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Histoire de la république de Venise sous Manin

Nous dédions le travail qui suit à la mémoire des Vénitiens morts en combattant pour l'indépendance nationale. Si ce livre, dont ils sont les inspirateurs et les héros, obtient quelque accueil, c'est à eux seuls que nous en reporterons le mérite, ne voulant garder pour nous que la satisfaction d'avoir accompli un devoir en faisant connaître aux esprits impartiaux une révolution aussi sacrée dans son principe que pure dans son accomplissement. Avant nous déjà, le digne archevêque de Paris l'a spontanément reconnu lorsque naguère il élevait la voix en faveur de Venise, « dont nous considérons, a-t-il dit, la cause comme si juste et si sainte. »

Bien que la Providence n'ait pas jusqu'ici réalisé les généreuses espérances de ce noble prélat, il faut reconnaître que, par l'importance de sa pieuse démonstration , il a bien mérité de l'Italie. L'Italie n'oubliera jamais que parlant au nom des intérêts de la France, de sa gloire et de sa dignité, monseigneur Sibour conjurait le gouvernement de son pays de venir en aide à un peuple héroïque et malheureux, « afin d'acquérir, ajoutait-il, des titres impérissables à la reconnaissance de tous ceux qui aiment la justice et haïssent l'iniquité.»

Que ceux-là donc au moins accueillent avec indulgence le narrateur obscur de cette histoire imparfaite de la république de Venise. Dans les temps d'abaissement et de décadence où nous vivons, il nous a paru d'un salutaire enseignement de montrer que l'Italie au xixe siècle n'est pas dépourvue , comme on l'a dit, de vertus, de grandeur ni de gloire.

Quand le peuple assemblé sur la place de Saint-Marc a dit

former son gouvernement, il n'y a eu que des noms plébéiens qui soient sortis de sa bouche et aient obtenu ses acclamations.

c J'ai hâte de le dire aussi , il lui était difficile de mieux choisir. Les neuf membres qui composent le gouvernement provisoire sont tous des citoyens connus par leur désintéressement autant que par leur patriotisme

« Mais les deux hommes marquants du gouvernement sont sans contredit les citoyens Manin et Tommaseo. Partout où la vertu, le patriotisme et les lumières sont en honneur, Manin et Tommaseo occuperaient un poste éminent. Ce sont de vrais républicains, républicains par les mœurs autant que par les principes, et quand on voit de pareils hommes diriger les premiers pas de la nouvelle république, on ne peut manquer de bien augurer de son avenir.

Yenise, 12 avril 1848. »

Dépêche de M. Limperani, consul de France, à M. le ministre des affaires étrangères. (Direction politique, n° 3.)

« Malheur au gouvernement qui assistera d'un œil sec à l'agonie et k la mort d'un peuple vaincu! Que dit l'histoire, et que dira à tout jamais la postérité de ceux qui ont laissé égorger et partager la Pologne ? Venise est sans doute d'une moindre importance ; mais le droit d'un petit État n'est pas moins sacré que celui des grands.»

f Marie-Dominique-Alguste, Archevêque de Paris.

Lettre du 9 août 1848 d M. le ministre des affaires étrangères.

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