DIRECTION POLITIQUE
Venise, 12 avril 1848.
Monsieur le ministre,
Je crois devoir revenir sur un sujet important, que je n'ai pu suffisamment développer dans ma dépêche du 8 de ce mois, mais sur lequel cependant je me suis assez arrêté pour avoir, je l'espère, éveillé votre sollicitude. Je vous marquais, monsieur le ministre, que la république vénitienne était jusqu'ici le seul Etat de l'Italie qui eût adopté notre forme de gouvernement ; que se détachant des anciennes traditions, elle s'était prononcée pour les institutions démocratiques; que c'était surtout l'exemple de la France qu'elle tenait à suivre, et que c'était sur l'appui de la France qu'elle comptait pour consolider une œuvre aussi grande que patriotique.
Venise, presque encore sous le feu des batteries autrichiennes, a accompli ce que le peuple milanais n'a pas osé ou n'a pas cru pouvoir faire après les prodiges de son héroïque révolution et dans tout l'élan de son triomphe. C'est que le mouvement, qui a eu lieu dans les deux pays, quoique ayant le même but, n'a point été marqué par les mêmes caractères.
A Milan, il faut le dire, l'aristocratie a eu une grande part dans la révolution : elle a contribué à la préparer par son pa-
Iriotisme, et, quand elle a éclaté, elle s'y est lancée avec une ardeur toute populaire.
Il n'en a pas été de même à Venise. C'est le peuple surtout qui a fait la révolution ; ce sont les énergiques manifestations des ouvriers de l'arsenal, qui ont frappé de terreur les chefs des troupes autrichiennes, et ont amené leur capitulation. Ce n'est pas que le patriciat vénitien eût vu ce mouvement de mauvais œil : au contraire, il s'y est franchement associé et n'a pas été étranger à la lutte. Mais il n'a point pris l'initiative comme l'aristocratie lombarde ; il n'a produit aucun dévouement marquant, et quand le peuple assemblé sur la place de Saint-Marc a dû former son gouvernement, il n'y a eu que des noms plébéiens qui soient sortis de sa bouche et aient obtenu ses acclamations.
J'ai hâte de le dire aussi , il lui était difficile de mieux choisir. Les neuf membres qui composent le gouvernement provisoire sont tous des citoyens connus par leur désintéressement autant que par leur patriotisme. Je ne puis omettre de faire une mention particulière du citoyen Toffoli , simple ouvrier, et du citoyen Pincherle, israélite, dont la nomination offre un contraste frappant avec les dispositions des chartes napolitaine et sarde en matière de liberté religieuse.
Mais les deux hommes marquants du gouvernement provisoire sont sans contredit les citoyens Manin et Tommaseo. Partout où la vertu, le patriotisme et les lumières sont en honneur, Manin et Tommaseo occuperaient un poste éminent. Ce sont de vrais républicains ; républicains par les mœurs autant que par les principes, et quand on voit de pareils hommes diriger les premiers pas de la nouvelle république, on ne peut manquer de bien augurer de son avenir. Mais il ne faut pas se le dissimuler, pour accomplir ses destinées, le nouvel État a deux grands obstacles à surmonter : l'obstacle extérieur et l'obstacle intérieur. La république vénitienne est de tous les États italiens celui qui se trouve le plus exposé aux attaques de l'ennemi : elle a à se défendre à la fois de l'Autriche par trois frontières différentes, celle du Tyrol, celle du Frioul, et la frontière maritime. Malheureusement, c'est de tous ces mêmes États celui qui est le moins préparé pour la guerre, parce que tout y est nouveau, tout y est improvisé, l'armée, la marine, les finances, l'administration. — La république de Venise
n'a dans le moment, de chance de salut que dans les secours qui lui sont apportés par l'armée du roi Charles-Albert; mais ces secours amènent avec eux des dangers d'un autre genre. Ce sont ceux que je désignais tout à l'heure comme provenant de l'intérieur. On connaît le projet du roi Charles- Albert. La Lombardie, laVénétie, les États de Parme et de Modène arrondiraient admirablement son petit royaume, qui, par ces diverses agglomérations, deviendrait presque une puissance du premier ordre, eu égard surtout à la richesse de ces provinces. — Est-il dans l'intérêt de la république française d'augmenter ainsi la puissance d'un roi voisin et ambitieux? Et puisque, dans cette même partie de l'Italie, si ardemment convoitée, nous trouvons un État, la Vénétie, qui, par le gouvernement qu'elle s'est donné, s'est, en quelque sorte, associée à nos propres destinées, la politique de la France, d'accord avec ses principes, ne conseille-t-elle pas d'aider et de soutenir cette jeune sœur de l'Adriatique ■ dans la voie où elle vient d'entrer avec une si énergique détermination ? Si telles sont, comme je n'en doute pas, les vues de la France, je pense, monsieur le ministre, d'après ce que j'objecte ici, que le temps est arrivé de les faire prévaloir. Les émissaires du roi de Sardaigne sont nombreux et s'agitent beaucoup. Si on laisse le champ libre à leurs intrigues, il deviendra plus tard difficile d'en paralyser l'effet. Ces craintes me sont manifestées par le gouvernement provisoire lui-même ; et c'est avec son autorisation que je vous en fais part. Le gouvernement provisoire ne demande à la France ni de grandes manifestations, ni de grands efforts. Il désirerait seulement être rassuré sur ses intentions par une communication qui les exprimât nettement, et il attacherait surtout une grande importance à la présence, dans l'Adriatique, de quelques bâtiments français, dussent-ils n'y apparaître que sous une couleur de neutralité. C'est un vœu que j'ai eu déjà l'honneur de vous exprimer dans ma dépêche du 8 courant. Il m'est si souvent exprimé à moi-même par le gouvernement provisoire que je vous prierais, monsieur le ministre, de vouloir bien me mettre à même de lui donner une réponse. Après avoir appelé plus particulièrement votre sollicitude sur la république vénitienne, comme sur celui de tous les États
' Expression de Manin.
italiens qui m'en paraissait le plus digne, je manquerais à mon devoir si j'oubliais d'ajouter que tous les bons patriotes me paraissent désirer ici une fusion complète entre les provinces lombardes et les provinces vénitiennes, et que la constitution qui doit les régir soit la même et purement démocratique. Ces considérations sont indépendantes du vœu qui me paraît unanime et qui voudrait que tous les États de l'Italie fussent réunis en une confédération, ou même régis par une loi commune. Dans l'un comme dans l'autre cas , ne convient-il pas à la France de seconder les partisans des institutions démocratiques? Il y a, à la vérité, une difficulté assez grande, celle du siège du nouveau gouvernement, auquel Milan et Venise prétendaient avoir les mêmes titres. Mais on peut concilier ces prétentions en établissant, tour à tour, dans chacune de ces deux villes, le siège du gouvernement. Je crois pouvoir avancer que Venise consentirait à cet arrangement. Le ministre de l'intérieur me disait encore ce matin , que l'on préparait une loi électorale pour la convocation de la prochaine Assemblée constituante, et que l'on se proposait de la communiquer au gouvernement de Milan, en l'engageant à adopter les mêmes bases, celles de la loi française récemment décrétée. On rencontrerait peut-être à Milan un autre obstacle, celui qui serait élevé par les prétentions de l'aristocratie, fière de la part qu'elle a prise dans la révolution qui vient de s'accomplir. Mais ce n'est pas aux temps où nous vivons, et dans un pays où les principes de l'égalité française se sont depuis longtemps naturalisés, que l'on peut considérer cet obstacle comme sérieux. — Ces idées, monsieur le ministre, ne sont pas seulement les miennes : ce sont celles du gouvernement provisoire lui-même ; elles m'ont été exprimées par ses principaux membres, avec lesquels je me trouve dans des rapports que je puis appeler intimes. M. Tommaseo a dû vous parler de cette confiance réciproque qui nous unit, dans une lettre qu'il vous a adressée dans ce seul but au nom de ses collègues ; et si je rappelle cette lettre, c'est moins comme un titre que parce qu'elle vous aura témoigné que je puis servir ici la république avec quelque efficacité.
Je suis avec respect, monsieur le ministre ,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
y 199, état OFFICIEL DE l' ARMÉE AUTRICHIENNE EN ITALIE.
CORPS DE WALLMODEN BN LOMBABDIE ET A PLAISANCE. CORPS DE DASPRE DANS LA VÉNÉTIE , ET A FERRABE , MODBNE ET PARME.
:n«cmble S* bataillon*, 3« encadrons, *•« pièce* d'artillerie de campagne, 79990 hommes, non compris la gendarmerie et la marine.
D'après les papiers que les Autrichiens ont perdu dans leur fuite.
•RECITER CORPS, commandé par le général de cavalerie comte Wallmoden, et cantonné à Plaisance et en Lombardie, excepté à Mantoue et à lera.
DIVISIONS ET BRIGADES
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DIVISION WEIGELSPERG (Milan).
BRIGADE STRASSOLDO (Milan).
Dixième bataillon de chasseurs
Onzième bataillon de chasseurs
Bataillon de Croates Saint-Georges Tarasdin
Bataillon de Croates Izluin
Première batterie à cheval
BRIGADE SCHAFFGOTSCHE (Milan).
Régiment de hussards Charles-Albert.
Troisième batterie à cheval »
DIVISION W1SSIACH (Milan).
BRIGADE WOULGEMITH (Milan).
Deux bataillons Kaiser
Deux bataillons Baumgarten
Douzième batterie à pied
Report.
CANTONNEMENTS
à Varèse.
à Monza.
à Lecco.
à Sondrio.
à Corne, à Olgiate.
à Gallarate.
à Pavie.
à Milan, à Pavie.
à Sarrono.
à Milan.
à Milan.
à Milan, à Milan.
DIVISIONS ET BRIGADES
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CANTONNEMENTS
Report
BRIGADE CLAM (Milan).
Deux bataillons Giulay
à Milan, à Pavie.
à Pavie.
à Brescia.
à Bergame.
à Brescia.
à Crémone, à Plaisance, à Plaisance.
à Plaisance.
à Codogn. Casalp.
à Crémone.
à Lodi.
à Créma.
à Brescia.
à Lodi.
à Pizzighettone.
à Créma et Soncino.
à Milan, à Milan, à Milan.
à Milan, à Lodi.
à Brescia.
à Crémone, à Milan.
à Milan, à Marignan.
Première batterie à pied