‹ Histoire de la république de Venise sous ManinChapitre 45 sur 57 · PROJET DE TOMMASEO POUR LA CRÉATION D'CN JOURNAL · texte numérisé non relu

PROJET DE TOMMASEO POUR LA CRÉATION D'CN JOURNAL

22 mars.

11 est urgent de profiter au plus tôt des nouvelles promesses dont l'entier accomplissement peut seul apaiser les soupçons ; il est urgent de se servir de la liberté de la presse; il serait son ennemi celui qui l'entraverait; il est urgent de s'en servir pour préciser le sens des paroles, pour éclaircir les idées, pour concilier et raffermir les volontés, pour exposer les faits, pour établir entre pays une relation franche , sûre , continue , qui devienne la voie solide de la civilisation dans sa marche. Nous étions divisés par la défiance, l'absence de la vie publique nous avait rendus indifférents, insouciants ou mutins : l'heure est arrivée, 6 Lombards, 0 Vénètes, l'heure est arrivée de notre réveil à tous ; que chacun ouvre son âme aux élans généreux.... Loin de nous les rancunes, les haines ! Le temps presse, ne le perdons pas en imprécations ou en querelles. Avec la liberté de la parole, avec la faculté acquise aux citoyens de se défendre matériellement, tout n'est pas accompli. C'est à vous de montrer que , comme la constitution politique , il faut élargir la constitution municipale, autrefois base de la gran-

deur italienne. Elle seule peut donner de l'importance et de la valeur aux moindres parties de l'État, de même qu'aux villes capitales ; elle seule prépare et rend complète la vraie liberté. Démontrons combien il est important de confier au municipe une grande partie de l'éducation publique renouvelée ; elle sera moins dispendieuse pour la nation , elle élèvera les esprits et les coeurs. Démontrons que les grandej questions de la misère et du travail , du mérite et de la souffrance , seront plutôt résolues par un meilleur usage des bienfaits de la charité publique et privée qu'elles ne le seront par la communauté des biens. Cherchons dans le passé les germes d'un heureux avenir : puisons dans l'histoire , dans la littérature, dans l'art, dans la religion les enseignements d'une civilisation courageuse et fraternelle. Retrempons le génie de la nation dans ses souvenirs , dans ses mœurs , dans son langage ; mais que ce soit avec un sentiment d'amour, non de haine , car la haine tue ; de modestie , non d'orgueil , car l'orgueil avilit. De loin et de près invoquons le conseil de nos frères ; ne nous rebutons pas des contradictions ; de toute chose bonne , de toute chose mauvaise sachons extraire les éléments d'une espérance laborieuse et d'une générosité constante. Redoutons les droits trop facilement acquis, pensons aux devoirs qu'ils nous réservent et qui les rendent terribles. Un journal qui ne se mêlerait pas aux passions du moment; qui chercherait dans les faits, les principes, dans la politique, la moralité, dans la loi l'amour, dans l'Italie l'humanité ; dans le présent rapide la grande marche des générations futures , pourrait être une leçon efficace , l'arène d'une lutte innocente , l'écho d'une sainte prière. Il me semble qu'on peut déterminer la mission d'un journal politique, et le but de la vie publique par ces mots : liberté dans l'ordre , docilité dans la persévérance , promptitude dans la maturité, devoir dans le droit, union dans la variété , élégance dans le vrai.

Signé N. Tommaseo.

RAPPORT DE CASARIM A MANLN AU SUJET DE LA DÉCLARATION DU ( l'EVALIER ANTOINE FACCANONI, CONSUL DU ROI DE SARDAIGNE.

A Favocat Manin, commandant de la garde civique.

Fidèle à ma consigne de refuser la porte à tout le monde, j'aurais cru trahir la patrie si je ne vous eusse laissé tranquillement méditer sur ses futurs destins.

Le nombre des personnes de tout rang, de toute classe, qui toute la nuit ont insisté pour vous parler, m'assurant que cela était de la plus grande importance , a été infini ; cependant , il a bien fallu qu'on se résignât , et chacun alors m'a communiqué ses espérances ou ses craintes.

Il me semble inutile de vous répéter ici des choses que vous savez déjà , ou des frivolités qui , nées de la peur ou du fanatisme, ne méritent point d'occuper vos précieux instants.

Je ne vous parlerai que d'une seule personne, laquelle me paraît ne point devoir être confondue avec les autres ; il s'agit du chevalier Antoine Faccanoni , consul général de S. M. Sarde.

Il vint avant six heures du matin : il avait, disait-il, le besoin le plus urgent de vous parler ; je refusai de le laisser passer , ajoutant que vous m'aviez chargé de recevoir toute communication.

Il me dit alors que l'agitation des Vénitiens , que l'enthousiasme et le mécontentement du peuple avaient poussé les choses à un tel point qu'une explosion était imminente; que l'influence morale et la confiance que vous aviez acquises par vos prédictions et par votre martyre , vous portaient conséquemment à la tête d'un nouveau gouvernement , et que lui , consul général de Charles-Albert, vous conseillait, de plus vous engageait à proclamer la république et à ne point proférer d'autres cris que celui de vive la république , auquel lui et les siens ajouteraient celui de vive Manin, président.

En me rappelant les paroles magiques de notre dernier entretien où je croyais rêver lorsque vous avez bien voulu m'honorer de votre confiance , je crois que ce langage doit

entrer dans vos vues; je satisfais donc à mon devoir et à mes sentiments en vous le communiquant sous réserve.

N. B. Surpris par l'importance d'une telle communication, et prévoyant que peut-être dans d'autres circonstances on pourrait nier l'avoir faite ; en lui donnant pour prétexte que la fatigue de la nuit précédente, le bruit continuel de tant de personnes allant et venant , le souci de tant d'agitations pouvaient me faire oublier les expressions précises de M. le consul général sarde, je le priai de vouloir bien me les laisser par écrit , et j'ai en ma possession ces paroles écrites de sa propre main :

Vive la république! vive Manin, président!

Le consul général sarde, Faccanoni, D.

22 mars, huit heures du matin.

Le secrétaire de votre compagnie et votre aide de camp,

Signé Georges Casarini.

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