DIRECTION POLITIQUE
Venise, ce 15 avril 1848.
Monsieur le ministre ,
Un grand pas vient d'être fait par la république vénitienne dans la voie qui doit réunir en un seul faisceau les différentes provinces et assurer au pouvoir central cette action vigoureuse. qui est un besoin de tous les temps, mais surtout des circonstances actuelles. Ces provinces avaient, à la vérité, envoyé leur adhésion à la république et reconnu le gouvernement provisoire créé à Venise. Mais les citoyens composant ce gouvernement appartenaient à la seule ville de Venise, et cette considération, jointe à d'anciens souvenirs puisés dans l'histoire du pays, donnait lieu à de légitimes appréhensions, et affaiblissait beaucoup le lien qui devait réunir ces provinces au chef-lieu.
Le gouvernement provisoire ne tarda pas à reconnaître le besoin de détruire ces appréhensions, et de fortifier son action par un concours plus direct et plus actif des différentes parties du corps social.
En attendant la convocation de l'Assemblée constituante, il rendit, à la date du 31 mars, un décret qui appelait à Venise une consulte, composée de trois membres par province, et
1 Ce document italien d'une haute importance est entièrement écrit de ta main du saint-père.
destinée à servir de conseil au gouvernement dans toutes les branehes de l'administration publique , et dans toutes les mesures exigées par les circonstances.
Cette consulte a commencé ses travaux le 12 de ce mois. Toutes les provinces, Venise, Padoue, Vicence, Trévise, Udine, Bellune, Rovigo y sont représentées.
Il n'y a que la ville de Vérone qui, se trouvant au pouvoir de l'ennemi, n'a pu y envoyer ses délégués. Bien que cette assemblée ne soit encore qu'une ombre de ce que sera plus tard l'Assemblée constituante , sa réunion a été accueillie avec les marques du plus vif intérêt , et a suffi pour calmer toutes les défiances. La loi électorale sera un des premiers objets de ses délibérations. Déjà les bases en ont été posées par le gouvernement. J'en ai eu communication : elles sont exactement les mêmes que celles de la loi électorale française. On profitera de l'occasion pour changer une disposition de la loi civile en vigueur, qui exige, pour la majorité, l'âge de vingt-quatre ans. Il eût été peu rationnel que l'on fût apte à vingt-un ans à remplir les droits politiques, tandis qu'on en aurait exigé vingtquatre pour l'exercice des droits civils.
Plus j'étudie, monsieur le ministre, les mœurs de ce pays, plus je me confirme dans la conviction, que je m'étais formée depuis longtemps, qu'il est fait pour les institutions républicaines autant que tout autre pays de l'Europe, sans en excepter même la France. On est frappé des sentiments de fraternité pratique qui animent toutes les classes ; du peu d'ambition qui s'y manifeste au préjudice de la chose publique ; du dévouement de tous pour la cause commune. Je le répète , je crois ce pays mûr pour les institutions les plus démocratiques. Les circonstances sont on ne peut plus propices. La France en lui accordant son appui fera un acte de généreuse philanthropie en même temps que de bonne politique. La république vénitienne, se présentant par ses délégués au futur congrès italien, est appelée à y exercer l'influence la plus utile aux idées françaises. Ou a célébré hier, dans l'église Saint-Marc, un service funèbre pour les âmes des citoyens morts en combattant pour l'indépendance italienne. Tous les consuls des puissances étrangères y avaient été invités et s'y étaient rendus, à l'exception des consuls d'Angleterre et de Russie. Cette solennité a été marquée par un discours, prononcé par le cardinal-patriarche, discours aussi patriotique i 23
qa aurait pu le prononcer le président lui-même du gouvernement provisoire. En môme temps que le patriarche tonnait du haut de la chaire évangélique contre la domination étrangère, un prêtre éloquent faisait entendre, sur la place attenante , les mêmes accents au public que la basilique n'avait pu contenir.
Après la cérémonie le corps consulaire ayant jugé à propos d'accompagner le gouvernement provisoire au palais national , j'ai été chargé d'exprimer, en son nom, les sentiments que cette imposante cérémonie avait fait naître dans tous les cœurs généreux. Le gouvernement a été très-sensible à cette manifestation, et a consigné l'expression de sa reconnaissance dans un journal officiel.
Le général Durando était le 14 à Ferrare, et se proposait d'investir la citadelle.
On attend le 18 à Padoue une colonne de quatre cents volontaires pontificaux, qui doivent être dirigés sur la frontière.
Hier est arrivé à Venise le général délia Marmora, que le roi de Sardaigne a mis à la disposition de la république.
Je suis avec respect , votre très-humble serviteur.