‹ Histoire de la restauration, 1814-1830Chapitre 1 sur 177 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Là PREMIÈRE RESTAURATION ET LES CENT JOURS

(Mars 1814 — Juillet 1815

l/lNVASION — DÉFAITES DE NAPOLÉON - LES ALLIÉS A PARIS — INFLUENC DU TSAK ALEXANDRE — RÔLE DE M. DE VITROLLES ET DE M. DE TAL- LEYRAND — ABDICATION DE L'EMPEREUR — FIN DE L'EMPIRE.

Au commencement de l'année 1814, l'empire s'écroulait sous le poids des fautes de Napoléon, fruits de son insatiable ambition. Le congrès de Chàtillon, après avoir proclamé la nécessité de ramener la France aux limites de 1790, et de lui enlever tous droits sur les territoires non compris dans ces limites, s'était dissous, sans vouloir mener jusqu'à leur terme des négociations d'où ne pouvait d'ailleurs sortir pour l'empereur qu'une paix humiliée. Les souverains coalisés s'étaient avancés jusqu au Rhin; puis, ils avaient envahi les Vosges, les Ardennes, conclu enfin à Ciiaumont un traité par lequel ils s'engageaient entre eux à ne déposer les armes qu'après avoir mis l'ennemi commun dans l'impuis- DAUDET. — Histoire de lu Rcstauraliou. 1

sauce de nuire. L'Autriche, la Russie, la Prusse devaient tenir la campagne avec cent cinquante mille hommes chacune ; l'Angleterre devait fournir cent vingt-cinq millions pour pourvoir aux frais de la guerre. Nulle négociation ne pouvait être engagée séparément par les princes alliés.

A ce moment, Napoléon était à Reims; Carnot défendait Anvers ; Davoust, Hambourg. Le général Maison opérait autour de Lille; Augereau était tenu en échec dans Lyon. Murât, abandonnant la cause impériale, avait passé aux coalisés depuis le 6 janvier, livré sa flotte aux Anglais, et marchait contre le prince Eugène, cerné dans Mantoue par les Autrichiens. Soult, après avoir perdu contre l'armée britannique, commandée par Wellington, la bataille dOrthez, se retirait sur Toulouse, laissant à découvert les départements du Midi où le duc d'Angoulème, entrant en France par l'Espagne, s'empressait d'accourir. Le comte d'Artois se montrait à Vesoul ; les provinces de l'Ouest se soulevaient pour les Bourbons. De toutes parts, les royalistes relevaient la tête, encourageant les désertions, dont le nombre grossissait d'heure en heure.

C'est à Bordeaux que, le 12 mars ISll, ils firent une première et solennelle manifestation. Les Chambres n'avaient pas encore prononcé la déchéance de l'empereur. Mais le caractère irréparable de ses dernières défaites apparaissait à tous les yeux, faisait présager sa chute. Quand les quelques centaines de soldats qui tenaient garnison dans Bordeaux eurent abandonné cette ville menacée par l'armée de Wellington, le maire arbora le drapeau blanc, proclama Louis XVin. C'est par une population acquise déjà à la cause de la monarchie légitime que les troupes britanniques furent reçues.

L'enthousiasme que les royalistes prodiguèrent à l'armée ennemie ne pourrait s'expliquer que comme une défaillance de leur patriotisme, si l'on ne se souvenait des mallieurs que l'indomptable ambition de l'empereur avait attirés sur

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