qui , de tous les points de la péninsule, accoururent dans nos provinces pour y laisser une trace d'amour et d'honneur. Vicence, Trévise et Palmanova, Osopo et le pays de Cadore, peuvent dire ce que valent ces peuples déshabitués depuis si longtemps du métier des armes. Mais les événements de la guerre ont conduit les choses à tel point que ce qui était d'abord facile et certain devient maintenant de plus en plus difficile et incertain. C'est pourquoi nous avons cru de notre devoir d'écrire à Sa Majesté le roi Charles-Albert pour lui représenter que les villes de l'État vénitien retombées ou prêtes à retomber sous le joug de l'Autriche , la défection

de l'armée napolitaine, la dissolution des troupes pontificales et enfin l'augmentation des forces ennemies imposaient au gouvernement provisoire de la république venète l'obligation de satisfaire autant qu'il est en lui aux demandes pressantes des populations qui se rappellent les hautes promesses faites par le roi de Sardaigne; ces populations désirent avec anxiété savoir si le Piémont est en état de porter un secours prompt et efficace aux misères communes, et s'il peut maintenant suffire à soutenir une guerre si formidable. Nous adressons les mêmes demandes et urgentes prières aux autres États de l'Italie , car maintenant il s'agit de la cause italienne tout entière. Si les princes et les peuples étaient d'accord pour le vouloir, il est certain que l'Italie pourrait se suffire à elle-même; et nous, quand bien même nous devrions encore voir nos cités devenir la proie de l'Autriche , rassurés par les promesses solennelles de toute l'Italie , nous attendrions avec confiance la délivrance future. Ainsi, nous appelons les peuples italiens comme arbitres de nos destinées et de l'honneur de tous , et nous demandons à chacun de leurs gouvernements s'ils croient qu'il soit possible que l'Italie se suffise maintenant à elle-même. Bien des gens de la Vénétie pressent notre gouvernement d'appeler le secours étranger à d'honorables conditions. Mais nous qui voyons le danger de satisfaire comme de ne pas satisfaire à ce désir , et qui d'ailleurs ne voulons pas décider, de ce coin de l'Italie, une question qui intéresse toute la commune patrie , nous venons demander à chacun des États de la péninsule une réponse claire et prompte : claire , car le temps des ambiguïtés est passé; prompte, car la nécessité nous presse. Et nous répétons qu'il ne s'agit pas seulement des provinces vénitiennes, mais, peut-être des destinées du pays tout entier pour de bien longues années.

Venise, le 14 juin 1848.

Pour le gouvernement provisoire de la république venète. Le président ,

Signé Manin. Signé Tommaseo.

Le secrétaire.

Signé Zennart.

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